Quand le matérialisme s'en mêle…

Qu’est-ce qu’un Remora? …………………………….par Sylvain Guillemette

Les chroniqueurs de droite du Québec s'accrochent au prédateur pour de meilleures fientes.Le Rémora est un petit poisson particulier. Il se nourrit d’excréments de bêtes plus grosses et puissantes que lui. Mais pour ce, il doit suivre au pas ses hôtes d’une tactique sans quasi pareil… Le Rémora s’agrippe grâce à une ventouse.

Ne trouvez-vous pas que certains acteurs de notre société ressemblent étrangement à ces petits parasites utiles, pour les plus gros prédateurs de notre société?

Ne trouvez-vous pas que certains chroniqueurs pour ne pas être trop précis, lancent dangereusement des appels à la haine envers ceux et celles qui pendant des décennies, ont pavé les bases solides de tout ce qui a permis nos avantages sociaux indéniables au regard des autres nations de ce monde?

Je les vois, de ma classe de salarié, prétendre que l’Union des miens est futile, puérile et qu’elle puisse nuire à l’économie. Autant dire que les équipes dans tous les sports ne servent à rien non plus…

Tout en prônant d’une autre voix l’union de la minorité parasitaire qui depuis plus d’un siècle, amasse le butin ironiquement fructifié par les salariés qui au terme, le quémandent tout en se tapant le lynchage de ces fameux petits poissons, faibles, mais bien gardés d’une assurance salariale et d’une couverture médiatique positive.

Mais ras-le-bol. On n’est plus en 1950, ni en 1920, encore moins au temps où les salariés devaient affronter le mousquet, ce qui les a conduit nous le savons, à la syndicalisation. Les syndicats, s’ils sont appelés à disparaître, le feront parce que la bourgeoisie les y forcera et non pas parce que les prolétaires s’en trouveront tout à coup, désireux du chacun pour soi.

Un salarié averti en vaut 10 et les Rémoras le savent et ce sont ces gens qui précisément, appellent à notre dissolution, à notre éparpillement, à notre division, pour que leurs hôtes puissent régner sans entrave, vers l’asservissement total des forces laborieuses que nous sommes.

Ce n’est pas le syndicalisme qu’il faille abolir, mais le capitalisme qui combat quotidiennement, les intérêts des peuples laborieux de cette Terre.

À bas les masques.

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Omar Ahmed Khadr, lésé

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La Cour suprême du Canada a donné son jugement concernant le cas d’Omar Ahmed Khadr, et ce n’est pas en félicitant le gouvernement conservateur de monsieur Harper, que ce jugement fut rendu.

D’abord, le gouvernement canadien de monsieur Harper a été accusé; d’avoir participé à l’interrogatoire illégal d’un enfant soldat, et d’avoir utilisé la torture à des fins militaires, alors que l’enfant soldat avait des droits, et que la détention, puis la torture de cet enfant soldat, contraignaient aux droits de ce même enfant soldat. Aussi, la traite du dit enfant soldat, par les conservateurs, contraignait également à ses droits, puisque ceux-ci considèrent toujours Omar Ahmed Khadr,  comme déjà coupable, parce qu’accusé, des délits que lui reprochent les autorités états-uniennes. Ne faut-il pas établir la preuve avant de conclure à un jugement quelconque à son endroit?

Entrons plus loin dans le débat.

Le soldat, envahissant le pays d’Omar Ahmed Khadr, celui-même qu’on accuse ce dernier d’avoir assassiné, aurait été, selon l’autopsie, par une grenade M-67, de fabrication donc, états-unienne. Déjà, la possibilité qu’Omar Ahmed Khadr puisse accéder à ce genre de munitions est pratiquement impossible. L’odieux semble plus pointer, vers un accident entre camarades états-uniens qui, le remarquons-nous aujourd’hui, ont tenté de sauver leur camarade fautif, des accusations auxquelles il aurait eu droit devant une Cour martiale certes, sans pitié. La grenade lancée, donc, n’est que le résultat d’un mauvais usage, états-unien, et non un meurtre, comme l’affirme l’accusation, de toute façon puérile…

Puérile pourquoi? Parce que l’on pourrait aisément,  accuser tous les soldats participant à cet effort impérialiste –puisque la mission en Afghanistan repose sur un argumentaire mensonger, et que celle-ci a été déclenchée, en 1998-, d’avoir enlevé la vie d’autrui, donc d’avoir assassiné quelqu’un, qui qu’il soit.

Le tout n’est donc que l’obstination ultime d’un gouvernement, qui de façon patente, tente de lécher le derrière de l’Empire, pour s’y préserver une place de choix, tel l’opportunisme de quiconque, étant opportuniste. L’aveuglement idéologique, aussi, rend le tout plus confus que jamais. Si l’on peut accuser Omar Ahmed Khadr d’avoir assassiné un soldat envahisseur de son pays d’origine, peut-on au moins accuser le soldat envahisseur, d’avoir voulu assassiner Omar Ahmed Khadr? Si l’un avait tué l’autre avant l’autre, d’ordre contraire, aurait-on pu accuser le soldat états-unien –aujourd’hui mort-, d’avoir assassiné Omar Ahmed Khadr? Laissez-moi en douter!

Le tout n’est qu’un aveuglement idéologique, surtout destiné à taire le débat sur la guerre en Afghanistan elle-même.  Elle était illégitime. Illégale donc. Elle fut déclenchée sur une base mensongère. D’ailleurs, cette guerre fut déclenchée bien avant les prétendus attentats du 11 septembre 2001.

Pourquoi alors, les conservateurs daignent-ils ainsi, aux accusations proposées par Washington, contre de toute façon, un enfant soldat privé de ses droits, selon la constitution canadienne? Ces conservateurs sont-ils vraiment des canadiens fiers d’en être, ou de parfaits complices d’une guerre illégitime, illégale, d’une torture systématiquement rendue aux prisonniers afghans, et pourquoi pas, dans le fond, d’un terrorisme étatique états-unien vis-à-vis ses ennemis idéologiques?

Après tout, les conservateurs n’ont-ils pas les mêmes adversaires idéologiques que les États-Unis, puisqu’ils ont les mêmes intérêts à coeur? N’ont-ils pas mis, par exemple, comme Bush, le réchauffement climatique sur la faute des «socialistes»? N’ont-ils pas léchés, depuis leur arrivée  en maître à la Chambre des communes, les bottes des deux présidents états-uniens ayant pris le pouvoir sous leur mandat?

Omar Ahmed Khadr est innocent de ce dont on l’accuse. Il n’a pas pu lancer de grenade états-unienne, et même s’il l’avait fait, c’était en parfaite légalité des droits de se défendre, des militaires d’un pays souverain. Ottawa est elle, coupable d’avoir envahi un pays souverain, en vue d’y imposer une dictature, et elle est également coupable d’y avoir perpétré des crimes de guerre, comme par exemple, d’avoir utilisé du phosphore blanc via l’artillerie, et ce, offensivement.

J’ajouterais également, pour répondre aux dires sans force du député Steven Blaney, qui accuse Omar Ahmed Khadr d’être l’un des responsables de la mort de la soldate Karine Blais, tuée par un engin artisanal, mieux connu sous le nom de I.E.D. (Improvised Explosive Device), que les soldats canadiens, eux aussi, tuent des gens là-bas, des afghans. Et que l’Afghanistan pourrait citer des noms de la sorte, bien plus souvent que ne pourrait jamais le faire monsieur Blaney. Les bombes, par exemple, tombant du ciel, elles aussi, tuent des gens, dont des civils majoritairement. Elles tuent, sans tenir compte du côté des gens au sol. Les bombes ne sont pas intelligentes à ce point. Et ajoutons, à cela, que déjà, certains soldats canadiens ont tué, accidentellement disent-ils, des civils, plus d’une fois en Afghanistan.

Rapatrions donc Omar Ahmed Khadr, et voyons nous-mêmes qui dit vrai dans tout ce cafouillage, ici, au Canada .

(L’image d’Omar Ahmed Khadr ci-haut, présente une version toute différente du récit des soldats états-uniens, prouvant qu’Omar Ahmed Khadr fut tiré dans le dos, donc qu’il ne présentait pas son visage, lors de l’échange de coups de feu. Il existe d’ailleurs une version longue de l’historique, approuvant ce fait, qu’Omar Ahmed Khadr n’a pas lancé de grenade, et qu’il était de dos lorsque les troupes états-uniennes, invasionnaires, lui ont tiré dessus. D’autres photos mettent en évidence ce fait, montrant le mur contre lequel l’enfant soldat se tenait, de face.)

Whissell, un phénomène rare, ou une simple formalité capitaliste?

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David Whissell, jusqu’ici ministre du travail, démissionne après qu’un scandale sur l’éthique ait pris naissance, quant à des contrats gouvernementaux octroyés à l’entreprise privée qu’il possède et dirige. Certes, des règles gouvernementales semblent protéger le prolétariat d’une pratique illégale de la part des bourgeois –les conflits d’intérêt-, mais en réalité, la situation actuelle démontre que le prolétariat ne sera jamais protégé de telles pratiques et que la bourgeoisie minoritaire et parasitaire, elle, s’en enrichira toujours.

Monsieur Whissel, troisième génération d’entrepreneur, se vante de ce conditionnement social et économique -que mentent mes adversaires idéologiques- l’ayant porté à ce statut de bourgeois, ce qu’il nomme lui, un patrimoine.  Toutefois, la réalité est, justement, que le précepte du capitalisme confinait monsieur Whissell, sauf s’il n’en n’avait pas envie, à devenir bourgeois. Ainsi, ce dernier, non précairement défini par le système capitaliste, a pu s’enrichir, non seulement sur la demande du prolétariat, mais sur la demande de celui-ci, remplie par une offre du gouvernement, supposé être neutre. Bref, monsieur Whissell a pu, non seulement s’enrichir sur la demande d’autrui, mais s’enrichir, grâce à sa position, dite élitiste, gouvernementale.

Alors, non seulement mes avancées sur le capitalisme -le bourgeois et les recettes pour devenir bourgeois- sont justes, mais en plus de cela, un ministre, du travail de plus –ce qui veut dire que cet homme, en tant que bourgeois, négocie les pourparlers entre bourgeois et prolétaires, ce qui n’a pas lieu d’être nommé comme une instance impartiale!-, peut jouer son rôle, un rôle clé, quant aux directions prises par une nation, pourtant contrôlée par un parti n’ayant pas la majorité populaire, sauf dans le précepte, lui, capitaliste ou défini par nos instances, par notre constitution, et privilégier sa propre classe, la classe bourgeoise.

Il est quand même important de préciser qu’entre servir la population qui l’aurait élu, et de servir ses propres intérêts, via l’entreprise privée qu’il possède en tant que bourgeois minoritaire et parasitaire, monsieur Whissell a choisi de préserver ses intérêts personnels, eux, basés sur l’exploitation du labeur d’autrui!

Et bien! À chacun ses priorités et ses intérêts!

La nécessité des gens d’affaires

La nécessité des gens d’affaires


La nécessité des gens d’affaires est-elle une réalité, ou une simple relativité due à la concentration de la richesse dans les mains de la bourgeoisie que représentent ces gens d’affaires? Par ce questionnement, j’entends répondre aux argumentaires des militants capitalistes, dont entre autres, à ceux des ex-députés débattant avec monsieur Durivage à Radio-Canada. Je peux aisément démontrer qu’il y a une raison pour laquelle des gens sont plus riches que d’autres, et que cette richesse, peut ensuite servir à les enrichir d’avantage, jouant l’intermédiaire, puisque possible, entre l’offre et la demande.

De fait, nous savons qu’une maigre partie de la population emploie, et qu’une autre, bien plus grande, est la salariée de cette première. De ces 2 classes, l’une se nomme la bourgeoisie, l’autre, le prolétariat. On distingue le prolétariat par la vente de sa force de travail, laquelle le bourgeois achète, puisqu’il en a les moyens, sinon, les capitaux pour le faire. On distingue le bourgeois par ses possessions de capitaux, dont surtout, celle des moyens de production, lesquels serviront ensuite, avec le labeur des prolétaires, à créer d’avantage de richesse, qui elle, se cartellisera chez le bourgeois.  Certes, il y a réponse à une demande, une offre. Mais qu’est-ce qui explique le fait qu’une classe possède ces moyens de production –les moyens également, d’offrir-, et qu’une autre, soit elle, obligée de vendre sa force de travail pour subsister à ses besoins criants, sinon à ceux de ses proches, comme de sa famille?

Il s’agit là d’un processus que préfèrent taire nos adversaires idéalistes, donc également, capitalistes. Car les idéalistes rejettent cette forme d’étude, par expérience, qui permet d’expliquer une chose ou une autre. Par exemple, un cornet qui serait porté au Soleil brûlant, comparé à ce cornet qui, serait préservé au congélateur. L’un des deux, sans équivoque, ne se sera plus de la même forme. Il aura fondu, pour des raisons explicables, prouvables et démontrables. La chaleur –à un certain niveau relatif-, permet la fonte de la glace, telle est la conclusion d’une étude bénigne (nous pourrions certainement pousser l’étude de la glace plus que cela, voire à identifier les composantes, etc..). Je démontrerai, dans les prochains paragraphes, qu’un processus explique également qu’il y ait des bourgeois, et qu’un autre explique aussi, qu’il y ait des prolétaires.

Le capital. Le capital, lorsque l’on en possède, permet toutes sortes de choses. L’une des divinités qu’il permet se nomme l’exploitation. Celle du labeur d’autrui en partie, sinon maintenant, celle des malheurs et maux physiques d’autrui. Le bourgeois en possède énormément, comparé au prolétaire. Avec ce capital, le bourgeois transforme la demande en offre, en créant une entreprise, par laquelle il sera dit qu’il «crée des emplois». Mais de fait, c’est la demande qui crée l’offre –les emplois-, et non l’intermédiaire qui possède les capitaux –Ça peut être n’importe qui, il y a même des loteries pour s’en assurer!-. Bâtissant son «entreprise privée», les prolétaires remplissent déjà, une autre demande, formulée elle, par le besoin des consommateurs, dont aura pu profités un chanceux détenteur de capitaux, en quantité adéquate pour ce. Un autre bourgeois. D’ailleurs, même la voiture dans laquelle se promène le bourgeois est une conception faisant suite au labeur de prolétaires, ayant rempli, eux aussi, une demande, elle aussi, issue des capitaux d’un autre bourgeois, tout aussi intermédiaire que mon autre exemple. Mais là n’est pas la question… Comment, maintenant, expliquer cet amas de capitaux chez une parcelle, et minoritaire, population mondiale? Ce débat n’ayant pas lieu dans les échanges de nos trois mousquetaires à Radio-Canada, il s’agit là d’un débat purement totalitaire.

Le capital peut s’amasser de diverses façons, mais nous verrons toutefois, que peu importe la façon dont il sera amassé, il en demeure qu’il n’y a pas lieu de légitimer l’exploitation du labeur d’autrui. Par exemple, certains capitalistes vous diront que le bourgeois a travaillé comme un forçat, et que comme récompense, on lui doit le fruit du labeur d’autrui. Mais cette quantité de labeur n’est pas quantifiable, sinon, l’unité de mesure avec laquelle les capitalistes la calculent, elle, n’existe pas, ou n’a pas été dévoilée par ces capitalistes. Il est donc impossible de comparer le labeur du bourgeois, avec celui de quelconque prolétaire. Un marchand de savon, par exemple, travaillera t-il aussi fort, physiquement, que le poser de bitume, sinon que le charpentier? J’en doute! En vérité, la quantité de labeur n’est pas calculable, cette excuse n’est donc qu’un paravent vis-à-vis le réel fait, celui que le bourgeois, pour partir son entreprise, possédait déjà une quantité nécessaire de capitaux.

Sinon, les capitalistes vous diront également que le bourgeois a pris des risques, mais comment, aujourd’hui, peut-on croire à cet argument fallacieux, puisque l’on est à même de constater que ce risque, a bel et bien été partagé lors de la récente crise capitaliste. Qui donc a perdu son emploi chez GM, les employeurs, ou les employés? Dans cette forme, nous pouvons déjà conclure, sans aller plus loin, que le risque était partagé, que les travailleurs, prolétaires, ont pris le même risque que les employeurs, les bourgeois. Même que, durant toutes ces années, le bourgeois aura certes su se mettre de côté, quelques parts de profit, ce que le prolétaire n’avait peut-être pas les moyens de faire (Je vois déjà les capitalistes me dirent que les employés de GM étaient bien payés, mais c’est certes, parce qu’ils ne connaissent pas le salaire des employeurs! Car une comparaison nous rendrait vite justice, tout en considérant que ce sont les travailleurs qui créent la richesse, les voitures en l’occurrence et non pas le capitaliste, qui n’injecte qu’un capital.).

Et le comble, arrive, lui, lorsque l’on émet une critique vis-à-vis l’héritage, car il faut, à ce moment, tenir compte de leurs premiers arguments… Si le bourgeois a travaillé fort pour gagner son droit d’exploitation du labeur d’autrui, comment est-ce possible que les héritiers héritent de leurs divins droits à leur tour? Ont-ils, eux aussi, travaillé fort? Donc, l’argument tombe ridiculement dans la fausse des idéalistes. Ensuite, par la même ridiculité, les capitalistes laisseront tomber leur argumentaire, selon lequel, les «méritants» auraient pris des risques pour se gagner le droit d’exploiter le labeur d’autrui, en défendant par exemple, l’héritage de ces divins droits.

Il existe diverses raisons pour laquelle des gens sont plus riches que d’autres. Dans notre système économique, capitaliste, il y a ces classes. Déjà, n’est-il pas facile de résoudre l’équation? Un parent riche, offrira t-il les mêmes services à son enfant, que le parent pauvre, incapable d’offrir quoique ce soit? Les réalités sociales, découlant elles, de la réalité économique, n’ont donc rien en commun lorsque l’on examine une famille bourgeoise versus une famille de prolétaires. On peut déjà constater qu’une des deux familles aura moins de misère à soigner les siens –dans un milieu où la santé se donne au privé-, que l’autre, sans parler des chances d’éducation qui s’offriront à un, versus l’autre. Il est donc irréfutable que des conditions diverses existent dans notre société capitaliste, il est donc clair également que certaines personnes disposent d’un amas de capital, possiblement hérité, amassé par avarice, gagné par une loterie ou gagné à même une autre source d’exploitation du labeur d’autrui. Et que ces mêmes personnes, seront celles qui pourront transformer la demande en offre, via leurs capitaux, lesquels ils prendront pour construire des moyens de production. Mais encore, vous savez déjà qui construira ces moyens de production.

Donc, lorsque Marie Grégoire dit que la bourgeoisie est la poche qui donne des «scanneurs» aux hôpitaux publics, elle omet de dire pourquoi ces riches individus possèdent les capitaux, elle omet de dire qu’il y a exploitation du labeur d’autrui, elle crée donc, un totalitarisme des plus absurdes, en direct à la télévision. Et quand elle ajoute que ce sont aussi «des créateurs d’emplois», elle raye d’un coup, l’existence de la demande et le processus expliquant la capacité de ces riches individus de «faire bâtir» des moyens de production. Ces gens ne sont pas des méritants, mais des privilégiés, parmi une masse laborieuse. Ces gens ne sont pas méritants du labeur d’autrui, mais de purs et simples exploitants, se servant de leurs privilèges et de leur amas de capitaux, pour amasser d’avantage de capitaux.

Le tout est purement idéologique. Madame Grégoire, madame Frula et monsieur Charbonneau sont capitalistes. À leurs yeux, les bourgeois sont des méritants, car en défendant leur domination, ils s’assurent un retour d’ascenseur. Et bref, la classe politique québécoise, et mondiale, se démène pour préserver les privilèges acquis des bourgeois, acquis non par démocratie, mais bel et bien par la dictature. Jamais, personne n’a voté pour le capitalisme, ce système fut installé, voire imposé par ces mêmes bourgeois premiers. Avez-vous déjà voté pour un bourgeois? C’est certain que non! Pourquoi? Parce qu’il est impossible de le faire, et qui donc, en réalité, règne sur nos États? Les bourgeois, par leurs lobbys.

L’existence des capitalistes, des bourgeois donc, n’est redevable qu’au système en place, lequel est imposé et pour lequel nous n’avons jamais voté. Sans système capitaliste, les gens d’affaires ne servent plus à rien, ils sont remplacés, dans un système socialiste, par un conseil –comme il en existe dans les entreprises appartenant au bourgeois apte à se payer des gens pour gérer son entreprise…- ouvrier, sinon populaire, par lesquels les prolétaires exerceraient une vraie démocratie, participative celle-là. Les travailleurs, si conditionnés pour ce, savent gérer et peuvent le faire. Ces bourgeois ne sont donc aucunement indispensables, si la crise capitaliste débouche sur la révolution communiste tant attendue.

Débarrassons-nous des parasites! Débarrassons-nous des exploitants du labeur d’autrui! Débarrassons-nous des bourgeois, de ces gens dits «d’affaires», maintenant que nous les savons dispensables!

Contradictions évidentes… (très longue lecture)

Veuillez, je vous prie, lire ces deux vastes textes, qui vous définieront l’exemple parfait d’une incohérence papale. L’impérialisme états-unien, dans ces deux textes, est exprimé de deux bien différentes façons, lesquelles pourtant, ne traitent pas de la même façon, une situation potentiellement semblable.

Avec d’un côté, un président démocratiquement élu, lequel on a vainement tenté tenté de renverser -avec l’aide des médias privés vénézuéliens-, il y a cet autre président, lui aussi, démocratiquement élu. Mais son renversement fut toutefois une réussite, du moins pour les capitalistes de Washington.  Avec le temps gagné depuis, Zelaya a peu de chance de reprendre son dû, démocratiquement dû devrais-je préciser.

J’aimerais durant cette lecture, que vous portiez attention aux accusations portées contre Reporters sans Frontières. Elles pourraient, pour certain ne la connaissant pas, paraître erronées, mais vous verrez par la suite, par un exemple frappant, l’indifférence la plus abjecte de cette pseudo «boîte à vérités» quant aux fermetures d’entreprises privées du Honduras, lors du coup d’État en question.

Veuillez noter également, l’insurrection du ministre canadien Lawrence Cannon, lors de l’élection, pourtant démocratique, du président iranien, insurrection qu’il n’a pourtant pas répété, lors du coup d’État violent perpétré contre le président démocratiquement élu du Honduras.  Ce dernier, enlevé, puis expulsé par les forces militaires honduriennes, n’a sans doute pas attiré, assez, l’attention du ministre des affaires étrangères canadiennes. Rappellez quand même que le Canada est l’un des alliés des États-Unis dans l’Organisation des États Américains.

Bonne lecture, lisez-les sur deux jours si trop longs!

Washington face au Honduras : un numéro d’équilibriste
par Arnold August*

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Le « président » « civil » Roberto Micheletti.

Presqu’immédiatement après le coup d’État du 28 juin 2009, les grands médias n’ont pu s’empêcher de remarquer que Washington faisait face à un problème. Le 30 juin, on pouvait lire en gros titre dans le quotidien USA Today : « La journée d’Obama : la corde raide présidentielle. » L’article se poursuivait ainsi : « Bon matin depuis le Bureau ovale [Maison-Blanche]. Lors de cette même journée, en 1859, un acrobate français nommé Charles Blondin a marché sur une corde raide au-dessus des eaux torrentielles des Chutes Niagara. Exactement 150 ans plus tard, le président Barack Obama doit sans doute comprendre ce qu’il ressentait… [par rapport à] l’Amérique latine. Obama essaie de résoudre le coup militaire au Honduras malgré la charge de méfiance de l’Amérique latine face aux États-Unis. » [1]

La même journée, le Washington Post titrait : « Sur les questions de politique étrangère, Obama avance à pas comptés. » Le texte se poursuivait ainsi : « Le président Obama est arrivé au pouvoir en promettant des changements audacieux sur de nombreux fronts, mais sa politique étrangère se fait souvent en demi-teintes. Que ce soit en Iran, en Chine ou en Corée du Nord, y a-t-il des moments où l’on ne puisse pas dire que l’administration Obama « manœuvre prudemment » ou « avance à pas comptés » à l’étranger ? Le dernier exemple en lice est le Honduras, dont la Maison-Blanche, hier, a critiqué le coup d’État qui a renversé Manuel Zelaya, sans toutefois signifier sa désapprobation totale. ‘Mais tout en condamnant le renversement, les officiels américains n’ont pas exigé la réinstallation de Zelaya’, écrit le Times de Los Angeles. » [2]

Nous aborderons plus loin les différences apparentes ou véritables entre le président Obama et le département d’État, dirigé par Hillary Clinton. Mais pour l’instant, continuons de traiter le sujet initial. Le correspondant de l’AP, Nestor Ikeda, titrait ainsi son article repris le 6 juillet par plusieurs grands médias internationaux ou états-uniens : « Obama joue le rôle de l’équilibriste dans le drame hondurien ». M. Ikeda atteint sa cible en plein cœur lorsqu’il écrit : « Étant donné qu’Obama avait promis aux gouvernements sud-américains que nous allions désormais privilégier le dialogue dans la recherche de solutions diplomatiques, il semble que pour la première fois, il ait adopté un nouveau rôle face au coup d’État militaire au Honduras : celui de l’équilibriste. » [3]

Par ailleurs, le numéro du 7 juillet du Christian Science Monitor annonçait en manchette : « Hilary Clinton sur la corde raide face au Honduras » pour introduire un article soulignant que : « L’administration Obama s’est attaquée plus profondément à la crise au Honduras, mardi, dans la hâte que se résolve le dernier conflit de l’hémisphère sud. Cependant, elle a bien pris garde de ne pas apparaître comme la puissance hégémonique d’antan qui imposait sa volonté à ses plus petits voisins. » [4]

Dans le même ordre d’idée, le magazine Time écrivait le 8 juillet que : « Depuis le coup d’État, la Maison-Blanche a dû manœuvrer délicatement pour cultiver une nouvelle image moins interventionniste des États-Unis —qui ont trop souvent appuyé les coups d’État en Amérique latine— tout en « répondant aux désirs de l’hémisphère occidental qui leur demande d’être au premier plan dans la défense des normes démocratiques », affirme Vicki Grass, associée dirigeante pour les droits et le développement au Bureau indépendant sur l’Amérique latine à Washington. » [5]

Le dilemme auquel Washington fait face avait été prévu par le sympathisant médiatique le plus endurci du régime issu du coup d’État, soit le El Heraldo du Honduras. En effet, le 19 janvier, après l’inauguration d’Obama, le quotidien constatait : « Il sait qu’il n’a pas le droit de décevoir ses partisans. » […] Parlant de son discours inaugural, on a rapporté que « Ce sera comme si Obama marchait sur la corde raide ». Cela concernait la crise économique, mais pourrait également s’appliquer à la situation internationale. [6]

Le journal El Heraldo savait que l’oligarchie devait faire basculer l’équilibre en sa propre faveur.

Quels sont les deux côtés en bas de cette corde raide ?

Dans l’important discours prononcé par Hillary Clinton, le 15 juillet, au Council on Foreign Relations, elle affirmait que :

« […] La question qui se pose est non pas de savoir si notre pays peut ou doit donner l’exemple, mais comment il le fera au XXIe siècle. Les idéologies rigides et les vieilles formules n’ont pas lieu d’être. Nous avons besoin de considérer [les choses] sous un angle entièrement nouveau […] À ces ennemis actuels et éventuels, permettez-moi de dire que l’importance que nous accordons à la diplomatie et au développement ne remplace pas notre arsenal sécuritaire national. Notre volonté de dialogue n’est pas un signe de faiblesse à exploiter. Nous n’hésiterons pas à défendre vigoureusement nos alliés, nos intérêts et, avant tout, notre peuple, en ayant recours si besoin est à la plus puissante armée du monde. Ce n’est ni une solution que nous rechercherons ni une menace ; c’est une promesse faite à tous les États-uniens. […] [Sur la question du financement accru à USAID] De même que nous ne refuserions pas des munitions à des soldats US en route pour le champ de bataille, nous ne pouvons pas déployer notre personnel civil sur le terrain sans l’équipement nécessaire. […] Pour instaurer un système de coopération mondiale, nous devons définir des mesures adéquates et nous servir d’outils adéquats. Je fais souvent référence à la notion de « pouvoir intelligent » (smart power) car elle est au cœur même de nos réflexions et de nos processus de décision. Elle se définit par l’usage intelligent de tous les moyens à notre disposition, y compris notre capacité à rassembler et à nouer des liens. Elle se définit par notre puissance économique et militaire ; notre capacité à créer des entreprises et à innover ; et les qualifications et la crédibilité de notre nouveau président et de son équipe. Cette notion consiste également à faire preuve d’un bon sens traditionnel lors de la formulation de la politique. Elle allie à la fois principes et pragmatisme. […] » [7]

À présent, prenons note de certaines notions dont l’équilibriste doit tenir compte pour réussir son numéro :

- 1. Washington sera le leader du monde, tel que l’avait formulé mot à mot le président Bush. Le problème, toutefois, c’est que l’orientation de sa politique étrangère s’est avérée un échec, et par conséquent, a menacé l’objectif états-unien de domination et de contrôle. Alors comment doit-on gouverner sans laisser transparaître que nos politiques ne font qu’imiter celles de l’époque de Bush ? C’est ici qu’Hillary Clinton intervient pour affirmer qu’il faut une nouvelle façon de voir les choses (mindset).

- 2. Washington souhaite employer la diplomatie, c’est-à-dire favoriser les pourparlers et inviter les autres pays à dialoguer. En même temps, l’autre côté de la corde raide —que Washington doit éviter— comprend en outre le recours à la force. Mais qu’y a-t-il de nouveau dans cette façon de voir les choses (mindset) ? Mme Clinton prévient ses interlocuteurs que la volonté états-unienne de parlementer n’exclut pas « vigoureusement […] et lorsque nécessaire, [le recours à] l’armée la plus puissante au monde. » En tenant compte de la situation actuelle au Honduras, quelle place et quelle importance tiennent réellement ces intentions pacifiques en regard du recours à la force militaire ?

- 3. « Un mélange de principes et de pragmatisme ». Le principe prédominant, on le suppose, est que les États-Unis doivent « continuer de prendre les devants » (mais avec succès, c’est-à-dire sans provoquer la hargne des peuples et des gouvernements du monde à leur endroit). Le pragmatisme dont il est question signifie sans doute le besoin d’éviter un recours injuste à l’armée aux dépens des propositions de paix, comme cela se passait à l’époque de Bush et des autres administrations avant la sienne. Cela s’avère un véritable défi lorsque l’on considère, d’une part, l’opposition pacifique et continue du peuple hondurien et de son président légitime Manuel Zelaya, et d’autre part, les instigateurs du coup d’État, lequel est à présent doublé d’une répression brutale soutenue par la base militaire états-unien au Honduras. La lutte constante et courageuse du peuple hondurien pour mettre fin au régime issu du coup d’État peut mettre en péril le numéro des équilibristes les plus expérimentés, tels qu’on les retrouve à Washington.

Examinons, si vous le voulez bien, la façon dont le Département d’État tente de composer avec la situation, puisque cela comporte plusieurs leçons pour les populations de l’Amérique du Sud.

Le numéro d’équilibriste du département d’État

Le 28 juin, la journée du coup d’État, Hillary Clinton affirmait : « Les gestes perpétrés contre le président hondurien Mel Zelaya violent les préceptes de la Charte démocratique interaméricaine et par conséquent, devraient être condamnés à l’unanimité. Nous exhortons toutes les parties au Honduras à respecter l’ordre constitutionnel et la primauté du droit, à réaffirmer leur vocation démocratique et à s’engager à résoudre les conflits politiques de façon paisible, à travers le dialogue. Le Honduras doit embrasser les principes mêmes de la démocratie que nous avons réaffirmés lors de l’assemblée de l’OEA, laquelle s’est déroulée au Honduras il y a moins d’un mois. » [8]

Le département d’État a refusé de dire qu’il s’agissait d’un coup d’État, et il ne fait aucune mention du violent enlèvement et de l’expulsion forcée dont le président Zelaya a été victime, réduisant tout cela au simple terme « gestes ». Puis, il poursuit son délicat numéro d’équilibriste en plaçant les putschistes et le gouvernement Zelaya, élu constitutionnellement, sur un pied d’égalité : « Nous exhortons toutes les parties au Honduras […] à résoudre les conflits politiques de façon paisible et à travers le dialogue. » Si l’on pense que les États-Unis savaient que quelque chose se tramait avant même que se produise le coup d’État du 28 juin, alors qu’en est-il du pragmatisme « peace and love » dont parle Hillary Clinton ? Ou encore, se peut-il que les États-Unis aient effectivement été impliqués dans le coup d’État ? Le principe du recours à la force armée revendiqué par Hillary Clinton, tel que citée plus haut dans son discours au Council on Foreign Relations, pourrait très bien vouloir dire que les États-Unis l’utiliseront pour freiner la tendance montante des gouvernements et des peuples d’Amérique du Sud à bâtir leurs propre avenir anti-néolibéral et à s’opposer à la domination états-unienne chez eux. [9]

Le lendemain, 29 juin, Mme Clinton a déclaré : « Les États-Unis ont travaillé avec nos partenaires de l’OEA afin de créer un fort consensus pour condamner la détention et l’expulsion du Président Zelaya et pour demander la restauration totale de l’ordre démocratique au Honduras. Notre priorité immédiate est de rétablir complètement l’ordre démocratique et constitutionnel de ce pays.
Selon moi, la sagesse de notre approche fut évidente, hier, lorsque nous nous sommes fondés sur l’OEA et sur la Charte démocratique interaméricaine pour réagir au coup d’État
. » [10]

Mme Clinton se tournait-elle davantage du côté de la diplomatie, distançant le département d’État des instigateurs du coup d’État appuyés par l’armée ? Après tout, elle affirme « condamner la détention et l’expulsion du président Zelaya ». Néanmoins, afin de prendre part à la résolution ferme de l’OEA [11] contre le coup d’État et pour le rétablissement de Zelaya dans ses fonctions légitimes de président, les États-Unis ont dû faire quelques concessions. Il est à noter que Mme Clinton ne parle pas du retour de Zelaya chez lui, mais qu’elle évoque plutôt, de manière générale, « la restauration totale de l’ordre démocratique au Honduras ».

C’est ainsi que le porte-parole du département d’État, Ian Kelly, a dû monter à son tour sur la corde raide. Tout juste après que Mme Clinton eût fait la déclaration rapportée ci-dessus, le 29 juin, il a répondu aux questions des journalistes sur le Honduras lors du point de presse habituel qui se déroule presque tous les jours sur différents sujets. Selon les extraits cités dans la transcription suivante, il semble évident que les États-Unis ont dû adhérer à l’orientation de l’OEA afin de sauver la face —et de combiner principes et pragmatisme, comme le dirait Hillary Clinton—. Cela semblait avoir été fait à contrecœur, tel que le reflètent les réponses de M. Kelly (les États-unis ont « adhéré » à la résolution de l’OEA). L’échange transcrit plus bas révèle un autre sujet de prédilection, soit la première d’une longue série de questions de journalistes et de réponses ambigües fournies par le département d’État. Cet échange s’est étendu sur une période de six semaines. De quel enjeu fut-il question pendant tout ce temps ? Réponse : déterminer si les États-Unis jugeaient qu’il s’agit effectivement d’un coup d’État militaire au regard des normes juridiques. Ce jugement aurait signifié la suspension de toute l’aide militaire et autres formes de secours à leurs alliés au Honduras.

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Ian Kelly (© Xinhua)

« — Question : Donc, Ian —je suis désolé, c’est seulement pour confirmer— donc vous ne dites pas qu’il s’agit d’un coup d’État, c’est bien cela ?
— M. Kelly : Eh bien je crois que vous avez tous entendu la déclaration de l’OEA hier soir, affirmant qu’il s’agissait bien d’un coup d’État, et que vous avez entendu ce que vient d’affirmer la Secrétaire d’État. Ceci étant dit, nous sommes très conscients des détails de la loi états-unienne à ce sujet. Nous vous reparlerons donc plus tard de la question de la définition légale. Vous comprenez, je ne voudrais pas nécessairement inventer de politiques au moment où l’on se parle.
— Question : Puis-je poursuivre là-dessus ? Car enfin, je ne comprends pas vraiment ce que vous souhaitez au juste, puisque vous ne réclamez pas la restauration. Soit, vous demandez que celle-ci se fasse selon l’ordre démocratique de la constitution, mais vous ne demandez pas à ce que le président —qui est à votre avis le président élu démocratiquement— puisse rentrer au pays. Ainsi, est-ce que vous…
— M. Kelly : Oui, nous le demandons.
— Question : – La Secrétaire Hilary Clinton vient tout juste de dire – non, la Secrétaire vient tout juste de dire qu’elle ne sait pas ce que réclament les États-Unis…
— M. Kelly : Nous – que dis-je, nous avons souscrit à la déclaration très ferme du Conseil permanent de l’OEA qui exige que le Président Zelaya soit rétabli dans ses fonctions de Président légitime.
» [12]

Le lendemain, 30 juin, Ian Kelly dût affronter les journalistes au sujet de la même question, à savoir si les États-Unis jugeaient qu’un coup d’État avait été perpétré au Honduras en vertu de la loi.

« — Question : Honduras.
— M. Kelly : Elise, oui.
— Question : Pourriez-vous nous parler de la révision de l’aide accordée au Honduras à la suite du coup d’État – du président Zelaya ?
— M. Kelly : Oui. Comme nous en avons discuté hier, il existe une disposition dans la section –il s’agit de la section 7008, je crois- de la loi sur les opérations étrangères qui nous oblige à faire une évaluation légale des faits sur le terrain afin de déterminer si la disposition sur la suspension des fonds s’applique aux circonstances en question. Ce processus se déroule au moment où l’on se parle dans notre Bureau du conseiller juridique.
— Question : – – sans vouloir être simpliste – et je comprends qu’il y ait des questions légales à respecter – mais si vous êtes témoin qu’un Président a été évincé et que des troupes sont au pouvoir sans avoir été élues de façon constitutionnelle, je me – […]
— M. Kelly : Eh bien, oui.
— Question : – – me demande ce qu’il peut y avoir de compliqué là-dedans.
— M. Kelly : Eh bien, d’accord. Vous avez entendu ce qu’a dit la Secrétaire, hier. Elle a dit qu’il s’agissait d’un coup d’État.
— Question : Oui, mais –
— M. Kelly : Le président a dit que c’était un coup d’État.
— Question : D’accord.
— M. Kelly : Nous sommes témoins de certains faits, bien sûr, et ceux-ci nous disent que l’ordre constitutionnel au Honduras a été renversé. Mais il y a également un – il y a un processus à suivre, et nous le suivons présentement. Et c’est une question légale. Et comme vous le savez tous, lorsque l’on – lorsqu’il s’agit de questions légales, il est préférable de consulter ses avocats, c’est donc ce que nous faisons. [….]
— M. Kelly : Eh bien je crois que notre message sera le même que celui que nous avons exprimé publiquement, c’est-à-dire, ce que la Secrétaire Hillary Clinton a affirmé hier et ce que le président Obama a dit – que nous croyons que le président Zelaya est le président constitutionnel du Honduras élu démocratiquement, et qu’il devrait pouvoir terminer son mandat. En outre, nous adhérons de très près aux procédures de l’Organisation des États américains, et nous croyons que ce qui s’est produit au Honduras ne respecte pas les principes de la Charte interaméricaine, et que nous devons nous attaquer à cela de façon multilatérale. Entre-temps, à l’ONU, il y a d’autres événements qui se précipitent. Ainsi, je crois qu’il s’agit là d’une occasion de manifester notre soutien au président élu présidentiellement – pardon, je voulais dire démocratiquement – au Honduras, et également de lui parler de la façon dont nous nous sommes coordonnés avec nos alliés, dont certains se trouvent à l’OEA.
— Question : Croyez-vous que ce soit une bonne idée qu’il rentre au pays jeudi comme il souhaite le faire ?
— M. Kelly : Je ne vais pas – je vais seulement – je crois que c’est une bonne idée qu’il soit rétabli dans ses fonctions de président du Honduras.
— Question : Les États-unis sont-ils prêts à lui fournir des mesures de sécurité s’il retourne au Honduras jeudi ?
— M. Kelly : Voilà une question à laquelle je ne suis tout simplement pas prêt à répondre, en fait.
Oui, Jill.
— Question : Oui, Ian, pour en revenir au sujet – je regrette, mais je crois devoir te poser une autre question légale.
— M. Kelly : Oui.
— Question : Mais seulement – vous dites constitutionnel – vous les connaissez, les faits. L’ordre constitutionnel a été renversé.
— M. Kelly : En effet.
— Question : D’accord. Alors est-ce cela l’élément déclencheur ? Est-ce suffisant pour suspendre l’aide ? Parce qu’ensuite, vous avez dit qu’il y aurait un processus légal à suivre.
— M. Kelly : Oui.
— Question : En d’autres termes, avez-vous défini – est-ce l’élément déclencheur que nous avons – vous savez, renverser l’ordre constitutionnel, par conséquent, nous avons le droit de suspendre notre aide ?
— M. Kelly : Eh bien, nous – comme je le disais, il y a un processus. Nous voulons nous assurer que M. Harold Koh, le Conseiller juridique au département d’État nouvellement entré en fonction, ainsi que son équipe, ait eu le temps voulu de prendre une décision à ce sujet.
— Question : D’accord. Ainsi – –
— M. Kelly : Voilà donc ce qui se passe maintenant.
— Question : D’accord. Donc, ce n’est pas suffisant pour suspendre l’aide ? Le renversement de l’ordre constitutionnel n’est pas suffisant sur le plan légal pour que vous puissiez suspendre votre aide ?
— M. Kelly : Nous avons besoin que nos experts juridiques consultent la loi, constatent les faits sur le terrain et qu’ils prennent une décision.
— Question : Et combien de temps cela prendra-t-il ?
— M. Kelly : Oh, ce ne sera pas long. Je ne peux vous dire avec exactitude combien de temps cela prendra, mais je présume que ce ne sera pas très long.
» [13]

Encore une fois, on peut observer que M. Kelly retarde son engagement à émettre un quelconque jugement pour déterminer s’il s’agit oui ou non d’un coup d’État selon la perspective et les lois états-uniennes. Pour l’armée, qui se consacrait (et se consacre encore), tous les jours, à réprimer la résistance montante et à entraver son avancée au Honduras, cela se traduit par du temps supplémentaire et la possibilité quotidienne de se régénérer. L’armée et la police s’efforçaient et s’efforcent toujours, par tous les moyens, de dissimuler et d’entraver sérieusement la couverture médiatique locale et internationale concernant la situation véritable qui se déroule au Honduras.

M. Kelly tente également de dévier l’attention portée sur la responsabilité états-unienne en s’empressant d’insister sur le besoin de diplomatie et de médiation par l’OEA. Vous remarquerez, ci-dessus, ce qu’affirme M. Kelly : « nous nous sommes coordonnés avec nos alliés, dont certains se trouvent à l’OEA ». Cela soulève la question à savoir qui sont les alliés de Washington ? Le Costa Rica, La Colombie, le Canada ? D’une part, les États-Unis louangent l’OEA, mais du même souffle, ils se réservent le droit de négocier de manière bilatérale avec certains gouvernements de leur choix. Washington a besoin de temps pour s’organiser avec ses alliés, et pour donner le feu vert aux putschistes afin qu’ils puissent faire de même avec l’oligarchie de droite de l’Amérique du Sud et de Miami. Cela représente une tentative à peine voilée de diviser les forces au sein de l’OEA. La résolution juste et bonne de l’OEA ne devient plus qu’une opération de camouflage qui sert à n’importe quoi sauf à la réinstallation du président Zelaya.

M. Kelly a également refusé de répondre à la question à savoir si les États-Unis allaient fournir des mesures de sécurité au président Zelaya s’il essayait de revenir chez lui. Ce numéro d’équilibriste est très révélateur, parce que lorsque M. Zelaya a déclaré publiquement qu’il allait effectivement tenter de rentrer chez lui par voie terrestre, le 24 juin, en passant par la frontière du Nicaragua, les États-Unis ont tenté de persuader M. Zelaya du contraire avec la dernière énergie, comme on le verra plus bas. Cela fut fait de manière à ce que tout incident qui puisse découler du retour de Zelaya soit perçu comme étant sa faute par les États-Unis. Cette position est la même que celle revendiquée par les instigateurs du coup d’État.

Lors du point de presse suivant, soit le 1er juillet, M. Kelly, répondant à la même question – à savoir quand les États-Unis auraient finalement déterminé s’il s’agissait d’un coup d’État au regard de la loi – M Kelly, donc, a déclaré qu’il ne pourrait acquiescer à aucun « adverbe de temps ». Il a d’ailleurs ajouté – ce qui semble être une excuse pour des délais ultérieurs – que les États-Unis prennent « [leurs] obligations légales très au sérieux ». C’est tout de même curieux de voir que la loi portant sur les résolutions adoptées par l’OEA ne semble pas relever du fait de prendre « [leurs] obligations légales très au sérieux. »

« — Question : Pour commencer avec le Honduras : hier, vous nous avez dit que le Bureau du Conseiller juridique avait entrepris son examen officiel pour savoir si le gouvernement états-unien considérait cela comme un coup d’État.
— M. Kelly : Effectivement.
— Question : Et par conséquent, si cela entraîne la suspension de l’aide.
— M. Kelly : Oui.
— Question : Avez-vous terminé cet examen ? Vous avez également dit que vous pensiez que ce ne serait pas long.
— M. Kelly : Oui.
— Question : Est-ce terminé, et avez-vous pris une décision ?
— M. Kelly : Oui. Il est toujours risqué d’adjoindre un adverbe de temps, peu importe lequel, à une quelconque déclaration. En fait, nous n’avons pas fini d’étudier la question. Néanmoins, comme je l’ai dit hier, nos conseillers juridiques sont présentement en train d’évaluer activement les faits et la loi en question, que nous prenons très au sérieux. Nous prenons nos obligations légales très au sérieux. Et puis, bien évidemment, je vous en informerait sitôt que cette décision sera prise.
» [14]

Voici maintenant en quoi consistait la partie du point de presse du 2 juillet portant sur le Honduras, en réponse aux questions du même journaliste :

« — M. Kelly : Eh bien, évidemment, notre objectif est la restauration constitutionnelle – de l’ordre constitutionnel à Tegucigalpa, ce qui veut dire la réinstallation du président Zelaya. Un processus mené par l’OEA est en cours actuellement. Nous croyons qu’il faudrait permettre à ce processus de se dérouler pleinement, et nous aurions tendance à dissuader qui que ce soit de poser des gestes pouvant entraver le déroulement de ce processus jusqu’au résultat souhaité, c’est-à-dire, évidemment, la réinstallation de Mel Zelaya au pouvoir.
— Question : Donc – simplement pour clarifier – êtes-vous en train de sous-entendre que son retour prématuré puisse être une entrave ?
— M. Kelly : C’est possible. Je pense que ce sur quoi nous devrions tous nous concentrer présentement, c’est la mission de l’OEA mandatée par son Assemblée générale extraordinaire. Évidemment, je ne peux parler au nom du président Zelaya, mais je crois comprendre qu’il ait prévu de retarder son retour au pays.
— Question : Avez-vous des nouvelles concernant la révision de l’aide accordée au Honduras et de la possibilité qu’elle soit suspendue ?
— M. Kelly : Oui, j’ai effectivement une mise à jour pour vous là-dessus, si vous voulez bien m’accorder quelques instants. La révision légale a présentement cours. Nous sommes en train d’essayer de trancher pour déterminer si la section 7008 de la Loi sur l’assistance aux pays étrangers doit être appliquée. Entre-temps, nous avons pris des mesures pour interrompre, comment dire, les programmes d’assistance que nous serions tenus par la loi de suspendre si effectivement l’on considère – si les événements du 28 juin sont considérés comme, tels que définis – ça y est, je commence à avoir l’air d’un avocat – tels que définis dans la section 7008 de la Loi sur l’assistance aux pays étrangers, s’ils sont définis comme étant un coup d’État.
» [15]

Et tandis que cela se déroule à Washington, la répression contre la résistance héroïque du peuple hondurien se poursuit sans relâche.

Était-ce un coup d’État militaire ou non ? Le Département d’État a-t-il pris une décision ?

Pas encore ! Le 6 juillet, le numéro d’équilibriste se poursuivait ainsi :

« — Question : D’accord. Mais avez-vous pris une décision quant à – une décision à savoir s’il s’agit en effet d’un coup d’État militaire, et si par conséquent l’aide fournie par les États-Unis devrait être suspendue ?
— M. Kelly : Eh bien, comme je l’ai dit jeudi, nous avons décidé que toute aide suspendue en vertu de cette loi – qu’aucune aide de cet ordre ne doit parvenir actuellement au régime de facto. Nous sommes encore plongés dans le processus qui déterminera si cette loi s’applique. Néanmoins, nous préférons nous abstenir de prendre une décision statutaire pendant que ces initiatives diplomatiques sont en cours.
— M. Kelly : Bon, voici quelques faits. L’un d’eux est qu’il y a – la plupart de nos activités sont exclues en vertu de cette section spécifique de la loi, et il s’agit de l’aide humanitaire et de l’aide fournie pour soutenir les programmes qui visent à établir la démocratie.
Les fonds que nous avons décidé de couper sont ceux versés aux programmes qui pourraient être considérés comme ayant – directement aidé le gouvernement ou le – ce que nous appelons le régime de facto au Honduras. Il s’agit d’un processus compliqué, mais nous admettons que nous pourrions décider de suspendre notre aide, et c’est pourquoi tous les programmes qui pourraient être considérés comme un soutien au gouvernement ont été – aucune de cette aide n’est en route actuellement.
» [16]

Il est à noter que M. Kelly s’inquiète de ce que l’aide envoyée au régime de facto soit « considérée » comme un soutien au gouvernement ; il utilise d’ailleurs ce terme deux fois dans le même paragraphe. Cela me rappelle l’importante déclaration de principe que Mme Clinton a faite le 15 juillet, tel que rapportée plus haut, alors qu’elle évoquait « les compétences et la crédibilité de notre nouveau président et de son équipe. […] cela signifie également se servir du bon vieux sens commun dans l’élaboration de nos politiques. Bref, c’est un mélange de principes et de pragmatisme […] » Ainsi, ce qui semble préoccuper le département d’État en tout premier lieu, c’est de rebâtir l’image et la crédibilité des États-Unis, tandis que ceux-ci tentent de « prendre les devants » d’une manière nouvelle et efficace. Accorder temps et soutien au régime de facto contribue au principe énoncé plus haut sur l’objectif impérialiste de domination états-unienne, ou comme on le dit à Washington, « prendre les devants ». Cette intention est censée se mêler au pragmatisme : dans le cas du Honduras, cela veut dire s’abstenir d’appuyer effrontément le régime soutenu par l’armée, comme cela aurait été le cas avec les politiques de Bush, lesquelles n’ont fait que contribuer à encourager les grands mouvements de masse latino-américains contre l’impérialisme états-unien et les politiques néolibérales. La défaite rapide du coup d’État contre Chavez organisé par les États-Unis ne fait que démontrer à son tour la futilité de ces politiques, que Washington essaie maintenant d’éviter. Et c’est en dissimulant la véritable cible des États-Unis sous des notions de dialogue et de diplomatie que ce pragmatisme se manifeste.

La portée de cet article ne me permet pas d’aborder certaines notions ou niveaux juridiques subtils quant aux différentes formes d’aide fournies par les États-Unis, entre autres dans le cadre de la « promotion de la démocratie », dans les domaines militaire, économique, humanitaire. Je me limiterai ici à traiter de la politique états-unienne actuelle, qui consiste à ne pas vouloir se prononcer clairement sur la nature juridique du coup d’État. Quelles seraient, pour les politiques états-uniennes relatives au Honduras, les conséquences d’une définition juridique claire du coup d’État comme étant un coup d’État militaire ? Les deux plus récents articles d’Eva Golinger fournissent des révélations et des analyses détaillées sur les différentes formes de l’aide états-unienne [17] :

Dans le point de presse du 7 juillet, M. Kelly a répondu à une question concernant le rétablissement de M. Zelaya dans ses fonctions de Président :

« — M. Kelly : Oui. Eh bien, je crois – si vous regardez le discours du président Obama à Moscou aujourd’hui, ce qu’il a dit, c’est que nous avions été témoins d’une situation où un président élu démocratiquement a été renversé et forcé à s’exiler. Et nous voulons adhérer au principe voulant que l’on ne puisse traiter ce genre de conflits sans égard à la constitution. Voilà le principe que nous souhaitons voir respecter. Nous voulons voir le – cet ordre démocratique et constitutionnel restauré.
— Question : Il semble que vous ayez ouvert la porte à une autre solution en devançant probablement les élections – –
— M. Kelly : À présent, c’est ce qu’on va voir. C’est-à-dire, maintenant – c’est-à-dire que nous soutenons depuis le début que (a) nous voulons que ces conflits soient résolus à travers le dialogue et (b) nous avons perçu cela comme un problème pour l’Organisation des États Américains et pour le – pour le forum du Forum Interaméricain. À présent, un processus remarquable est en cours où le président du Costa Rica joue le rôle de médiateur. Évidemment, ce processus ne fait que commencer. Et comme l’a dit la Secrétaire, nous ne voulons pas présumer de la façon dont il se déroulera, mais à présent, un dialogue a été établi.
» [18]

M. Kelly veut que la médiation du président du Costa Rica, M. Arias, puisse « se dérouler pleinement » pendant qu’au Honduras, la lutte se poursuit entre le régime militaire et la Résistance populaire. Il semble que le département d’État souhaite vivement que la Résistance du peuple hondurien s’estompe avec le temps. Néanmoins, au moment d’écrire ces lignes, on ne trouve aucun signe de découragement en dépit de la répression et des conditions extrêmement difficiles.

Le 10 juillet, en réponse aux journalistes, le secrétaire d’État adjoint, M. Philip J. Crowley, a affirmé que les « […] négociations [menée par Arias] sont le meilleur moyen de résoudre la crise de manière pacifique […] » [19]. Ce n’est que lorsqu’un journaliste a insisté pour savoir si cela supposait le retour de Zelaya au pouvoir que Crowley a confirmé ceci – à tout le moins verbalement.

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Hillary Clinton reçoit Manuel Zelaya (© State Departement).

La médiation menée par le Président Arias est-elle un processus états-unien ?

À mesure que la réponse à cette question prenait davantage le devant de la scène, on a demandé à M. Kelly, le 13 juillet, si la médiation menée par M. Arias constituait ou non un processus états-unien.

« — M. Kelly : Oui, eh bien ce n’est pas un processus américain. C’est un processus où nous mettons tous nos – c’est un processus mené par le président du Costa Rica, Oscar Arias, auquel nous donnons tout notre appui. Et…
— Question : À mes yeux, cela ressemble drôlement à un processus américain. (Rires)
— M. Kelly : Nous appuyons ce processus mené par Arias. Il n’est pas américain ce…
— Question : Quel pays se trouve dans quelle partie du monde ?
— M. Kelly : Ce n’est pas un processus qui est mené par les États-Unis d’Amérique. (Rires) Et devons simplement donner – nous devons donner le temps à ce processus de fonctionner. Et je vais simplement – nous – nous allons – comme je le disais, nous appuyons fermement le président Arias. Vers la fin de la semaine dernière, il a dit qu’il s’attendait à s’asseoir de nouveau avec les deux parties, et j’espère qu’il s’agira du type de propositions dont les deux protagonistes seront prêts à discuter.
» [20]

Puis, le 14 juillet :

« —Question : Le président Zelaya a donné un – ce que les gens ont appelé un ultimatum. Il affirme que si les pourparlers dont le président Arias est le médiateur ne le réinstallent pas ou ne le remettent pas au pouvoir lors de la prochaine session, qu’ils auront échoué et que d’autres mesures pourraient devoir – d’autres mesures devront être adoptées.
— M. Kelly : Oui.
— Question : Quel – est-ce là la position qu’ont adoptée les États-Unis ?
— M. Kelly : Eh bien, je pense que vous savez quelle est notre position – qui est que nous croyons que tous les intervenants dans ces pourparlers devraient donner du temps à ce processus, ne pas donner de dates butoir artificielles, ne pas faire de – ne pas dire que si un résultat « x » ne se produit pas dans tel délai, que les pourparlers seront clos. Nous devons laisser ce processus faire ses preuves et appuyer le travail du président Arias.
— Question : Alors, allez-vous considérer qu’ils ont échoué si la prochaine session ne provoque pas le retour de Zelaya ?
— M. Kelly : Eh bien écoutez, comme je viens de le dire, nous ne voulons pas fixer de date butoir artificielle.
— Question : Alors, voilà qui est – êtes-vous en train de nous dire que la réponse est « non », que vous n’êtes pas d’accord avec Zelaya quand il dit qu’il s’agira d’un échec s’ils – –
— M. Kelly : Je crois que nous devrions donner une chance au Président Arias […]
» [21]

L’équilibriste change, mais la précarité demeure

Le 17 juillet, M. Robert Wood, un autre porte-parole du département d’État, s’adressait ainsi aux journalistes :

« — M. Wood : Et puis écoutez, les pourparlers de paix dirigés par Arias n’ont pas été – voyez-vous, cette initiative est récente. Nous devons lui donner du temps. Comme je l’ai déjà dit, il s’est engagé dans ce processus, nous le sommes aussi, et d’autres dans l’hémisphère occidental le sont. Nous devons donner la chance à [ce processus] de faire ses preuves. Nous devons lui permettre d’évoluer. Ainsi, nous allons continuer d’encourager les intervenants à l’appuyer dans ce processus, parce que nous croyons que c’est la meilleure manière de revenir au point où nous voulions nous trouver. _ Warren. _ — Question : Pour poursuivre là-dessus, le gouvernement états-unien a-t-il spécifiquement demandé au président Zelaya, ou l’a-t-il exhorté à ne pas faire une autre tentative contestée de revenir au Honduras ?
— M. Wood : Je ne voudrais pas aborder des discussions que nous pourrions avoir eues ou ne pas avoir eues avec le président Zelaya sur une foule de sujets. Disons simplement que nous ne voulons pas – comme je l’ai dit plus tôt, nous ne voulons pas que quiconque prenne de mesures qui puissent entrer en conflit, de quelque manière que ce soit, ou ne pas contribuer de manière bénéfique au processus de médiation.
— Question : Donc, son retour ne serait pas bénéfique ? Est-ce ce que vous dites ?
— M. Wood : Je n’ai rien à ajouter à ce que je viens de vous dire […]
» [22]

Qu’est-ce que Hillary Clinton a dit à Micheletti ?

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L’armée hondurienne protège le putschiste Micheletti (© Getty Images, photo transmise par l’auteur).

Revenons à M. Crowley, lors du 20 juillet :

« — M. Crowley : Et hier, depuis New Delhi, la Secrétaire a eu une conversation téléphonique avec le leader du régime de facto, M. Micheletti. Et elle a exposé durant cet appel – l’a encouragé à continuer de se concentrer sur ces négociations, et l’a également aidé à comprendre les conséquences qui pourraient s’ensuivre s’il laissait passer cette occasion de médiation.
— Question : En fait, c’est la première fois qu’elle – que qui que ce soit, je crois, parle à Micheletti ?
— M. Crowley : Voilà une bonne question. Je ne – nous avons été en contact avec des représentants des deux parties, mais de toute évidence, c’est là son premier contact avec lui.
— Question : Donc ce n’était pas concernant…
— Question : Avez-vous une transcription qui démontre son niveau de fermeté dans sa conversation avec Micheletti ?
— M. Crowley : Je crois qu’elle… […]
— Question : …a-t-elle signifié très clairement à M. Micheletti que les États-Unis ne reconnaissent pas le gouvernement de facto, et que peu importe ses objections durant les pourparlers de ce week-end, il devra se préparer à se retirer afin de laisser le président élu reprendre sa place ?
— M. Crowley : Je crois que cet appel téléphonique a été très ferme. Néanmoins, je pense qu’il a été – elle a clarifié à savoir si le régime de facto avait besoin qu’on lui rappelle que nous voulons la restauration de l’ordre démocratique et constitutionnel, donc une résolution pacifique. Nous croyons que personne ne devrait prendre la moindre mesure qui puisse attiser le risque de violence au Honduras, et nous appuyons totalement la médiation en cours menée par Arias.
— Question : Donc, vous avez prévenu M. Zelaya de rester pour l’instant au Nicaragua, ou dans le pays qui lui donne refuge, si cela pourrait faire diminuer les tensions ?
— M. Crowley : Je crois que nous avons aussi signifié clairement au président Zelaya qu’à notre avis, la médiation est la voie à suivre.
Oui.
— Question : Pouvez-vous – des mesures plus sévères, des déclarations que vous êtes prêts à faire s’ils – le régime de facto ne change pas sa conduite…
— M. Crowley : Vous savez, nous disposons d’alternatives s’ils ne le font pas – également des obligations légales si les négociations échouent. […]
— Question : P.J., je voudrais simplement clarifier. Vous avez affirmé avoir dit à Zelaya que la médiation était la voie à suivre. Mais lui avez-vous dit spécifiquement : « Ne rentrez pas car c’est dangereux et cela pourrait engendrer des tensions et de la violence » ?
— M. Crowley : Oui.
— Question : C’est ce que vous lui avez dit, directement ?
— M. Crowley : Oui.
— Question : D’accord.
» [23]

Cette conversation téléphonique entre Mme Clinton et Micheletti n’a pas été divulguée au public. Néanmoins, je crois que Mme Clinton s’est effectivement montrée très « ferme » face à son interlocuteur, tel que son porte-parole et secrétaire du département d’État l’a indiqué plus haut. Mais pourquoi donc ? Les instigateurs du coup d’État ne peuvent même pas se mettre d’accord sur une proposition – qui pourtant les favorise grandement – issue de la médiation, tandis que la résistance se poursuit dans les rues du Honduras : quelle image cela donne-t-il de la nouvelle politique étrangère que Washington voudrait transmettre à travers le globe ? De quoi cela a-t-il l’air aux yeux de la population états-unienne elle-même, qui a démontré qu’elle était de plus en plus opposée aux politiques d’affrontement sur la scène internationale ?

M. Zelaya, pour sa part, n’a pas eu le privilège d’être averti en privé. Comme le département d’État l’indique plus haut : « Ne rentrez pas car c’est dangereux et cela pourrait engendrer des tensions et de la violence. » En affirmant cela publiquement, ne démontre-t-on pas ouvertement aux putschistes qu’ils ont le droit de s’en prendre à Zelaya et que Washington ne lui portera pas secours ? Si nous comparons cela à la conversation téléphonique secrète avec M. Micheletti, semble-t-elle aussi ferme que les paroles adressées à M. Zelaya ?

La décision de Washington quant à la classification légale du coup d’État, en vertu des normes états-uniennes, n’avait pas encore été prise. Ce jugement éventuel allait déterminer si les États-Unis suspendraient ou non la totalité de leur aide militaire et économique, de façon permanente, aussi longtemps que les instigateurs du coup d’État resteraient au pouvoir, couperaient toute aide militaire, économique et politique ainsi que la reconnaissance diplomatique.

Le régime est totalement dépendant des secours états-uniens de toutes sortes pour assurer sa survie. Au moment du point de presse mentionné ci-dessus (le 20 juillet), le département d’État affirmait avoir simplement fait une interruption temporaire dans le cas de certains programmes. Or, plus tard au cours de ce même point de presse, en réponse à la question suivante : « Avez-vous décidé s’il s’agissait d’un coup d’État sur le plan légal […] » M. Crowley a dit : « non ». [24]

De l’ambigüité au cœur de l’ambigüité ! Cela veut-il dire que les États-Unis avaient finalement jugé que le coup d’État n’était pas légal, ou qu’ils n’avaient pas encore pris leur décision ? En fait, cette clarification n’aura lieu que plus d’une semaine plus tard, soit le 29 juillet.

Lors du point de presse suivant, le 21 juillet, le porte-parole adjoint du département d’État, M. Robert Wood, a répondu à une question en ces termes : « Nous sommes en contact constant avec un certain nombre de pays de l’hémisphère au sujet de la situation au Honduras. Et nous croyons que la médiation menée par Arias constitue la voie à suivre […] » En réponse à une autre question, à savoir ce que Wood voulait dire par « agir maintenant », il a affirmé : « ce que je veux dire par ‘agir maintenant’, c’est que nous disposons d’un processus que nous avons mis en œuvre et qui est mené par le président Arias ». [25]

Il semble évident que la médiation contribue à donner du temps aux États-Unis pour leur permettre de former des alliances en Amérique du Sud. Celles-ci sont dirigées non seulement contre Zelaya, mais également contre tous les gouvernements sud-américains, y compris ceux des Caraïbes, qui persistent à appuyer son retour inconditionnel, tel que les résolutions de l’OEA et de l’ONU l’exigeaient. La situation doit être très frustrante dans les rues de nombreuses villes du Honduras, où des milliers de personnes défient l’armée entraînée et parrainée par les États-Unis : en effet, tandis que le peuple persiste à défendre ses revendications malgré la violente répression, « agir maintenant », selon les États-Unis, s’applique uniquement aux forces sociales qui s’opposent aux instigateurs du coup d’État, mais ne concerne pas le régime putschiste. Sur la liste des priorités états-uniennes, les propositions de paix se retrouvent tout en bas, bien enfouies sous le matériel militaire.

Imprudent, prématuré et téméraire ?

Le lendemain, 23 juillet, en réponse à une autre question concernant les délais de la médiation, le secrétaire d’État adjoint, M. Philip Crowley, a affirmé qu’il ne devrait pas y avoir « d’échéance ». Puis, rétorquant à un autre journaliste qui voulait savoir si Zelaya prévoyait retourner au Honduras, il a qualifié ce retour « d’imprudent ». [26]

Le 24 juillet, la lutte s’intensifiait dans les rues du Honduras ainsi que dans les zones proches de la frontière nicaraguayenne, où M. Zelaya préparait son retour. Ce jour-là, la vidéo officielle du département d’État n’a pu dissimuler la réaction du secrétaire d’État adjoint M. Philip Crowley, lorsqu’une fois de plus, on lui a posé une question au sujet du retour de M. Zelaya. La frustration se lisait partout sur son visage. Il a semblé soupirer d’exaspération, puis, il a serré la vis un peu plus fort à M. Zelaya et à ses sympathisants, affirmant maintenant que son retour serait « prématuré ». [27]

Il n’y avait peut-être pas de grande différence entre « imprudent » et « prématuré », mais la même journée, le 24 juillet, Mme Clinton est apparue dans un point de presse avec le Premier ministre iraquien Nour al-Maliki, après leur rencontre au département d’État. Elle a affirmé de son propre chef, sans qu’il s’agisse d’une réponse à la question d’un journaliste, qu’elle considérait le retour de Zelaya comme étant «  téméraire » [28]. Il n’y a aucun doute, cela consiste à serrer la vis. Et en outre, n’est-ce pas là une façon d’encourager M. Micheletti à prendre une position rude envers Zelaya ? La « fermeté » de l’appel téléphonique de Mme Clinton devait être bien loin dans l’esprit de Micheletti lorsqu’il l’a entendue prévenir publiquement M. Zelaya.

Le duo Clinton- Micheletti

À partir du vendredi 24 jusqu’au dimanche 26 juillet, l’armée s’est essayée (et dans une certaine mesure, a réussi) à réprimer par la force brutale le grand mouvement d’appui absolument indéniable et héroïque du peuple hondurien, qui voulait accueillir le président Zelaya à la frontière. En dépit de cela, le lundi 27 juillet, M. Kelly a corroboré l’opinion de Mme Clinton au sujet du retour de Zelaya, le qualifiant de « téméraire, effectivement ». Il a également ajouté que le département d’État appuyait le retour de Zelaya dans la mesure où ce soit fait « d’un commun accord ». En réponse à une question concernant la demande de sanctions qu’avait faite M. Zelaya contre le régime de facto le 27 juillet, M. Kelly a évité la question en affirmant qu’ils « appuyaient le président Arias ». [29]

Comment peut-il y avoir un « commun accord » alors que les putschistes refusent que Zelaya soit rétabli dans ses fonctions de président, que ce soit par des moyens diplomatiques vagues et douteux (les propositions du président Arias) ou par un retour pacifique via la frontière ? Dans le contexte de la situation tendue qui prévaut le long de la frontière Nicaragua-Honduras, « appuyer M. Arias » suppose de plus en plus chaque jour que cette médiation parrainée par les États-Unis est conçue pour fournir au régime militariste le temps nécessaire pour s’organiser au niveau national et international. En effet, M. Micheletti est en train d’établir ses contacts au niveau international, et entre-temps, il utilise la force brutale contre la population : le temps joue en faveur du statu quo. Le département d’État, le président Arias et M. Micheletti font tout ce qu’ils peuvent pour démoraliser et décourager les mouvements sociaux au pays, tout en s’efforçant de provoquer des divisions et des désertions au niveau international.

En parlant de donner du temps au régime de Micheletti, le 27 juillet, le Wall Street Journal lui a fourni l’occasion d’exprimer son opinion sur sa page éditoriale. Micheletti a littéralement fait l’éloge du terme « téméraire » choisi par Mme Clinton pour qualifier le retour de Zelaya, affirmant qu’il s’agissait là d’un qualificatif « approprié ». Il a poursuivi en faisant ainsi appel à l’extrême-droite et aux éléments belliqueux de l’oligarchie états-unienne : « […] plutôt que d’imposer des sanctions, les États-Unis devraient poursuivre les sages politiques de Mme Clinton. Elle appuie les efforts du Président Arias dans sa médiation concernant ces questions. » [30]

Il doit y avoir beaucoup de pression sur la nouvelle administration à Washington pour maintenir la domination militaire pro-états-unienne sur le Honduras, peu importe ce qu’il en coûtera à l’administration Obama. Le Wall Street Journal témoigne de cette coercition.

Le Wall Street Journal et la droite états-unienne

Dans un récent article de l’avocate, auteure et journaliste états-unienne d’origine vénézuélienne Eva Golinger, publié dans Cubadebate, elle écrivait que

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Roberto Micheletti

« Le Wall Street Journal fait partie de l’agence de presse Dow Jones News Corporation. Son propriétaire est le puissant multimillionnaire Rupert Murdoch. Celui-ci, grâce au monopole de News Corporation, contrôle des centaines de journaux, magazines, chaînes de télévision et stations de radio à travers le globe. Murdoch est bien connu pour sa chaîne American Fox News, laquelle favorise la vision impérialiste et néoconservatrice des États-Unis. Certaines de ses autres entreprises médiatiques comprennent le National Geographic Channel, The Film Zone, tous les canaux et studios de FOX, Cine Canal, MySpace (internet) Harper Collins (édition), New York Post (quotidien), The Sunday Times (RU), The Sun (RU), et bien d’autres encore.
Le
Wall Street Journal est un quotidien qui jouit d’un tirage de plus de deux millions d’exemplaires par jour sur l’échelle mondiale et de 931 000 lecteurs sur internet. L’éditorial du dictateur Roberto Micheletti a été rédigé et diffusé par son lobbyiste aux États-Unis, le procureur Lanny Davis, ami intime et avocat de l’ancien président Bill Clinton et de son épouse Hillary, la secrétaire d’État du Président Obama. Le Wall Street Journal a plaidé d’emblée en faveur du coup d’État au Honduras, et il a même publié une série d’articles tentant d’accuser le Venezuela et le président Hugo Chavez d’avoir causé la crise dans ce pays centroaméricain. » [31]

Le réseau de contacts commence à se dévoiler, tel qu’en témoigne le texte ci-dessus. Il devient de plus en plus difficile pour le fildefériste de conserver son équilibre. Inévitablement et sous les yeux de tous, il semble être en train de basculer du côté de la puissance militaire, aux dépends du cheval de Troie que représente le « dialogue et la diplomatie » situé de l’autre côté du fil. Il faudrait tout un acrobate pour maintenir la position chancelante de cet équilibriste.

« Je n’ai pas encore de mise à jour là-dessus »

La première fois que les journalistes ont demandé au département d’État si le coup d’État avait été jugé légal ou non, c’était le 29 juin, soit le lendemain du renversement militaire. M. Kelley avait répondu, tel que cité plus haut : « Je n’ai pas encore de mise à jour là-dessus. » Le 28 juillet – je répète volontairement – le 28 juillet, c’est-à-dire un mois plus tard :

« — Question : Et une… une autre sur le Honduras. Je suis bien conscient que le Bureau du conseiller juridique était à l’œuvre pour déterminer si les événements au Honduras correspondaient techniquement à la définition légale d’un coup d’État, ce qui par conséquent aurait entraîné la suspension de l’aide – qui a déjà été suspendue, comme je le constate.
— M. Kelley : Oui.
— Question : Avez-vous enfin pris une décision sur cette question ?
— M. Kelley : Je n’ai pas encore de mise à jour là-dessus.
— M. Kelley : Ian ?
— Question : Cela veut-il dire que vous avez pris votre décision ou que cet examen achève ?
— M. Kelley : Je – comme je viens de le dire, je vais devoir – je n’ai pas encore de mise à jour là-dessus.
» [32]

Ce qui est encore plus révélateur que les transcriptions, c’est le langage corporel qu’exhibait M. Kelley et qui est bien visible sur la vidéo officielle. On aurait dit qu’il s’était passé une éternité avant qu’il ne donne sa dernière réponse : « Je – comme je viens de le dire, je vais devoir – je n’ai pas encore de mise à jour là-dessus ». Il ne cessait de gigoter. Par ailleurs, les journalistes n’avaient plus de questions. Pas un seul d’entre eux n’a souligné que le département d’État avait dit la même chose il y a un mois ! Si ce n’était de la situation profondément grave et critique que vit le peuple hondurien, et au demeurant toute l’Amérique du sud dans le contexte historique du coup d’État, alors le cirque du Département d’État aurait dû être anéanti sous nos moqueries.

Mais le show continue : est-ce, oui ou non, un coup militaire ?

Le 1er août :

« — Question : Est-ce que le fait que vous n’avez pas encore condamné ce gouvernement signifie que vous l’appuyez d’une façon ou d’une autre ?
— M. Crowley : Pendant environ un mois, nous avons fermement condamné l’action du régime de facto et le renvoi du président Zelaya.
— Question : Reconnaissez-vous qu’il s’agissait d’un coup d’État, d’un coup d’État militaire ?
— M. Crowley : Eh bien, il y a certaines questions juridiques dans ce cas que nous avons décidé de ne pas traiter à cette étape. Mais nous avons dit clairement, et sous tous les tons possibles, que ce qui est arrivé au Honduras constitue une violation de la Charte de l’OÉA. C’est pour cela que nous avons pris des mesures contre le Honduras. Il s’agit d’une violation de la Charte démocratique interaméricaine, et nous poursuivrons intensivement nos efforts pour essayer de résoudre cette situation.
» [33]

Le 6 août, un journaliste a insisté sur la question de la définition juridique à donner au coup d’État :

« — M. Wood : […] Mais un coup d’État a eu lieu dans ce pays, et […]
— Question : Eh bien, vous n’avez pas encore déclaré officiellement qu’il s’agit, sur le plan juridique, d’un coup d’État.
— M. Wood : Nous l’avons qualifié de coup d’État. Ce que nous avons dit c’est que, sur le plan juridique, nous ne pouvons pas le qualifier comme étant un coup d’État militaire. Une analyse est toujours en cours.
— Question : Pourquoi faut-il tant de temps pour établir s’il s’agit ou non d’un coup d’État militaire ?
— M. Wood : Eh bien, regardez, ce cas comporte un grand nombre de questions juridiques qui doivent être examinées attentivement avant que nous puissions nous prononcer, et, pour le faire, nous devons échanger des informations avec un certain nombre de parties. Nous devons examiner ces informations et prendre la meilleure décision juridique qui soit possible sur si oui ou non…
— Question : Cela prend beaucoup de temps, semble-t-il.
— M. Wood : Eh bien, lorsqu’on traite de questions juridiques aussi délicates, les choses prennent du temps. Nous voulons donc faire en sorte que…
— Question : Avez-vous pris une décision sur la nécessité d’imposer des sanctions supplémentaires contre le gouvernement « de facto » ?
— M. Wood : Aucune décision n’a été prise pour le moment, à part celle d’appuyer les Accords de San José et le processus de médiation.
— Question : […] Ma question était la suivante : avez-vous oui ou non pris la décision de ne pas imposer de nouvelles sanctions contre le Honduras ?
— M. Wood : Et ce que je vous réponds c’est que nous nous concentrons en ce moment sur l’appui à ce processus et que nous essayons d’obtenir des deux parties qu’elles en viennent à une sorte d’entente politique. Mais je n’ai rien d’autre à ajouter sur cette question.
» [34]

À ce point, ce que l’on ne peut lire sur la transcription mais que l’on peut voir très clairement sur la vidéo c’est que M. Wood était visiblement agacé. Il a interrompu le journaliste très persistant en pointant du doigt un autre journaliste. Or le peuple hondurien sait qu’il s’agit d’un coup d’État militaire. Il est en train d’unir ses forces et de s’organiser davantage pour intensifier sa lutte contre les militaires et contre la police. Le peuple est en train de se mobiliser malgré l’intensification de la répression. Celle-ci est déjà responsable d’au moins six assassinats, de centaines d’arrestations et de cas de blessures.

Le même jour, le 6 août, un article de l’agence de presse Reuters montre que le Département d’État est même allé encore plus loin :
« ‘Notre position politique et stratégique d’engagement n’est pas fondée sur un appui quelconque à un politicien ou à une personne en particulier. Elle est plutôt fondée sur la décision de mieux servir la population hondurienne et de répondre à ses aspirations démocratiques’ », a écrit Richard Verma, secrétaire d’État adjoint aux affaires législatives. « ‘Nous avons rejeté le recours à des sanctions économiques écrasantes et nous avons rendu clair que tous les États devaient essayer de contribuer à l’adoption d’une solution sans recourir à la violence et en respectant le principe de non-intervention’ » a-t-il déclaré. La lettre a été obtenue par l’intermédiaire du service des nouvelles de l’agence Reuters. » [35]

Deux points importants sont à souligner :
- 1. En ce qui concerne la soi-disant position d’appui à Zelaya et d’opposition à Micheletti, le département d’État (voir citation ci-dessus) celle-ci « n’est pas fondée sur un appui quelconque à un politicien ou à une personne en particulier ». Cela veut dire que le département d’État est neutre maintenant ! Mais cela montre que la position soi-disant si modérée que le département d’État affirme adopter n’est en vérité pas si modérée. Elle est en réalité favorable au régime « de facto ». Maintenir le statu quo signifie appuyer Micheletti.
- 2. Quand le représentant du département d’État, Richard Verma, affirme, ci-dessus, « […] nous avons rejeté le recours à des sanctions économiques écrasantes […] » n’explique-t-il pas ainsi, sans le vouloir, la raison pour laquelle les États-Unis d’Amérique n’ont pas qualifié juridiquement le coup d’État comme étant un coup d’État militaire ?

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Barack Obama et Hilary Clinton (© White House).

Obama : victime ou complice ?

Jusqu’ici, nous avons analysé en profondeur les déclarations du département d’État et de Mme Clinton, mais nous n’avons rien dit sur le président Obama. Néanmoins, il est difficile d’éviter le sujet quand on pense que, jusqu’ici, M. Obama ne s’est presque pas prononcé sur la question. Depuis le début de la crise, soit le 28 juin, et au moment d’écrire ces lignes, le président Obama et son secrétaire de presse ont émis six commentaires au total :

Le 29 juin, lors d’un point de presse à la Maison-Blanche avec le président de la Colombie (Uribe), Obama affirme : « Nous croyons que le coup n’est pas légal et que le président Zelaya demeure le président du Honduras, le président élu démocratiquement là-bas. Là-dessus, nous avons rejoint tous les pays de la région, y compris la Colombie et l’Organisation des États Américains. » [36]

Le 29 juin, le secrétaire de presse de la Maison-Blanche Monsieur Robert Gibbs fait son numéro pour les journalistes :

« — Question : […] toujours au sujet du Honduras, pour essayer de voir clair dans les intentions des États-Unis. L’administration considère-t-elle le retrait de son ambassadeur, comme l’ont fait les gouvernements latino-américains de gauche, ou même la suspension potentielle de son aide ?
— M. Gibbs : Eh bien, encore une fois, je crois qu’il y aura de cela dans le prochain… dans le cadre des prochaines étapes de l’évaluation de cette situation. Seulement, pour l’instant, je préférerais ne pas trop préciser.
— Question : Les États-Unis savaient-ils d’avance ou avaient-ils entendu dire qu’un coup d’État était prévu ? Avaient-ils pris des mesures quelconques pour essayer de le bloquer ? Et que révèle l’incapacité de l’administration à empêcher le coup d’État sur sa crédibilité en Amérique latine ?
— M. Gibbs : Bon, alors comme je l’ai dit il y a une minute, je crois que l’administration, notre gouvernement, en collaboration avec des partenaires, essayaient de prévenir le genre de troubles que nous avons vu se produire durant les dernières 24 heures. Ils s’y sont penché au cours des quelques derniers jours. Et nous allons continuer de travailler à restaurer l’ordre démocratique au Honduras.
— Question : L’administration avait-t-elle prévenu le président Zelaya que cela se préparait ?
— M. Gibbs : Je n’en sais rien.
» [37]

Si l’on considère cet extrait, est-ce vraiment différent du numéro d’équilibriste du département d’État ?

On ne le dirait pas.

Le 1er juillet, le secrétaire de presse de la Maison-Blanche répondait aux journalistes :

« — Question : Mais avec le Pentagone qui suspend les opérations militaires conjointes, à quel point l’effet est-il considérable et songe-t-on également à prendre d’autres mesures ?
— M. Gibbs : Eh bien, nous continuons de surveiller la situation et nous allons réagir de manière appropriée à mesure que les événements vont se produire. Mais encore une fois, comme je l’ai déjà dit, nous surveillons de près ce qui se passe.
» [38]

Tandis que le département d’État semblait de plus en plus aux prises avec un scénario vague et incertain concernant le retour du président Zelaya, le président Obama, en visite à Moscou, a fait un commentaire sur le Honduras pour répondre à des questions qu’on lui posait sur le sujet. Ainsi, le 7 juillet, le correspondant en chef à la Maison-Blanche de la chaîne ABC M. Jack Tapper, qui n’a pas la réputation d’être conservateur – et ABC n’étant certes pas aussi à droite que Fox News –, écrivait de Moscou, d’où il citait le président Obama : « ‘Les États-Unis appuient dès maintenant la réinstallation du président du Honduras élu démocratiquement, même s’il s’est fermement opposé aux politiques américaines […]’ »

M. Tapper, s’appuyant sur sa longue expérience dans le domaine politique à la Maison-Blanche, écrivait : « Le président Obama, qu’on a critiqué pour avoir appuyé le « mauvais côté » lors du récent coup d’État au Honduras, a essayé d’expliquer, mardi, [7 juillet] son plaidoyer en faveur du président expulsé Manuel Zelaya […] Mais les conservateurs ont critiqué le président et blâmé Zelaya pour ce qui lui arrive. » Pour donner des exemples de la pression exercée par les conservateurs, M. Tapper a cité les activistes floridiennes de droite anti-Venezuela, anti-Cuba et des représentantes républicaines au Congrès, Mmes Ileana Ros-Lehtinen et Connie Mack. [39]

Si nous tenons compte de la déclaration de M. Obama citée plus haut, alors effectivement, en surface, il semble y avoir un désaccord sinon un conflit entre le président Obama et le département d’État. Or, le département d’État est plus effrontément lié à l’armée et aux forces de droite de l’époque de Bush (comme nous l’avons vu plus haut à de nombreuses occasions, et plus récemment dans l’article du Wall Street Journal de M. Micheletti).

Le 7 août, selon l’agence Reuters, Obama a déclaré aux journalistes qu’il continuait à appuyer le retour de Zelaya au pouvoir. Il a cependant ajouté : « ‘Je ne peux appuyer sur un bouton et rétablir soudain M. Zelaya à son poste’ ». Obama a dit : « ‘Il est important de noter combien il est ironique que ceux qui se plaignaient de l’ingérence des États-Unis en Amérique latine se plaignent maintenant que nous ne nous sommes pas assez ingérés.’ » [40]

On pourrait, ici aussi, croire que la position du président diffère beaucoup de celle du département d’État. Alors que le département d’État a déclaré le 6 août (voir la citation ci-dessus) que sa politique n’est pas fondée sur un appui quelconque à un politicien ou à une personne en particulier, Obama a affirmé le jour suivant, le 7 août, qu’il appuyait encore le retour de Zelaya au pouvoir. Mais, se servant de son talent oratoire, Obama a fait allusion aux conditions dans lesquelles il se trouve en affirmant qu’il ne peut rétablir Zelaya au pouvoir en appuyant sur un bouton. Veut-il dire qu’il subit trop de pressions des oligarchies de droite des États-Unis, de l’Amérique latine et même du département d’État pour agir ? Ou utilise-t-il tout simplement d’autres mots et images pour appuyer la politique du département d’État, qui consiste à gagner du temps et à donner de l’oxygène au gouvernement de facto pour maintenir ce dernier au pouvoir ?

Qu’en est-il de la remarque d’Obama sur le fait « ironique », selon lui, que ceux qui s’opposent d’habitude à l’ingérence des États-Unis l’exigent maintenant ? En fait le Honduras a, sur son territoire, une importante base militaire des États-Unis, massivement financée par les États-Unis, fournie en forces armées et équipée de matériel des États-Unis. La fermeture complète de la base, le retrait immédiat des troupes états-uniennes et du matériel militaire et l’arrêt complet de tout entraînement militaire ne serait nullement un acte d’ingérence des États-Unis dans les affaires intérieures du Honduras. Les bases militaires, au Honduras, en Colombie ou ailleurs, constituent en fait un prolongement de la puissance militaire des États-Unis dans d’autres pays.

À ce sujet, dans un autre contexte et dans d’autres conditions juridiques et historiques, ceux de Cuba, qui se plaindrait de l’ingérence étrangère dans les affaires de ce pays si Washington fermait la base de Guantanamo, se retirait complètement de l’île et restituait cette partie du territoire cubain au peuple cubain ? Et au Honduras, qui, à part Micheletti, se plaindrait d’une ingérence, si Obama décidait aujourd’hui, en tant que président, de retirer l’ambassadeur des États-Unis de ce pays et de rompre les relations diplomatiques jusqu’au retour de Zelaya ? Tels sont les boutons sur lesquels le président devrait appuyer.

Le 10 août, selon l’AP, au Forum des leaders de l’Amérique du Nord, Obama, a repris un thème déjà mentionné, en déclarant ceci : « ‘Les personnes qui nous critiquent en affirmant que les États-Unis n’ont pas intervenu suffisamment au Honduras, sont celles qui disent aussi que nous sommes toujours en train d’intervenir en Amérique latine, et que les Yankees doivent sortir de la région’ ». « ‘Les gens qui nous critiquent pensent qu’il est approprié que nous agissions soudainement selon des façons qu’elles jugent inappropriées dans tous les autres contextes. Je pense que cela démontre peut-être une certaine hypocrisie dans leur façon de voir les relations entre les États-Unis et l’Amérique latine’ » a poursuivi M. Obama. [41]

Voici une partie de la déclaration finale du Sommet :

« Nous avons discuté à fond sur le coup au Honduras et nous réaffirmons notre appui à l’Accord de San José et aux efforts continu de l’OÉA pour parvenir à une solution pacifique de la crise politique. C’est une décision qui restitue la gouvernance démocratique et la primauté du droit, et qui respecte les droits de tous les Honduriens (…) » [42]

Qu’est-ce que cela nous révèle au sujet d’Obama ?

Mais d’abord, quel est le lien juridique et constitutionnel entre le président des États-Unis, l’armée états-unienne et le département d’État ? Voici ce que nous en dit le site web de la Maison-Blanche :

« Le pouvoir de la branche exécutive est conféré au président des États-Unis, qui agit également à titre de chef d’État et de commandant en chef des forces armées […]
Le département d’État joue le rôle principal dans le développement et la mise en œuvre de la politique étrangère du président. Ses responsabilités principales consistent à représenter les États-Unis à l’étranger, fournir de l’aide aux pays étrangers, offrir des programmes d’entraînement militaires à l’étranger,
[…] » [43]

Et la Constitution états-unienne :
Article II, Section 2
«  Le président sera commandant en chef de l’armée et de la marine des États-Unis. » [44]

Le 29 juin 2009, l’analyste politique Thierry Meyssan écrivait, sous le titre suivant :

« Le SouthCom prend le pouvoir dans un État membre de l’ALBA »
« …la petite armée hondurienne est entièrement équipée, formée et encadrée par les États-Unis. Elle obéit certes à son chef, le président de la République, puis à son chef d’état-major. Mais en pratique, elle est largement contrôlée par le SouthCom depuis Soto Cano et Miami.
Précisément, le Pentagone a précipitamment installé le nouveau commandant du SouthCom, le général Douglas M. Fraser, jeudi dernier [25 juin 2009], pour suivre le coup….
Le SouthCom est installé à Miami, mais a une antenne à Soto Cano et des sites avancés à Comalapa (Salvador), Manta (Équateur) et sur les îles d’Aruba et de Curaçao (Antilles néerlandaises).
» [45]

Le président Obama doit donc prendre ses responsabilités. Est-il en train de laisser le département d’État se charger de sa basse besogne tandis qu’il demeure relativement distant, cherchant désespérément à s’accrocher à son image de « changement » pour le bénéfice de sa propre administration ? Le quotidien pro-coup d’État au Honduras, El Heraldo, tel que cité plus haut, avait remarqué dès le 19 janvier 2009 que l’extrême-droite au Honduras, en Amérique du sud et aux États-Unis devait continuer de faire pression : « Il sait qu’il n’a pas le droit de décevoir ses partisans […] ». Obama semble être pris, d’une part, entre « ses partisans », c’est-à-dire l’électorat et la branche du cercle des dirigeants qui ont appuyé son accession à la présidence, et d’autre part, ses déclarations électoralistes sur le changement, qui peuvent être perçues comme de bonnes intentions. Se joindra-t-il au numéro de cirque des équilibristes ? Est-il déjà en train de prendre part au spectacle ?

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Répression au Honduras (© Getty Images, photo transmise par l’auteur).

Obama a-t-il les pieds sur terre ?

Le El Heraldo avait tout à fait raison, il y a six mois, lorsqu’il a remarqué la contradiction entre les paroles et les gestes d’Obama et la façon la droite doit manœuvrer dans cette situation. Déjà, des sondages indiquent qu’Obama est en train de perdre beaucoup de « ses partisans ».

Le 22 juillet, les résultats du sondage d’AP-GfK annonçaient : « Les grands espoirs pour Obama se dissolvent dans la réalité. » L’article lui-même expliquait : « Comme ce fut rapide. L’espoir et l’optimisme qui ont balayé le pays pendant les premiers mois de la présidence de Barack Obama cèdent place à la dure réalité […] ; la confiance de voir les troupes se retirer d’Irak et d’augmenter le respect envers les États-Unis à travers le globe, en baisse de 15 points […] » [46]

Le 6 août, le réseau de nouvelles CNN a réalisé un sondage montrant que seulement 41 % des États-uniens sont favorables à la guerre en Afghanistan, ce qui constitue une baisse de neuf points depuis le mois de mai. [47]

Obama est-il conscient de ce qui se passe ? On dirait que ses voyages à l’étranger – en Europe, en Russie, au Caire et en Afrique – lui ont monté à la tête. Le 23 juillet, le quotidien Chicago Tribune rapportait qu’Obama était en visite à Chicago, ce jour-là, pour deux levées de fonds destinées au Parti démocrate. (Il en coûtait 15 200 $ par personne et l’objectif était d’amasser deux millions en une soirée.) Le président a répondu à la question d’un journaliste concernant le prestige de son administration sur la scène internationale. Pendant que le courageux peuple hondurien affrontait l’armée (soutenue par les États-Unis) pour la quatrième semaine consécutive, Obama affirmait, tel que cité : « L’anti-américanisme n’est plus à la mode. » [48]

En effet, l’anti-américanisme n’a jamais été à la mode dans les hautes sphères du Parti démocrate. Il est possible que le président Obama trouve, ou qu’il croit avoir trouvé, des alliés à l’échelle mondiale, mais demandez au peuple du Honduras ce qu’il en pense, lui qui déclare bravement à Obama : « Nous aussi, nous avons un rêve ! » Demandez-le aux peuples de l’Amérique du sud. Demandez à la grande majorité des gouvernements de l’Amérique latine, de l’Amérique centrale et des Caraïbes quelle est leur opinion de la domination, de l’interférence et du contrôle états-uniens dans leur Amérique ? Au Honduras la crise se poursuit. Washington, ou du moins certains secteurs de l’oligarchie de droite, semble ainsi maintenir des politiques qui suscitent l’ »anti-américanisme ». Le 4 août, un journaliste suédois basé en Amérique du Sud a rapporté que, selon des militants qui luttent pour les droits de la personne au Honduras, des commandos de l’armée israélienne donnent maintenant de l’entraînement en matière de répression aux militaires et policiers honduriens.

Cette situation rappelle le double langage typique d’Israël, qui, d’une part, parle de paix et de dialogue et tend une branche d’olivier, et, d’autre part, brandit l’épée de façon la plus brutale et poursuit le génocide des Palestiniens. Aussi, quand on leur tend ainsi une branche d’olivier, les gouvernements et les peuples d’Amérique du Sud et des Caraïbes doivent prendre garde. [49]

Le 4 août, Washington et la Colombie ont conclu un accord sur l’établissement de sept bases militaires états-uniennes en Colombie, en préparation depuis un certain temps.

Si nous relions les deux faits, le coup d’État militaire du Honduras et la décision de la Colombie de céder des bases militaires, nous nous rendons compte qu’ils constituent une autre offensive contre la hausse de prestige de Cuba, du Venezuela, des autres États-membres de l’ALBA (à laquelle, sous Zelaya, le Honduras a adhéré), des autres pays et de la grande majorité des gouvernements de l’Amérique latine et des Caraïbes.

Les cercles dirigeants états-uniens essaient de leur mieux de mater le soulèvement populaire au Honduras et utilisent, entre autres moyens, le terrorisme médiatique. Les principaux médias basés aux États-Unis d’Amérique, tels que le réseau CNN, de concert avec le département d’État, invoquent tous les arguments possibles et imaginables justifiant le coup d’État, directement ou indirectement. CNN contribue en ne diffusant pas le moindre mot sur la résistance du peuple hondurien contre la répression violente pour essayer de démoraliser ce dernier. Ce réseau essaie de donner à la population hondurienne l’impression que le monde ne sait rien de ce qui se passe dans leur pays. Washington pourra ainsi, plus facilement, poursuivre sa politique hondurienne et même de réprimer davantage le peuple. Les cas de silence médiatique sont nombreux : le 5 août, par exemple, plusieurs agences de nouvelles, dont l’AFP, ont couvert la manifestation de plus de 3 000 étudiants contre le coup d’État, tenue à l’Université nationale autonome du Honduras, à Tegucigalpa, qui a été violemment réprimée. [50]

Pourtant au cours de cette période, le réseau CNN n’a rien rapporté sur le Honduras, et son seul reportage sur l’Amérique du Sud portait sur les critiques du président Chavez du Venezuela contre la Colombie, qui accusait Chavez de fournir des armes aux FARC. Le reportage terminait par de la désinformation sur cette question.

« Le 10 août, plus de 10 000 partisans du président hondurien déchu, Manuel Zelaya, ont répudié le gouvernement de facto et ont averti qu’ils intensifieront leur campagne de protestation contre le coup d’État et pour le retour du président […]. Cette manifestation pour le retour de Zelaya a été la plus importante depuis celle du 5 juillet. Cette dernière, tenue à l’aéroport de Toncontin, à Tegucigalpa, où le président renversé, qui voyageait à bord d’un avion vénézuélien, voulait atterrir ; mais le gouvernement de facto avait alors empêché l’atterrissage en plaçant des obstacles sur la piste de l’aéroport. La manifestation s’était renforcée avec l’arrivée de foules venues de l’Est et du Nord du pays et avec une colonne venue du Sud. D’autres sont allés à San Pedro Sula (…) » (Texte traduit de l’espagnol par l’auteur) [51]

Cependant, de la part de la CNN – rien.

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Manifestations au Honduras (© Getty Images, photo transmise par l’auteur).

« … C’est le peuple hondurien qui aura le dernier mot »

Les peuples du monde, à mon avis, doivent également continuer de faire pression sur le président Obama et son administration. Lorsqu’il regarde les sondages, il doit être conscient de ce qui se passe. Si la question du Honduras se retourne contre lui, ce qui est fort possible, et que cela attise « l’anti-américanisme », de quoi sa politique étrangère aura-t-elle l’air aux yeux de la population états-unienne – et même pour ceux qui paient 15 200 $ le couvert pour une levée de fonds ? Ces derniers n’ont pas investi ce montant pour inaugurer une autre époque à la Bush où les sentiments anti-états-uniens se répandent à travers le globe. Cependant, Obama doit aussi penser aux élections de 2012 pour lesquelles il semble déjà chercher à remplir les coffres. Ne veut-il pas également gagner la sympathie de l’oligarchie de droite afin d’assurer sa victoire en 2012 ?

Le tourbillon des politiques états-uniennes semblent hisser inévitablement le président Obama sur la corde raide. J’espère que ce n’est pas le cas. Le peuple du Honduras, ainsi que celui de l’Amérique du Sud et la plupart de ses gouvernements sont déterminés à le forcer à prendre position. De quelle façon ? Des actions que devrait prendre le président Obama : Prenant des mesures sérieuses et en imposant des sanctions au régime derrière le coup d’État (plutôt que de parader l’annulation de quelques visas), et en appuyant le rétablissement du président Zelaya dans ses fonctions de manière bien réelle, concrète et inconditionnelle. En tant qu’avocat, M. Obama devrait également être capable de composer avec toute la bureaucratie du gouvernement états-unien (si le problème est là, ce dont je doute), qui six semaines après le coup, n’a toujours pas porté de jugement légal sur le coup d’État !

L’évolution de la situation politique de la nouvelle administration états-unienne soulève elle aussi des questions quant au type de démocratie et d’élections qui se font aux États-Unis, et sur la façon dont ces derniers agissent dans le pays qui est censé donner des leçons (par la diplomatie et la force militaire) à la population mondiale. Si cela s’avère un changement auquel les gens ne peuvent PAS croire, alors certains se demanderont peut-être ce que veulent dire les élections et la démocratie aux États-Unis. (Je traiterai en détail de cette question dans un prochain ouvrage.) Obama devrait respecter le principe de respect mutuel entre pays et envers leurs systèmes politiques respectifs.

Obama, Clinton et leur administration au grand complet sont en train d’être jugés. « […] C’est le peuple hondurien qui aura le dernier mot », avait prédit Fidel Castro le 21 juillet, au beau milieu de la situation la plus complexe que pouvait vivre la population : la médiation appuyée par les États-Unis, combinée avec la répression policière et militaire de la résistance. [52]

À mesure que la situation évolue, la prédiction de Fidel Castro (et sa confiance dans le peuple) s’avère juste. D’ailleurs elle semble être irréversible, peu importe les hauts et les bas qui se présentent. L’un des leaders de la résistance au Honduras, un député au Congrès hondurien, a émis un commentaire des plus profonds au journaliste de la Prensa Latina, Raimundo López. Depuis le Honduras occupé par l’armée, ce dernier n’a cessé de rapporter courageusement et inlassablement les événements sur le terrain. Le 18 juillet, l’activiste hondurien César Lam confiait donc au journaliste, lors d’une entrevue : « Il y a un Honduras d’avant le coup d’État, et un Honduras d’après le coup d’État. » [53]

Cette déclaration reflète bien le mouvement de résistance de toutes les nouvelles forces politiques et sociales.

Même l’équilibriste le plus expérimenté peut être jeté au sol par la force des aspirations au changement exprimées par un peuple. Ainsi, il serait préférable que le président Obama adopte une position qui favorise la justice.

Arnold August

Source:  http://www.voltairenet.org/article161632.html

http://www.voltairenet.org/article161543.html

Hugo Chávez et les médias privés

Salim Lamrani

Le 2 août 2009, Reporters sans frontières (RSF) a publié un communiqué dénonçant la fermeture de « trente-quatre médias audiovisuels sacrifiés par caprice gouvernemental » au Venezuela.. L’organisation parisienne « proteste avec vigueur contre la fermeture massive de médias audiovisuels privés » et s’interroge : « Est-il encore permis d’émettre publiquement la moindre critique envers le gouvernement bolivarien ? Cette fermeture massive de médias réputés d’opposition, dangereuse pour l’avenir du débat démocratique, n’obéit qu’à la volonté gouvernementale de faire taire les voix discordantes, et ne fera qu’aggraver les divisions au sein de la société vénézuélienne1 ».

RSF fait référence à la décision prise le 1er août 2009 par la Commission nationale des Télécommunications (Conatel) de retirer la fréquence à trente-quatre stations de radio et télévision. Selon RSF, la décision serait uniquement motivée par le fait que ces médias se soient montrés critiques à l’égard du gouvernement d’Hugo Chávez. En un mot, il s’agirait d’un acte politique pour museler la presse d’opposition. Cette version a été reprise par la grande majorité des médias occidentaux2.

Or, la réalité est tout autre et a été soigneusement occultée par RSF et les transnationales de l’information dans le but de tromper l’opinion publique et de transformer le gouvernement le plus démocratique d’Amérique latine (Hugo Chávez s’est soumis à quinze processus électoraux depuis son accession au pouvoir en 1998 et en a remporté quatorze lors de scrutins salués par l’ensemble de la communauté internationale pour leur transparence) en un régime portant gravement à la liberté d’expression.

En effet, la décision de la Conatel aurait été prise dans n’importe quel pays du monde dans une situation similaire. Plusieurs radios ont délibérément ignoré une citation de la Commission destinée à vérifier l’état de la concession et à actualiser leur situation. Après enquête, la Conatel a découvert de nombreuses irrégularités telles que l’existence de concessionnaires décédés dont la concession était utilisée illégalement par une tierce personne, le non-renouvellement des démarches administratives obligatoires, ou tout simplement l’absence d’autorisation d’émettre. Or, la loi vénézuélienne, similaire à celles du reste du monde, stipule que les médias ne renouvelant pas leur concession dans le délai légal ou émettant sans autorisation perdent leur fréquence, et celle-ci revient dans le domaine public. Ainsi, trente-quatre stations qui émettaient de manière illégale ont perdu leur concession3.

En réalité, la décision de la Conatel , loin de limiter la liberté d’expression, a mis fin à une situation illégale et a ouvert une politique de démocratisation du spectre radioélectrique vénézuélien afin de le mettre au service de la collectivité. En effet, au Venezuela, 80% des radios et télévisions appartiennent au domaine privé, alors que seules 9% d’entre elles se trouvent dans le domaine public, le reste étant dévolu aux secteurs associatif et communautaire. De plus, l’ensemble des médias privés vénézuéliens se trouvent concentrés entre les mains de 32 familles4.

Ainsi, une mesure prise par la Conatel pour mettre fin à une situation illégale a été complètement manipulée par RSF et les médias occidentaux..

RSF a pris fait et cause pour l’opposition vénézuélienne, responsable d’un coup d’Etat contre Chávez en avril 2002, putsch immédiatement avalisée par l’organisation parisienne. RSF défend particulièrement la chaîne putschiste Globovisión, qu’elle considère comme le symbole de la liberté d’expression au Venezuela5. Néanmoins, elle omet de signaler qu’en plus de sa participation au putsch de 2002, Globovisión a soutenu le sabotage pétrolier la même année, a lancé un appel aux contribuables afin de ne pas s’acquitter de leurs impôts et a appelé à l’insurrection et à l’assassinat du Président Chávez6.

Dernièrement, Globovisión a apporté son soutien à la junte putschiste du Honduras qui a renversé le Président démocratiquement élu José Manuel Zelaya, unanimement condamnée par la communauté internationale. Le propriétaire de la chaîne Guillermo Zuloaga Núñez a ainsi reconnu le gouvernement illégal de Micheletti tout en lançant un appel au coup d’Etat : « Le gouvernement auto-proclamé de Micheletti respecte la Constitution et nous aimerions, nous aimerions vraiment qu’ici au Venezuela on respecte la Constitution comme on est en train de la respecter au Honduras7 ».

RSF ne défend pas la liberté d’expression au Venezuela. Elle préfère se ranger aux côtés des ennemis de la démocratie.

Notes

1 Reporters sans frontières, « Trente-quatre médias audiovisuels sacrifiés par caprice gouvernemental », 2 août 2009. http://www.rsf.org/Trente-quatre-medias-audiovisuels.html (site consulté le 3 août 2009).

2 Agencia Bolivariana de Noticias, « Productores independientes respaldan suspensión de emisoras radiales ilegales », 4 août 2009.

3 Fabiola Sanchez, « Radios desafían a Chávez operando por internet », The Associated Press, 3 août 2009.

4 Thierry Deronne, « Au Venezuela, la bataille populaire pour démocratiser le ‘latifundio’ des ondes », 2 août 2009 ; Agencia Bolivariana de Noticias, « Medida de Conatel no afectará libertad de expresión e información en Venezuela », 4 août 2009.

5 Reporters sans frontières, « Le gouvernement accélère sa croisade contre les médias privés en voulant modifier les lois et les règles », 21 juillet 2009.

6 Salim Lamrani, « Reporters sans frontières contre la démocratie vénézuélienne », Voltaire, 2 juillet 2009.

7 Agencia Bolivariana de Noticias, « Goblovisión apoya marcha a favor de gobierno golpista en Honduras », 22 juillet 2009.

Salim Lamrani est enseignant chargé de cours à l’Université Paris-Descartes et l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée et journaliste français, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis. Il a publié, entre autres, Double Morale. Cuba, l’Union européenne et les droits de l’homme (Paris : Editions Estrella, 2008). Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba. Ce que les médias ne vous diront jamais (Paris : Editions Estrella, 2009) et comporte un prologue de Nelson Mandela.

L’hypocrisie des damnés

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Hier, dans un point de presse n’étonnant en rien, les trois mousquetaires du capitalisme se sont rués contre les socialistes de l’Amérique latine, arguant qu’ils étaient hypocrites de critiquer la position timide de Washington vis-à-vis le coup d’État du Honduras, tout en critiquant la position ferme de la capitale impériale vis à-vis les autres pays d’Amérique latine.

En fait, l’hypocrisie vient tout directement d’Obama lui-même, qui justement, se permet d’intervenir auprès des autres nations, socialistes surtout, comme le Venezuela (Coup d’État de 2002, la C.I.A. avait comploté avec l’opposition de Carmona.), tout en fermant les yeux sur le coup d’État orchestré au Honduras, par des officiers honduriens entraînés, eux,  par les autorités états-uniennes faudrait-il préciser. Et comment, Obama lui-même peut-il expliquer cette montée de lait, vis-à-vis ceux qu’il nomme hypocrites, alors qu’il est un fait, aujourd’hui surtout, très clair, que les États-Unis se sont toujours préoccupés de déstabiliser les pouvoirs à tendances socialistes, soit en sabotant l’économie, soit en assassinant des socialistes ou soit en menant des coups d’État sanglants.

Également, Obama, dans les premières 48 heures du coup d’État, faut-il rappeler, n’avait émis aucune condamnation, mais plutôt, une «sérieuse préoccupation» quant au coup d’État ayant balayé le dirigeant Zelaya du pouvoir (Les jours suivants, Washington condamnait les talibans d’exhiber un prisonnier états-unien à la télévision, elle qui n’hésite pas à montrer ses bombardements sur CNN!). Il est également important de préciser que les putchistes, avec l’aide d’Obama, et de son clan (Harper-Calderon), ont gagné du temps, car au mois de septembre viendra une élection à laquelle, constitutionnellement, Zelaya n’aura pas droit de participer. Autrement dit, l’affaire est dans la poche pour les putchistes et Obama, bref, pour les capitalistes de tout acabit, car un socialiste sera écarté du pouvoir et de toutes chances de se représenter, la raison d’ailleurs, qui a poussé les putchistes à agir, de peur que le socialisme ne se développe en leur sol. Cela explique, bien entendu, la timidité d’Obama, l’hypocrite.

Il n’est pas non plus étonnant que le Canada de Stephen Harper ait critiqué les «hypocrites», puisque ce même Canada coopère, sous la tutelle des conservateurs, avec la Colombie d’Uribe, le narco trafiquant et terroriste leader de la Colombie. L’an dernier, pas moins de 97 syndicalistes furent assassinés par les paramilitaires colombiens, avec lesquels coopère le gouvernement Uribe. Il y aurait eu, depuis quelques années, près de 300 massacres distincts de prétendus socialistes en Colombie, tous orchestrés par les paramilitaires, à la solde d’Uribe. Stephen Harper a récemment, signé un tas d’accords commerciaux avec la Colombie, sous tutelle  terroriste. Notons que Harper ne collabore avec aucun des pays dits «socialistes» ou «hypocrites», mais qu’il vénère plutôt, la coopération avec les plus dictatoriaux d’entres eux, sinon les plus brutaux, voire les pays capitalistes seulement. Sauf qu’en Amérique latine, rarement sont les gouvernements capitalistes qui furent élus.

Alors non, les socialistes ne sont pas hypocrites, mais soulèvent, justement, une très bonne question! Comment est-ce possible que Washington ne pense rien, tout à coup, des coups d’État, mais qu’elle a pendant des années, soutenu des coups d’État contre les régimes à tendances socialistes? Comment se fait-il que lorsque le président Obama fut questionné sur le coup d’État, plutôt que de le condamner, ne s’est dit que profondément préoccupé? Il y a toute une différence, entre la préoccupation et la condamnation. Aussi, permettons-nous de supposer qu’Obama prenait surtout le pouls de l’opinion publique, voire internationale. Et c’est d’ailleurs après que la plupart des pays du monde aient condamné le putch qu’Obama s’est ensuite prononcé. Ce qui est rare à la maison blanche…, sauf si…, sauf si la maison blanche était derrière ce coup d’État.

Les hypocrites sont donc, bel et bien, les démocrates de Barack Obama, les conservateurs de Stephen Harper et les putchistes de Calderon*.

Il serait donc non exagéré de prétendre qu’Obama, Harper et Calderon sont en fait très contents de la situation hondurienne, qu’ils auront, ces prochaines années, un socialiste de moins dans leurs pattes!

Depuis l’élection de Chavez, rappelons que CNN, et les autres médias à la botte de Washington, ne manquent pas une chance de diffamer sur le dirigeant socialiste, sinon d’inviter des pasteurs** appelant à l’assassinat de Hugo Chavez par la C.I.A..

Il est parfaitement hypocrite de la part d’Obama de se dire contre ce coup d’État, c’est un mensonge. Pareillement pour Stephen Harper, qui n’hésite pas à collaborer avec le terroriste Uribe ou à accuser les socialistes d’être à l’origine d’un soit disant complot socialiste, en ce qui concerne le réchauffement climatique reconnu scientifiquement. Pareillement pour Calderon, qui n’hésite pas à réprimer dans le sang les mouvements contestataires de son pays.

*Rappelons que même le pouvoir de Calderon était questionné, voire contesté par l’opposition Obrador.

**Pat Robertson avait clairement invité le gouvernement Bush, à l’époque, afin qu’il fasse assassiner le président démocratiquement élu du Venezuela. Personne n’a accusé le pasteur d’inviter à la violence, surtout pas Washington!

Les trois fautes de Barack Obama en Afrique (Voltaire)

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Après le sommet du G8 en Italie, le président états-unien Barack Obama s’est envolé pour l’Afrique avec un prétendu cadeau : une enveloppe de 20 milliards de dollars à distribuer sur 3 ans, afin que les « généreux » donateurs des pays riches « aident » à réduire la faim dans le monde. Alors que la promesse d’éradiquer la faim est faite régulièrement depuis 1970, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a publié un rapport le mois dernier indiquant que le nombre de personnes sous-alimentées a passé le cap du milliard, soit 100 millions de plus durant l’année écoulée. Au même moment, le Programme alimentaire mondial des Nations unies (PAM) tirait la sonnette d’alarme et annonçait qu’il devait réduire les rations distribuées au Rwanda, en Ouganda, en Éthiopie, en Corée du Nord et au Kenya (pays d’origine de la famille paternelle d’Obama), principalement en raison de la réduction de la contribution des États-Unis, son principal bailleur de fonds [1].

Au-delà d’un effet d’annonce de la part du président Obama, qui vient s’ajouter à une longue liste de vœux pieux n’ayant permis en rien d’améliorer la situation à l’heure actuelle, il convient de rappeler que le montant de l’aide de 20 milliards sur 3 ans représente moins de 2 % de ce que les États-Unis ont dépensé en 2008-2009 pour sauver les banquiers et les assureurs responsables de la crise.

Ainsi, après avoir tendu la main aux « amis musulmans » lors du discours du Caire (tout en continuant en coulisse de déstabiliser la région du Moyen-Orient) [2], après avoir tendu la main aux « amis russes » (tout en gardant ses positions sur le bouclier anti-missiles en Europe de l’Est), Obama tend la main aux « amis africains » (tout en gardant sa casquette néocoloniale bien vissée sur la tête) [3].

Quand Obama déresponsabilise les pays riches

La longue allocution d’Obama à Accra, au Ghana [4], fait suite à une série de rencontres avec ses homologues étrangers. Sous le prétexte de refonder les relations états-uniennes vis-à-vis du reste du monde, Obama a encore une fois excellé dans l’art de prôner l’ouverture et le changement, tout en continuant d’appliquer les funestes politiques de ses prédécesseurs [5].

Dès le début, il déclare qu’il « revient aux Africains de décider de l’avenir de l’Afrique ». Pourtant, alors que cette déclaration frappée du sceau du bon sens met tout le monde d’accord, ce n’est toujours pas le cas dans la réalité, et l’action des pays du G8 est déterminante depuis un demi-siècle pour priver les peuples africains de leur souveraineté. Obama n’oublie pas de rappeler qu’il possède « du sang africain dans les veines », comme si cela donnait automatiquement plus de force et de légitimité à son discours. En tout cas, le message est clairement posé : le colonialisme dont leurs ancêtres ont été les victimes ne doit pas constituer une excuse pour les Africains. Il y a là de fortes similitudes avec le discours que le président français Nicolas Sarkozy avait prononcé à Dakar quelques mois après son élection [6], discours qui avait soulevé une vague de protestations méritées à laquelle Obama semble miraculeusement échapper pour l’instant… Mais nous comptons bien réparer cette injustice !

Très vite, Obama déresponsabilise l’Occident sur l’état actuel du développement du continent. En déclarant que « le développement dépend de la bonne gouvernance » et que « c’est une responsabilité dont seuls les Africains peuvent s’acquitter », il part du faux constat que la pauvreté qui règne en Afrique est principalement due à la mauvaise gouvernance et aux libres choix des dirigeants africains. En somme, c’est la faute des Africains. Rien de plus erroné !

Avec des affirmations comme « l’Occident n’est pas responsable de la destruction de l’économie zimbabwéenne au cours des dix dernières années, ni des guerres où des enfants sont enrôlés comme soldats », le président Obama occulte le rôle central des pays riches dans l’évolution de l’Afrique. Et notamment celui des institutions financières internationales, FMI et Banque mondiale en tête, ces puissants outils de domination des grandes puissances qui organisent la soumission des peuples du Sud. Cela se fait par l’intermédiaire de politiques d’ajustement structurel (abandon des subventions aux produits de première nécessité, réduction drastique des dépenses publiques, privatisation d’entreprises publiques, libéralisation des marchés, etc.) qui empêchent la satisfaction des besoins fondamentaux, répandent une misère galopante, accroissent les inégalités et rendent possibles les pires horreurs.

Quand Obama compare l’incomparable

Pour appuyer ses dires, Obama compare l’Afrique à la Corée du Sud. Il a d’abord expliqué qu’il y a cinquante ans, quand son père a quitté Nairobi pour étudier aux États-Unis, le Kenya avait un PNB par habitant supérieur à celui de la Corée du Sud, avant d’ajouter : « On a parlé d’héritage du colonialisme et d’autres politiques mises en place par les pays riches. Sans vouloir minimiser ce facteur, mon propos est de dire que la Corée du Sud, en travaillant avec le secteur privé et la société civile, a réussi à mettre en place des institutions qui ont garanti la transparence et la responsabilité. » Tous ceux qui lisent attentivement nos publications n’ont pas manqué de s’étrangler !

Car la prétendue réussite économique de la Corée du Sud5 s’est faite à l’encontre des recommandations imposées par la Banque mondiale à la plupart des autres pays en développement. Après la Seconde Guerre mondiale et jusqu’en 1961, la dictature militaire au pouvoir en Corée du Sud a bénéficié de dons importants de la part des États-Unis pour un montant de 3,1 milliards de dollars. C’est plus que l’ensemble des prêts de la Banque mondiale aux autres pays du tiers-monde pendant la même période ! Grâce à ces dons, la Corée du Sud n’a pas eu à s’endetter pendant 17 ans (1945-1961). Les emprunts extérieurs ne deviendront importants qu’à partir de la fin des années 1970, une fois l’industrialisation de la Corée bien avancée.

Tout a donc commencé en Corée par une dictature à la poigne de fer qui a appliqué une politique étatiste et très protectionniste. Cette dictature a été mise en place par Washington à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. L’État a imposé une réforme agraire radicale où les grands propriétaires terriens japonais furent expropriés sans indemnisations. Les paysans sont devenus propriétaires de petites parcelles de terres (équivalentes à 3 hectares maximum par famille) et l’État a mis la main sur le surplus agricole, autrefois empoché par les propriétaires japonais quand la Corée était une colonie nipponne. La réforme agraire a soumis les paysans à de fortes contraintes. L’État fixait les prix et les quotas de production, ne permettant pas le libre jeu des forces du marché.

Entre 1961 et 1979, la dictature militaire de Park Chung Hee fut soutenue par la Banque mondiale, bien que la Corée se refuse à suivre son modèle de développement. À ce moment, l’État planifiait d’une main de fer le développement économique du pays. La continuité de l’adoption de politique d’industrialisation par substitution d’importation et la surexploitation de la classe ouvrière sont deux des ingrédients de la réussite économique du pays. La dictature de Chun Doo Hwan (1980-1987) sera de même soutenue par la Banque mondiale, même si ses recommandations n’étaient toujours pas suivies (notamment concernant la restructuration du secteur automobile).

Ainsi, quand Barack Obama déclare que « la Corée du Sud, en travaillant avec le secteur privé et la société civile, a réussi à mettre en place des institutions qui ont garanti la transparence et la responsabilité », il omet de dire que le secteur privé était clairement orienté par l’État et que la dictature coréenne « dialoguait » avec la société civile à la force du fusil et du canon : l’histoire de la Corée du Sud de 1945 au début des années 1980 est jalonnée de massacres et de répressions brutales.

Il est également important de rafraîchir la mémoire de Barack Obama qui se réfère à l’exemple du Zimbabwe pour illustrer l’échec des Africains et à celui de la Corée du Sud comme modèle. L’année de l’accession du Zimbabwe à l’indépendance (1980) a été marquée par des soulèvements populaires contre la dictature militaire en Corée du Sud. Ils ont été réprimés dans le sang, plus de 500 civils ont été tués par les militaires avec le soutien de Washington. À cette époque, et ce depuis 1945, les forces armées sud-coréennes étaient placées sous le commandement conjoint américano-coréen, lui-même sous le contrôle du commandant en chef des forces des États-Unis en Corée du Sud. Les massacres perpétrés par l’armée sud-coréenne au mois de mai 1980 furent complétés par une répression de masse dans les mois qui suivirent. Selon un rapport officiel daté du 9 février 1981, plus de 57 000 personnes ont été arrêtées à l’occasion de la « Campagne de purification sociale » engagée depuis l’été 1980. Près de 39 000 d’entre elles ont été envoyées dans des camps militaires pour une « rééducation physique et psychologique ». En février 1981, le dictateur Chun Doo Hwan fut reçu à la Maison-Blanche par le nouveau président des États-Unis, Ronald Reagan. Est-ce cet exemple qu’Obama veut offrir au peuple du Zimbabwe et des autres pays d’Afrique ?

La position géostratégique de la Corée fut un de ses atouts majeurs jusqu’à la fin des années 1980, lui permettant de ne pas tomber sous la coupe du FMI et de la Banque mondiale. Mais dans les années 1990, la situation géopolitique fut bouleversée suite à l’effondrement du bloc soviétique. Washington changea progressivement d’attitude envers les dictatures alliées et accepta de soutenir des gouvernements civils. Entre 1945 et 1992, la Corée du Sud a été sous régime militaire avec la bénédiction de Washington. Le premier opposant civil élu à la présidence lors d’une élection ouverte est Kim Youngsam, qui acceptait le Consensus de Washington et mit en place un agenda clairement néolibéral (suppression des barrières douanières, privatisations à la chaîne, libéralisation des mouvements des capitaux), ce qui plongea la Corée du Sud dans la crise économique du sud-est asiatique en 1997-1998. Entre temps, la Corée du Sud avait pu réaliser une industrialisation que les pays riches ont refusée à l’Afrique. On comprend alors combien l’exemple de la Corée du Sud est loin d’être convaincant et reproductible.

De surcroît, la pauvreté en ressources naturelles a paradoxalement favorisé le développement de la Corée du Sud car le pays a évité la convoitise des sociétés transnationales. Les Ėtats-Unis considéraient la Corée comme une zone stratégique du point de vue militaire face au bloc de l’URSS, pas comme une source cruciale d’approvisionnement (comme le Nigeria, l’Angola ou le Congo-Kinshasa). Si la Corée avait été dotée de fortes réserves de pétrole ou d’autres matières premières stratégiques, elle n’aurait pas bénéficié de la part de Washington de la même marge de manœuvre pour se doter d’un puissant appareil industriel. Les États-Unis ne sont pas prêts à favoriser délibérément l’émergence de concurrents puissants dotés à la fois de grandes réserves naturelles et d’industries diversifiées.

Quand Obama exonère le capitalisme de ses fautes

À propos de la crise mondiale actuelle, Obama dénonce « les actions irresponsables de quelques-uns [qui] ont engendré une récession qui a balayé le globe ». Ainsi, il laisse penser que cette crise est due à l’irresponsabilité d’une poignée d’individus dont les excès auraient plongé le monde dans la récession. De la sorte, il éclipse la responsabilité de ceux qui ont imposé la déréglementation financière depuis presque trente ans, États-Unis en tête. Il serait plus exact de souligner le modèle de développement capitaliste productiviste, imposé aux forceps par les pays du Nord, comme étant la source des multiples crises actuelles qui, loin d’être seulement économiques, sont aussi d’ordre alimentaire, migratoire, social, environnemental et climatique.

Toutes ces crises ont pour origine des décisions prises par les gouvernements impérialistes du Nord, et principalement celui des États-Unis qui, contrôlant à la fois le FMI et la Banque mondiale, imposent des conditionnalités favorables à leurs intérêts et à ceux de leurs grandes entreprises. Depuis « l’indépendance » des pays africains, au virage des années 1960 pour la plupart, le FMI et la Banque mondiale agissent telles des chevaux de Troie pour favoriser l’appropriation des richesses naturelles du Sud et défendre l’intérêt des créanciers. En soutenant des dictatures aux quatre coins du monde (Mobutu au Zaïre, Suharto en Indonésie, Pinochet au Chili et tant d’autres), puis en faisant appliquer des politiques antisociales rigoureuses, les gouvernements occidentaux successifs n’ont jamais permis que soient garantis les droits humains fondamentaux de par le monde. Les expressions « droit à l’autodétermination », « démocratie », « droits économiques et politiques » ne sont pas des réalités en Afrique, contrairement au poids écrasant du service de la dette et aux complaintes des affamés.

À quand l’émancipation de l’Afrique ?

L’Afrique a été brisée par le système dévastateur de la traite des esclaves dans le cadre du commerce international triangulaire instauré par l’Europe et ses colons aux Amériques du 17e au 19e siècle. Puis elle a été mise totalement sous tutelle par le colonialisme européen de la fin du 19e siècle jusqu’aux indépendances. Ensuite, l’Afrique a été maintenue sous dépendance par l’intermédiaire du mécanisme de la dette et de l’aide publique au développement. Après les indépendances, elle a été livrée à des potentats (Mobutu, Bongo, Eyadema, Amin Dada, Bokassa, Biya, Sassou Nguesso, Idriss Déby…) qui la plupart du temps étaient ou sont protégés par les capitales européennes et Washington. Plusieurs hauts dirigeants africains qui voulaient un développement autonome et favorable à leur population ont été assassinés sur ordre de Paris, de Bruxelles, de Londres ou de Washington (Patrice Lumumba en 1961, Sylvanus Olympio en 1963, Thomas Sankara en 1987…). Les classes dominantes africaines et les régimes politiques qu’elles mettent en place ont très clairement leur part de responsabilité dans la poursuite des malheurs de l’Afrique. Le régime de Robert Mugabe au Zimbabwe en fait partie. Aujourd’hui, les peuples d’Afrique sont directement affectés par les effets de la crise mondiale dont l’épicentre se trouve à Washington et à Wall Street, révélatrice du fait que le capitalisme conduit à une impasse inacceptable pour les peuples. Les origines africaines de Barack Obama sont du pain béni pour les entreprises de son pays qui défendent des intérêts économiques très précis dans l’exploitation des matières premières de l’Afrique. Voilà une réalité qu’Obama balaie d’un revers de main, en poursuivant un discours paternaliste et moralisateur afin de convaincre les Africains de ne pas s’engager dans la lutte pour une indépendance authentique et un véritable développement garantissant enfin la pleine satisfaction des droits humains.

[1] Voir le Financial Times (FT) du 12 juin 2009. Selon le FT, Burham Philbrook, le sous-secrétaire d’État à l’Agriculture des États-Unis a déclaré que Washington ne pouvait pas garantir le financement du PAM à hauteur de l’année 2008, au cours de laquelle les États-Unis avaient apporté 2 milliards de dollars à son budget. Toujours selon le FT, Philbrook suggérait que le PAM devait réduire son aide alors qu’il savait parfaitement que le nombre d’affamés a augmenté en 2009.

[2] « Discours à l’université du Caire », par Barack Obama ; « Obama et les arrières-pensées de la main tendue aux musulmans », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 4 et 9 juin 2009.

[3] « Entretien avec AllAfrica.com », par Barack Obama ; « Derrière la visite d’Obama au Ghana », par Manlio Dinucci, Réseau Voltaire, 2 et 12 juillet 2009.

[4] « Discours devant le Parlement du Ghana », par Barack Obama, Réseau Voltaire, 11 juillet 2009.

[5] Cette continuité apparaît également dans l’inaction d’Obama face au putsch au Honduras. Tout en condamnant, il laisse faire. Le Pentagone est d’ailleurs très proche des putschistes. Ceux-ci ne resteront pas au pouvoir si le Pentagone leur intime l’ordre de se retirer. « Honduras : les « intérêts USA » encore aux mains des militaires de la Joint Task Force Bravo », par Manlio Dinucci ; « Le SouthCom prend le pouvoir dans un État membre de l’ALBA », par Thierry Meyssan ; « Honduras : la politique à « deux voies » des États-Unis et du Canada », par Arnold August, Réseau Voltaire, 29 juin et 13 juillet 2009.

[6] « Discours à l’université de Dakar », par Nicolas Sarkozy, Réseau Voltaire, 26 juillet 2007.

Luc Mukendi
Coordinateur d’AMSEL /CADTM Lubumbashi (RDC)

Damien Millet
Damien Millet est secrétaire général du CADTM France (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde). Dernier livre publié : Dette odieuse (avec Frédédric Chauvreau), CADTM/Syllepse, 2006. .

Jean Victor Lemvo
Membre de Solidaires à Pointe Noire (Congo).

Emilie Tamadaho Atchaca
Présidente du CADD (Bénin).

Solange Koné
Militante pour les droits de la femme (Côte d’Ivoire).

Victor Nzuzi
Agriculteur, coordinateur du GRAPR et NAD Kinshasa (RDC).

Sophie Perchellet
Chercheuse au CADTM (Belgique).

Aminata Barry Touré
Présidente de la CAD-Mali/Coordinatrice du Forum des Peuples.

Ibrahim Yacouba
Syndicaliste (Niger).

Éric Toussaint
Éric Toussaint est président du CADTM Belgique (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde). Dernier livre publié : Banque du Sud et nouvelle crise internationale, CADTM/Syllepse, 2008.

http://www.voltairenet.org/article161110.html

Le SCRS est-il un organe de surveillance des agissements terroristes, ou n’est-il lui-même qu’un prolongement tentaculaire de l’organisation terroriste la mieux financée du monde, la CIA?

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Après tant d’années de manifestations des pacifistes pour ce, l’organe chargé de surveiller les agissements du SCRS, le Comité de surveillance des activités de renseignement de sécurité (CSARS), condamne enfin les agissements illégaux du SCRS à l’endroit d’Omar Khadr, mais qu’en est-il du vrai débat de fond qui oppose le SCRS aux faits gênants qui le démarque d’un simple service de renseignements? Est-ce un organe de surveillance des agissements terroristes, ou n’est-il lui-même qu’un prolongement tentaculaire de l’organisation terroriste la mieux financée du monde, la CIA?

Historiquement parlant, le SCRS est venu remplacer la GRC, dans ses enquêtes visant la sécurité nationale, parce que cette dernière ne cessait de commettre des bavures, surtout au Québec. Car, même si les médias n’en parlent pas, il est pourtant évident que la GRC, dans le passé, a souvent dépassé les bornes, ou ses limites constitutionnelles du moins.

Que s’en souviennent les acteurs de cette époque, la GRC posait des bombes, qu’elle faisait ensuite passer pour des actions terroristes du FLQ. Ce n’est pas rien! Sinon même, l’épisode de Montebello, plus récent lui, où l’on avait, nous les manifestants pacifistes, démasqués des turbulents manifestants, encourageant aux actions brutales et violentes! Déguisés en manifestants, maladroitement je dois dire –ils portaient des chandails de Jeff Fillion!-, ils incitaient les autres à prendre des roches et à les lancer sur les policiers, étant eux-mêmes de vrais policiers! Cela ne peut que nous faire remarquer que les tactiques ressemblent étrangement à celles employés chez nos voisins du sud à l’encontre des manifestants anti-guerre. Mais le simple fait d’avoir collaboré avec une entité putchiste et terroriste, qui use de ces tactiques dégradantes pour arriver aux fins désirées Washington, vient mettre le SCRS à un pied d’égalité avec quelconque putchiste ou  ces lâches poseurs de bombe, qui n’hésitent pas à tuer des civils pour aller chercher une sympathie d’action d’envergure.

Il n’est donc pas étonnant que le SCRS agisse de la sorte, mais il est par contre étonnant que le CSARS ferme les yeux sur les affiliations du SCRS avec d’autres organisations, comme la CIA. Pourquoi? Pour les raisons évoquées ci-haut, et pour d’autres. La CIA, sous Reagan, a commis des atrocités qui n’ont rien à voir avec le geste légitime d’un soldat vis-à-vis son ennemi soldat d’en face. Sous Reagan, les milices mercenariats ont vu le jour en Amérique latine. Elles ont été largement financées par la CIA, donc par les contribuables états-uniens, afin d’endiguer le problème «communiste». Parce que se développaient à vive allure les mouvements d’émancipation socialistes à travers l’Amérique latine, Reagan, en commençant par le Nicaragua, a financé des dizaines de milliers de mercenaires, lesquels furent bien entendu entraînés, puis armés, aux seules fins de stopper l’avancée incroyable des «méchants communistes». S’en est résulté des dizaines de milliers de morts, civils surtout, pour lesquels les États-Unis n,ont jamais payé, ni subit quelconque sanction économique.

Le CSARS, fermant les yeux sur cet aspect historique, vient donc légitimer l’existence de tels réseaux, qui nous le savons désormais, ont pavé la venue des dictatures en Amérique latine, ont collaboré avec des entités terroristes dangereuses, sinon, qu’elles ont-elles-mêmes usé de ces tactiques disgracieuses. Le CSARS donne donc son approbation, quant aux liens qu’entretiennent les membres du SCRS avec la CIA, malgré les agissements illégaux et terroristes de cette dernière. Le CSARS n’est donc aucunement compétent pour juger des situations dans lesquelles se mettent les agents du SCRS, eux qui nous les savons, collaborent avec des terroristes connus et reconnus à travers le monde, sauf bien sûr, aux États-Unis et dans les pays collaborateurs.

Le SCRS, comme l’entend toutefois le CSARS, a brimé les droits fondamentaux du jeune enfant-soldat d’alors, qui n’avait à cette époque, pas l’âge légal pour être emprisonné de la sorte, encore moins dans des prisons illégales elles-mêmes, où l’on connaissait les pratiques tortionnaires des agents de la CIA, ou des soldats des états-uniens qui, rarement, respectent eux-mêmes le droit international. Le SCRS a donc collaboré avec des terroristes, afin de recueillir des informations cruciales disait-on. Cruciales pour qui, au juste? Cruciales pour ceux et celles qui ne respectent pas les droits internationaux. Car, en sautant les étapes, on nie ces agissements, puis on les appuie, sans s’en rendre compte, et l’on tombe dans le panneau. Tout à coup, très vite, le Canada se retrouve collaborateur d’une mission illégale, montée sur des mensonges (voir le livre de Denis Morissette des Joint Task Force), où l’on peut emprisonner des gens dans des prisons illégales, où se pratiquent la torture et les exécutions arbitraires, soit des assassinats. Puis l’on ne peut que constater, finalement, l’illégalité du SCRS qui, comme la GRC, a commis et commet toujours à l’heure actuelle, des bavures volontaires.

Je ne m’attarde pas ici à la complexe histoire du jeune enfant-soldat, mais aux simples faits qui  démarquent  le SCRS d’une simple agence de renseignements. Ce n’est pas une agence de renseignements normale, mais une agence terroriste, puisqu’elle collabore avec des terroristes, si l’on tient compte des accusations puériles qui par le passé, ont fusé de la part de ces mêmes terroristes à l’endroit de parfaits inconnus, qui n’étaient parfois que des proches d’une telle ou d’une autre personne, elle, vraiment terroriste. Toutefois, il y a eu ici, pure collaboration. Le SCRS a fermé ses yeux sur les actions entreprises par les États-Unis, via son agence de renseignements, pour arriver à ses fins. Il a par ce, fermés les yeux sur des crimes brutaux, qui furent commis au fil des décennies ayant marqué le dernier siècle. Il ne considère donc plus les crimes de ses semblables, mais reconnait celui d’Omar Khadr, un enfant-soldat qui, pourtant, si reconnu comme un enfant-soldat, n’a commis que le crime d’avoir été enrôlé. Mais encore…

Si on pousse l’analyse plus loin encore, qu’Omar Khadr ait été jeune ou vieux n’aurait rien dû changer à l’aspect d’illégalité de sa détention, encore moins de sa torture. Une guerre, c’est une guerre, et nul n’a besoin de savoir qu’il est illégal, selon les conventions signées par le Canada du moins, d’emprisonner indéfiniment des prisonniers, et que ceux-ci doivent avoir les mêmes droits que tous prisonniers de chacun des camps. Certes, l’ennemi «islamiste», consenti par nos autorités capitalistes impérialistes, n’ont pas signé ces traités, mais nous l’avons fait, et cela serait sensé, selon nos autorités toujours, nous diférencier d’«eux». Aussi, il apparaît absurde qu’un enfant-soldat, ou qu’un soldat quelconque soit accusé d’avoir assassiné l’ennemi, car tel est le risque d’une guerre, et ce sont des aspects connus des soldats lorsqu’ils s’enrôlent, dès lors qu’ils portent l’uniforme de combat. Il est donc totalement ridicule que l’on accuse Omar Khadr d’avoir tué un soldat états-unien, d’autant plus que ce dernier était l’envahisseur, et cela ne serait pas sans nous rappeler que les allemands nazis, dans le camp de Varsovie, lorsque les «méchants juifs» se rebellaient, accusaient ces derniers de s’adonner au terrorisme. Et si cela devait s’avérer, qu’omar Khadr ne soit qu’un vulgaire assassin, et bien, nous somems nous canadiens, et nos collaborteurs états-uniens, qu’une meute de meurtriers et les prisons seront pleines dès le retour des forces occupantes de l’Afghanistan.

Alors, si l’on regarde les «motifs raisonnables», cités par le CSARS, pour avoir permis cette mission de recueillement de renseignements auprès du jeune enfant-soldat -emprisonné toujours, dans une prison illégale-, ils ne sont qu’aussi puériles que l’analyse fait au départ de leurs propres alliés, à moins qu’ils n’aient finalement, que les mêmes intérêts! En permettant l’entretient avec Omar Khadr, le CSARS permet donc également, l’emprisonnement illégal, l’enlèvement, la séquestration et la torture des soldats adverses, et de quiconque -puisque la CIA enlève des gens à travers le monde et use de ces mêmes tactiques ailleurs dans le monde-.

Le CSARS ferme donc les yeux sur les liens qu’entretiennent une agence dite «de renseignements», avec une organisation spécifiquement terroriste, tortionnaire et arbitraire quant à ses droits d’aller perpétrer des enlèvements à l’étranger, que ce soit en Afghanistan, ou ailleurs. Elle ferme également les yeux sur les faits qui nous poussent à croire que ces mêmes agents terroristes de la CIA, ont non seulement collaboré avec l’ennemi «islamiste», mais qu’ils ont en plus de ça, dans le passé, financé ces derniers! Les États-Unis, via leur agence terroriste (CIA), ont armé et entraîné les milices d’Al-Qeada et leur ont même versés quelques milliards lorsque les russes étaient les envahisseurs de l’Afghanistan. Car à l’époque, ces milices étaient des alliées, et le terrorisme qu’elles manifestaient à l’encontre des ennemis des États-Unis ne gênaient guère ces derniers.

Mais également, pour ajouter de l’absurde, les derniers relevés de cette histoire nous confirment que la grenade ayant tué le soldat états-unien était de fabrication états-unienne, alors tout un tapage pour un potentiel délit entre forces alliées, une bavure quoi. Car, au gré de la mêlée à laquelle se sont adonnés, et les états-uniens, et le groupe d’Omar Khadr, beaucoup de grenades furent lancées. Dont des M-67! Et c’est précisément ce type de grenade, que ne possédait pas le groupe de Khadr, qui aurait tué le soldat états-unien. Alors, on peut certainement soupçonner un autre états-unien, membre du groupe du «tué», d’avoir accidentellement tué l’un de ses camarades…., et ses autres camarades, pour lui éviter la cour martiale, aurait facilement pu témoigner du «meurtre commis par Khadr», afin de sauver la peau de leur frère d’armes. Certes, nous pourrions nous questionner à savoir qui ne commet pas de meurtre dans une guerre, mais là n’est pas mon intention aujourd’hui. Car tuer, n’est-elle pas l’action entreprise par tous les soldats vis-à-vis leurs ennemis?

Bref, cette histoire n’a pas fini de faire couler de l’encre et d’user nos empreintes digitales sur nos claviers, mais au fil de son avancée, les médias capitalistes ne soulèvent aucun questionnement de fond, mais de simples effleurements de surface. Et les coupables, les véritables, s’en tirent encore une fois, grâce à leurs confrères sensés les surveiller, des complices finalement!

Honduras: la politique à «deux voies» des États-Unis et du Canada

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Le 28 juin dernier, Peter Kent, ministre des Affaires étrangères (pour les Amériques) du gouvernement du Parti conservateur de Stephen Harper, a fait une déclaration en vue de la réunion extraordinaire de l’Organisation des États américains (OEA). Cette rencontre était prévue plus tard la même journée, à 15 h. M. Kent a déclaré que « Le Canada condamne le coup d’État qui a eu lieu cette fin de semaine [28 juin] au Honduras [1] et demande à toutes les parties en présence de faire preuve de retenue et de rechercher une solution pacifique à l’actuelle crise politique, une solution qui respecte les normes démocratiques et la primauté du droit, y compris la Constitution hondurienne. » Le lendemain (29 juin), le National Post, l’important journal de droite canadien publié à l’échelle nationale, a commenté favorablement la déclaration du gouvernement, indiquant qu’elle « […] reflétait l’opposition grandissante face au coup d’État, mais qu’elle ne nommait pas M. Zelaya ni n’exigeait clairement son retour au pouvoir ». Le 29 juin, dans une conférence de presse conjointe avec le Président colombien en visite, Álvaro Uribe, le président Obama a déclaré que « […] le coup d’État n’était pas légal, et que le président Zelaya demeurait le président du Honduras, celui qu’on a élu démocratiquement. » Cette déclaration dénote un changement dans la façon dont la politique états-unienne énonce le problème. Le lendemain (30 juin), les 192 membres de l’Assemblée générale des Nations Unies se sont réunis pour débattre du Honduras. Reflétant le nouvel énoncé, ils ont adopté une résolution à l’unanimité afin « d’exiger la restauration immédiate et inconditionnelle du gouvernement légitime et constitutionnel du président de la République, M. José Manuel Zelaya Rosales. » Évidemment, la délégation canadienne a voté comme les 191 autres membres des Nations Unies. Une fois de plus, le National Post a donné ce qui semblait être son approbation dans son édition du 30 juin, indiquant que :
« La décision du Canada de se joindre aux parrains des mesures adoptées par l’ONU représente une évolution de la position [du Canada] concernant l’enlèvement de M. Zelaya, dimanche, par les forces armées honduriennes […] Jusqu’à mardi [30 juin], le Canada avait demandé la reprise du processus démocratique au Honduras, mais n’était pas allé jusqu’à exiger la réinstallation de M. Zelaya au pouvoir. Les États-Unis semblaient avoir adopté une position semblable, jusqu’à ce que le président américain Barack Obama affirme lundi [29 juin] que Washington croit que M. Zelaya ‘demeure le président élu démocratiquement […]’ »

Le 1er juillet, l’Organisation des États américains (OEA), y compris le Canada, ont résolu unanimement de « condamner le coup d’État », de « réaffirmer que le Président Zelaya est le président constitutionnel du Honduras et d’exiger qu’il retourne à ses fonctions constitutionnelles de façon immédiate, sécuritaire et inconditionnelle. » [2] Le 2 juillet, le National Post écrivait ceci : « Bien que le Canada ait imité le Venezuela et d’autres pays sud-américains de gauche en exigeant la réinstallation de M. Zelaya au pouvoir, Peter Kent, le ministre des Affaires étrangères pour les Amériques, a affirmé qu’Ottawa concentrait principalement son soutien sur le travail fait par l’OEA […] Tout porte à croire que des personnes responsables au sein du gouvernement [actuel] vont admettre qu’ils ont posé un geste inacceptable et qu’ils doivent à nouveau se ranger du côté de la démocratie […] Bien que M. Kent ait dit que la réinstallation de M. Zelaya devait être inconditionnelle, il a indiqué que sa conduite avant son enlèvement n’était pas passée inaperçue non plus. » Le journal poursuit en citant M. Kent : « ‘Le [gouvernement provisoire – les crochets sont du National Post] doit d’abord rétablir l’ordre démocratique en instaurant la primauté du droit. Cette tâche accomplie, la population du Honduras et les membres du gouvernement [provisoire – les crochets sont du National Post], pourront être assurés que l’OEA les a à l’œil et qu’elle est parfaitement consciente des transgressions commises d’un côté comme de l’autre.’ » Cette déclaration représente un nouveau recul face aux résolutions prises par l’ONU et l’OEA, pour lesquelles le gouvernement canadien a voté, et qui exigeaient essentiellement le retour immédiat, sécuritaire et inconditionnel du Président Zelaya.

Le 4 juillet, soit la veille de l’impasse sur la piste d’atterrissage de l’aéroport du Honduras opposant, d’une part, le président Zelaya et le peuple hondurien et d’autre part, le gouvernement militaire, Peter Kent, selon un câble de Reuters, a déclaré à l’assemblée de l’OEA : « ‘Dans les conditions actuelles, on ne peut absolument pas garantir qu’il soit en sécurité à son arrivée.’ » CNN a confirmé cet état de fait le 4 juillet, en rapportant que « le délégué canadien à l’assemblée de l’OEA a recommandé samedi soir [4 juillet] que M. Zelaya ne retourne pas immédiatement au pays en raison des dangers auxquels il pourrait s’exposer. » Il est indéniable en effet que dans les conditions qui prévalaient le 5 juillet, l’arrivée du Président Zelaya à l’aéroport international de la capitale hondurienne aurait été périlleuse pour lui, son entourage et les dizaines de milliers de sympathisants qui l’attendaient, en raison du déploiement des forces armées et de la répression militaire. Mais comment le gouvernement canadien s’est-il servi de sa portée et de son prestige, au juste, pour contribuer à forcer le gouvernement militaire de facto à céder ? S’est-il joint aux pays des Amériques centrale et latine pour voir expressément à ce que les résolutions de l’OEA [3] et des Nations Unies [4] soient respectées à la lettre et en principe ? Recommander à Zelaya de ne pas rentrer au pays revient à encourager le régime militaire, directement ou presque, à blâmer le président Zelaya pour la violence ou le carnage qui pourraient découler de l’application des résolutions internationales.

Le 6 juillet, le porte-parole du département d’État états-unien Ian Kelly a donné un point de presse sur le Honduras et sur d’autres sujets. Concernant le Honduras, dans son mot d’ouverture, M. Kelley a déclaré que « notre objectif demeure la restauration de l’ordre démocratique au Honduras. » Un reporter n’a pu s’empêcher de remarquer qu’il y avait là quelque chose de très flou et ambigu. En tenant compte de la définition états-unienne de la démocratie qui, nébuleuse, fait deux poids deux mesures, un reporter a posé une question très pertinente. Il a demandé : « Avez-vous compris […] lorsque vous dites souhaiter la restauration de l’ordre démocratique, êtes-vous arrivés à comprendre ce que cela veut dire ? » M. Kelly a répondu : « Eh bien, je crois que cela signifie – dans le cas qui nous occupe actuellement – cela signifie le retour du président élu démocratiquement à Tegucigalpa [capitale du Honduras]. » Si ce reporter n’avait pas soulevé la question, cette demande clé de la population mondiale n’aurait pas été explicitée, ne serait-ce que verbalement. Une autre des discussions entre les reporters et M. Kelly concernait la question de l’aide que Washington apporte au Honduras et des liens qui les unissent. La réponse est demeurée imprécise car, interrogé sur cette question, M. Kelly a répondu de façon évasive que les États-Unis continuaient de fournir une partie de leurs secours, tandis que d’autres avaient été interrompus ou qu’ils étaient en cours d’évaluation ou d’élimination.

En ce qui a trait aux liens entre l’armée états-unienne et le gouvernement de facto, M. Kelly a répondu aux questions des reporters en disant que « le SouthCom a minimisé les contacts avec l’armée hondurienne. » Vous remarquerez que les contacts n’ont pas cessé ; ils n’ont été que « minimisé[s] » et ce, sans autres précisions [5]. Néanmoins, des précisions ont effectivement été apportées lorsque les reporters ont posé des questions concernant la base militaire US de Soto Cano au Honduras. Un reporter a demandé : « A-t-il été question de permettre à l’avion de M. Zelaya d’atterrir à la base militaire US là-bas ? » Ce à quoi M. Kelly a répondu : « […] Cette base est contrôlée par les autorités honduriennes, ce n’est donc pas à nous d’accorder le droit d’atterrir ou quoi que ce soit d’autre. » Comme cela tombe bien !

Depuis plusieurs décennies, les États-Unis utilisent la politique étrangère « à deux voies » face à l’Amérique latine : d’une part, l’intervention directe qui comprend les forces armées et, d’autre part, la diplomatie et les négociations « douces », ces dernières étant utilisées à la fois ouvertement et à huis clos. Le point de presse du 6 juillet, tel que mentionné ci-haut, démontre comment le gouvernement actuel à Washington utilise simultanément la Voie I et la Voie II. Ce sont effectivement de très bonnes nouvelles que M. Kelly ait déclaré, le 6 juillet, que le département d’État allait rencontrer le président Zelaya le 7 juillet et non pas le gouvernement de facto, si un représentant de ce dernier devait venir plus tard à Washington. Néanmoins, cet engagement n’est survenu, encore une fois, que parce que les reporters ont posé la question.

Les peuples espèrent que l’usage de la diplomatie dans les négociations au Costa Rica, arbitrées par le Costa Rica et parrainées par Hillary Clinton, secrétaire d’État états-unienne, saura résoudre la crise. Cependant, les instigateurs du coup d’État sont toujours au pouvoir. Ils répriment les manifestations populaires [6] qui se déroulent actuellement au Honduras dans toutes les sections populaires de la société et ce, depuis près de deux semaines, une situation presqu’entièrement camouflée par les médias dans des pays comme le Canada, la France, les États-Unis [7]. Dans ce contexte, les commentaires du président vénézuélien Hugo Chávez prennent de plus en plus leur sens à mesure que les minutes s’écoulent : « Pourquoi le gouvernement états-unien ne prend-il pas des sanctions politiques et économiques contre les instigateurs du coup d’État… ? » Cette déclaration eut lieu lors d’une conférence de presse tenue le 10 juillet à Caracas, telle que rapportée par Associated Press (AP).

Bien qu’il y ait évidemment des contradictions entre les institutions états-uniennes telles que la Maison-Blanche, le département d’État, la CIA, le FBI, le Pentagone et l’extrême-droite du sud de la Floride (etc.), la politique US face aux Honduras, du 28 juin jusqu’au 11 juillet inclusivement, consiste en cette politique à deux voies jumelées l’une à l’autre. D’abord, la Voie I, soit l’implication indirecte sinon directe dans le coup d’État militaire avec un soutien de l’armée à peine voilé. Puis, la Voie II, c’est-à-dire l’usage simultané de discussions et de diplomatie afin « d’amortir » la situation… Mais à qui cela profite-t-il ?

D’un côté, on offre des perles de sagesse sur la restauration de la démocratie et du président élu, mais de l’autre, on met pratiquement sur un pied d’égalité les instigateurs du coup d’État et le président violemment kidnappé.

Les gouvernements canadiens ont été pendant plusieurs années des porte-parole de la Voie II. (Toutefois, il y eut des exceptions. Par exemple, lorsque le défunt Premier ministre Pierre Elliott Trudeau a sincèrement tendu la main à Cuba et à l’Amérique latine lors de sa visite à Cuba en 1976, reflétant ainsi les sentiments de la grande majorité des Québécois et Canadiens.) L’engagement et la diplomatie sans arrière-pensées sont censés prévaloir à Ottawa et, ce faisant, tenter de se distinguer de la politique brutale d’intervention états-unienne, laquelle a presque toujours supplanté la Voie II. Les Canadiens et Québécois, en grande majorité, méprisent les politiques d’intervention et d’agression. Le gouvernement canadien actuel fait partie du courant de droite. Toutefois, on n’y retrouve aucun terreau fertile pour les néoconservateurs qui cherchent à attiser les politiques de la Voie I, comme c’est le cas chez les communautés d’exilés cubains et vénézuéliens dans le Sud de la Floride. Ce qui s’en rapproche le plus serait le National Post, gardien de l’ordre établi, et la frange des dirigeants qu’il représente. Cependant, comme on peut le constater plus haut, le Parti conservateur et la branche conservatrice du cercle des dirigeants peuvent facilement s’accommoder à la fois de la Voie I et de la Voie II, tel que le démontre la question du Honduras, même si la politique étrangère change comme un caméléon d’une journée à l’autre.

Comparé au gouvernement conservateur canadien, le gouvernement Obama est censé être de centre-gauche et contre les politiques de droite de l’époque de Bush. Or, la Voie I et la Voie II sont essentiellement les deux flancs d’une même politique faite de domination et de contrôle —il s’agit simplement de savoir laquelle est la plus efficace, laquelle « fonctionne »—. Les deux Voies sont utiles aussi bien pour les « conservateurs » que pour les « libéraux », et elles peuvent se fondre d’un moment à l’autre.

L’une des leçons que doit apprendre le gouvernement canadien et en vertu de laquelle il doit agir immédiatement, c’est de se reconnaître responsable d’avoir enfreint les résolutions de l’OEA et de l’ONU. Les Conservateurs doivent changer leur position dès maintenant en adhérant aux vastes mouvements de l’Amérique du Sud. Déjà, au Parlement, certains partis politiques, (comme le Bloc Québécois) se sont courageusement et honorablement opposés à la politique pratiquée par le gouvernement canadien au Honduras depuis le 28 juin. Il n’y a pas de temps à perdre. Le gouvernement hondurien de facto doit être forcé de céder dès maintenant et de permettre au président élu de rentrer chez lui. Si le gouvernement canadien est si inquiet des dangers qui attendent le président s’il retourne au Honduras auprès de son peuple, la solution ne consiste pas à l’en éloigner, mais plutôt à obliger les usurpateurs à abdiquer en vertu des résolutions et des positions adoptées sur le plan international. Pour ma part, je crois que le coup d’État au Honduras est un affront direct aux mouvements de souveraineté et de progrès de tous les peuples latino-américains. Les populations de partout au monde, et particulièrement à l’heure actuelle en Amérique du Sud, doivent avoir une vigilance de tous les instants et s’opposer à la politique impérialiste des deux voies provenant du Nord. Depuis les cinquante dernières années, les peuples de l’Amérique du Sud ont créé leurs propres concepts de souveraineté et de démocratie au prix de luttes et de sacrifices et, par conséquent, ils méritent d’être pleinement soutenus aussi bien par les populations de l’Amérique du Nord que de l’Europe.

La question soulevée par Hugo Chávez, le 10 juillet, démasque l’hypocrisie de la politique à deux voies : « Pourquoi le gouvernement états-unien ne prend-il pas des sanctions politiques et économiques contre les instigateurs du coup d’État… ? » Plus tard en soirée le 10 juillet, Fidel Castro a déclaré dans une réflexion, entre autres que « Zelaya sait que l’enjeu n’est pas seulement la Constitution du Honduras, mais aussi le droit des peuples de l’Amérique latine d’élire leurs dirigeants. »

Source:  http://www.voltairenet.org/article161013.html

 Arnold August
Journaliste canadien. Auteur de Democracy in Cuba &the 1997-98 Elections.

Le mérite, sous toutes ses coutures

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Le mérite est un bien grand mot, de par les attributions qu’on lui donne. Mais que défend cette mise en valeur, en bout de ligne, qui n’est pas nécessairement liée au mérite d’un individu, mais qui tente à excuser bien d’avantage qu’un simple et réel mérite?

Par exemple, on dira d’un individu, tentant de grimper au pommier pour s’attribuer de ses fruits, qu’il a le mérite de prendre le risque de grimper à cet arbre, car certes, il pourrait chuter et s’y blesser. Et ainsi, il se méritera les fruits de cet arbre fruitier, sans toutefois faire ombre à la collectivité qui n’ira pas à sa place, chercher la pomme dans l’arbre. Mais qu’en est-il lorsque l’on encense le mérite d’un individu au point de suggérer qu’il est légitime qu’il exploite le labeur d’autrui?

Est-ce là un véritable mérite? Peut-on travailleur durement au point d’en mériter de suite, le fruit du labeur d’autrui? Y a-t-il tout d’abord, une quelconque règle équivalente, permettant de calculer le mérite de chacun? Non. Cette règle n’existe pas. On ne peut donc pas, pour ainsi dire, quantifier le labeur de chacun, sauf par ses heures de travail, ou par ses réalisations, mais en cela, rien ne définie la ligne juste permettant l’exploitation d’autrui, puisque cette règle, comme dit ci-haut, n’existe tout simplement pas et d’ailleurs, elle serait brisée par les faits, puisque bon nombres de bourgeois ne travaillent plus, mais dépendent du labeur d’autrui. Mais alors, pourquoi donc les capitalistes usent de cette dite loi du mérite, pour exprimer leur affirmation que le bourgeois, propriétaire des moyens de production, puisse retirer un profit du labeur d’autrui?

C’est entre autre, parce que rien n’explique l’exploitation d’autrui. Rien ne l’explique, rien ne la justifie. Mais les capitalistes, manquant considérablement d’argument pour expliquer l’inexplicable, s’y en remettent, quitte à répéter le mensonge jusqu’à ce qu’il devienne vérité aux oreilles du visé, l’exploité, le prolétaire. Mais alors, comment peuvent-ils quantifier le labeur, rendant au mérite et sinon, qu’est-ce qui fait d’un être vivant, ce bourgeois dit «méritant»?

Ils ne le peuvent pas, puisque la règle quantifiable du labeur n’existe pas. Ils acclament donc le bourgeois méritant, en l’affirmant tout aussi simplement que jadis, on affirmait que la Terre était plate. Il faut aux idéalistes, donc aux capitalistes, une raison pour défendre l’indéfendable exploitation du labeur d’autrui, alors ils s’inventent des raisons plus farfelues les unes que les autres. Car de fait, un entrepreneur n’a pas toujours les capitaux nécessaires pour démarrer une entreprise, il finira donc, parfois, ses jours en tant que prolétaire, puis s’abstiendra de se lancer en affaires, faute de moyens insuffisants pour ce. Par contre, l’individu détenant ces capitaux indispensables, ou se les faisant attribuer par une quelconque instance, un ami, ou une subvention du public par exemple, pourra accomplir le rêve de plusieurs, soit de pouvoir gagner du capital sur le labeur d’autrui et donc, de cesser de se faire exploiter. Ce faisant, il n’aura pas mérité le fruit du labeur d’autrui, mais aura atteint cette ligne démarquant l’exploité de l’exploitant, lequel, ce dernier, on dira méritant, malgré les faits démentant cette affirmation puérile. Mais alors, qui donc est réellement méritant dans cette société capitaliste?

Le producteur de richesses, l’entrepreneur qui ne dispose pas des moyens de production*, ou d’autres travailleurs, comme l’ensemble du prolétariat par exemple, sont toutes et tous des acteurs qui créent la richesse, sauf qu’ils doivent, excepté dans les cas où ils travaillent pour une instance publique, s’en remettre aux moyens de production privés, lesquels sont détenus, eux,  par la bourgeoisie qui, elle, ne représente qu’une infime minorité de la population. C’est elle que les capitalistes disent «méritante». Mais de fait, ce sont ses exploités, qui créent la valeur ajoutée nécessaire au capitalisme qui repose d’ailleurs sur le profit, comme s’il s’agissait d’une seule et véritable voie, mais il s’agit là d’un dogme. La demande et l’offre sont importantes, mais le profit ne l’est, lui, que dans ce système capitaliste qui, lui, favorise bien évidemment, la bourgeoisie dite «méritante».

Le travailleur moyen, le prolétaire, doit comme dit ci-haut, créer la richesse, mais ce faisant, il se doit d’avoir des outils de production, lesquels malheureusement, dans ce système capitaliste, ne sont accessibles qu’aux mieux nantis d’entre nous. C’est alors qu’il se voit forcé, pour manger, avoir un toit et vivre convenablement (sinon faire vivre les siens qui peuvent en dépendre), de travailler pour un bourgeois, à qui il vendra sa force de travail. Ainsi, le travailleur crée la richesse chez le bourgeois, dans on usine, puis ce dernier, récolte les fruits du labeur du prolétaire, qu’il distribuera ensuite à se guise.

Certes, une partie des profits ira directement à l’amélioration de l’entreprise, afin je l’espère, de la rendre plus productive. Mais une autre partie, celle du dit «méritant», revient elle au bourgeois, qui s’en servira comme bon lui semble, puisqu’un dogme le défend d’en faire ainsi, le «mérite». Et c’est là, la preuve incontestable, indéniable, que l’on exploite les prolétaires, d’où le nom, et que l’on favorise une minorité de la population, la bourgeoisie détentrice des moyens de production, ce, au fil même du labeur d’autrui.

Donc, certes il y a des méritants, mais ils sont mal identifiés, on attribue le mérite à ceux qui profitent largement de la création de richesse par les autres, tout en se faisant croire qu’il y aurait là mérite, mais ce n’est visiblement pas le cas. Peut-on dire que le bourgeois travaille avec la même ardeur que ses prolétaires dans le milieu de la construction? Peut-on faire ce même parallèle avec la voirie, les poseurs de bitume, etc..? Y a-t-il, dans quelconque exemple, un méritant du labeur d’autrui, peu importe son entreprenariat? Aucunement,  et c’est pourquoi il nous fallait aujourd’hui démystifier le mérite, pour en conclure, que tous les travailleurs faisant leur part dans la collectivité, sont des méritants. Et qu’aucunement, quelqu’un n’a le mérite d’exploiter le labeur d’autrui.

Nous pourrions, pour approfondir la démarche, cette analyse, expliquer la provenance du capital, et là, rien ne pourrait plus expliquer ce soit disant mérite, affirmé par les capitalistes et les autres idéalistes de tout acabit. Allons-y!

Le capital est le terme employé pour signifier, dans notre ère, l’argent, ou tout objet digne d’une valeur, aux yeux de quelqu’un, permettant l’échange de services. Certains en ont plus que d’autres, mais un processus historique explique clairement pourquoi il en est ainsi. Et les exemples seraient sans fin.

Par exemple, une famille X, et une autre Y, peuvent avoir autant d’enfants l’une que l’autre, mais ce n’est pas toujours le cas, et cela déjà, explique les coûts engendrés chez la famille X ou Y qui s’en suivent.  Chez ces mêmes familles X et Y, il peut y avoir des imprévus, des évènements qui perturberaient les budgets d’une ou l’autre des familles et encore là, ce la change du tout au tout la capacité de ces familles à se lancer en affaires. Sinon, la maladie, qui peut comme nous le savons, frapper quiconque, non par hasard, mais par des causes toutefois inconnues à ce jour, et cela également perturberait les plans d’une des deux familles, rendant la vie inéquitable, voire injuste pour une ou l’autre des familles. Encore, l’exemple d’une famille qui, par admettons, perd l’un des deux tuteurs, si encore là, il y a deux tuteurs! Encore une fois, nous voyons l’équité prendre la porte et la situation, n’est guère égale d’une famille à l’autre. Et je peux continuer des années comme cela, à nommer des caractéristiques qui peuvent décider de mener une famille à la bourgeoisie ou non. Une chose est certaine, toutes les familles ne s’y rendront pas.

Certains diront que le bourgeois mérite, par son épargne, par son risque, et même par son héritage du« risque et du mérite de leurs parents»! Certains diront également, que le gagnant à la loterie, devient un méritant, mais constatons s’il vous plaît, que rien ne prouve ces dires! D’autres, parlant de risque, diront que les bourgeois en ont pris de gros. Mais là encore, je ne peux que vous inviter à voir, qui, au sein de GM ces temps-ci, perds son emploi, et donc, son gagne-pain menant au mérite! Bref, là encore, nous assistons à un éventail d’affirmations qui, pour la totalité, ne sont que pures affirmations, justement! Et que donc, il n’existe aucune raison d’affirmer le mérite de quelqu’un, jusqu’à concevoir une forme de liberté d’exploiter son prochain, le prolétariat.

Nous venons de voir qu’il y avait des situations bien différentes et ce, partout dans le monde si l’on tient compte du fait que des pays sont pauvres, et que d’autres sont riches, soit par leurs ressources naturelles, mais autant par leur développement acquis jusqu’à ce jour. Et que, par conséquent, les chances ne sont pas justes, équitables, comme le prétendent les capitalistes défendant l’indéfendable, mais plutôt, injustes et différentes dans tous les cas, comme le prétendent les marxistes, plus tentés vers l’analyse que par l’affirmation simpliste.

Ainsi, nous pouvons conclure qu’il y a certes des méritants,  mais qu’ils n’ont toutefois, en aucune légitimité, le droit d’exploiter le labeur d’autrui, sinon, que rien ne l’explique dans cette ère capitaliste. Et que bref, le mérite du bourgeois n’est autre chose que le mérite d’avoir posséder, au moment opportun, le capital indispensable à l’élaboration d’une entreprise privée.

*Du moins, l’entrepreneur bourgeois, n’est méritant que de ses idées, non pas du labeur d’autrui.

Termes employés:

Bourgeois: Le bourgeois est celui qui possède les moyens de production et ne sert en aucun cas à définir le riche du pauvre.

Prolétariat: le prolétariat, constitué de prolétaires, définit la classe qui doit vendre sa force de travail pour subvenir à ses besoins et ceux de ses proches.