Quand le matérialisme s'en mêle…

Et si les manifestations violentes de Hama, de Homs, de Benghazi, de Misrata, de Tunis et du Caire se déroulaient dans les pays occidentaux…

Posted in Uncategorized by sylvainguillemette on 31 janvier 2012

Nous avons vu, ces derniers mois, dont dans l’année dernière, de nombreuses manifestations dans les pays arabes, souvent étiquetées de «pacifiques», par les gouvernements occidentaux. Or, il apparaissait qu’elles n’en étaient rien et qu’elles affichaient plutôt un caractère subversif, et très violent. En fait, il est désormais clair que des Coups d’État furent organisés par les puissances bourgeoises de ce monde, s’adonnant à l’impérialisme, de toute évidence. Mais ce sujet fut couvert d’une extrémité à l’autre et l’argumentaire démontrait indéniablement l’ingérence de ces puissances impérialistes, donc je ne m’y attarderai pas d’avantage.

Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est plutôt la double-mesure et je me questionne quant aux réactions probantes  des occidentaux, si de telles manifestations, c’est-à-dire, violentes et subversives, se déroulaient en sol états-unien, français, britannique, canadien, allemand, turque ou italien, chez eux bref. Comment réagiraient ces puissances, contre de tels mouvements populaires organisés de l’extérieur, s’ils avaient lieu à l’intérieur de leurs frontières respectives?

De facto, il est interdit de manifester sa colère, armé, dans nos pays puissants. Les lois nous l’interdisent formellement. Alors voyons comment réagiraient les gouvernements hypocrites des pays de l’OTAN, si des manifestants gambadaient lourdement armés, arguant leur colère et leur désir de renverser l’État, très ouvertement? Comment réagirait Ottawa ou Washington, si leurs capitales étaient prises d’assaut par des forces inconnues, représentées par une partie de leur propre population et que cette dernière, prenait les armes pour compléter de leur tâche? Tireraient-elles sur les manifestants ou lâcheraient-elles les armes contre ceux-là, à la demande des pays arabes, dont la Syrie d’Assad et la Libye de Kadhafi?

Aux États-Unis d’Amérique

Au pays de la liberté, rien n’est plus faux que cette prétention. La liberté est octroyée à qui en a les moyens. D’autre part, les États-uniens qui critiquent la liberté d’expression bafouée à Cuba, se complaisent de la double-mesure en leur propre sol. Par exemple, un Cubain arrêté pour avoir reçu des capitaux d’un État étranger, dans un dessein subversif, sera accusé de haute trahison et encourra une peine à perpétuité, voire à vie, donc moindre. Or, le même acte aux États-Unis d’Amérique est plus sévèrement puni et là aussi, il s’agit d’un crime de droits communs et non d’une «liberté d’expression bafouée». Un États-unien recevant des capitaux d’un État étranger, dans un but subversif, risque tout banalement, la «PEINE DE MORT»!

C’est dire, à quel point l’hypocrisie règne chez les puissances impérialistes, et à quel point l’ignorance suit de près, puisque les conditionnements en place, favorisent celle-ci. Les médias par exemple, serviront de canalisateur de la pensée commune et jugeront «une manifestation», en la clamant de légitime ou non, en la dénonçant ou non.

Il n’est pas interdit de manifester aux États-Unis d’Amérique, il s’agit d’ailleurs du premier amendement, mais l’idée de manifester armé, même s’il est permis de le faire dans certains États, ne vient pas naturellement chez les États-Uniens. On peut si l’on est nostalgique des mouvements sociaux révolutionnaires, se rappeler le mouvement des «BlackPanthers», qui fit miroiter un instant, la potentialité d’une révolution aux États-Unis d’Amérique, en s’affirmant, mais en s’affirmant armé surtout.

Il faut sinon, remonter aux évènements de Watts, où près d’une quarantaine de personnes moururent, des suites des émeutes et de la répression policière très violente. À ce moment là, la communauté noire était unie et désirait venger le sort de Rodney King.

Bref, les mouvements armés ne sont pas tolérés en sol états-unien, quand ils ne sont pas circonscrits par les autorités elles-mêmes, ou organisés par celles-ci. On peut donc affirmer que ce que Washington tolère à Damas, à Tunis, au Caire, à Tripoli, ou ailleurs où l’Empire a des intérêts et ses tentacules, ça n’est pas toléré en sol états-unien.

En France

En France, les principes sont pratiquement les mêmes. On ne tolère pas les manifestations armées et lorsqu’il y a manifestations, celles-ci se doivent de se comporter comme l’État le désire. Approbation des itinéraires par les autorités d’abord, respect des droits communs, contrôle du «message» colporté qui ne peut, de toute évidence, dépasser les limites quant aux appels à la révolution. Et j’en passe.

Vous vous rappelez certainement la belle histoire de la commune de Paris, sinon vous avez en souvenir les manifestations où le nombre de manifestants fait l’envie des organisateurs du monde entier, mais la France permet-elle les manifestations armées? Pas vraiment.

Et nous pouvons observer que la France réprime avec la même ardeur que les Syriens ou les Libyens, les manifestations qui la gênent, par exemple lors des évènements du 17 octobre 1961. Bien sûr, ces répressions n’ont pas toujours lieu en France, mais tout de même, elles ont lieu dans les bastions de celles-ci, où précisément, des gens veulent l’émancipation de leur nation.

La France n’a donc aucune leçon de morale à faire aux autres nations, elle n’a pas à sommer le leader syrien, ni tout autre dirigeant étranger, elle qui ne s’impose même pas ses principes.

Au Canada

Au Canada, «au début des années 1840, environ 4 000 travailleurs creusent les canaux de Beauharnois et de Lachine. Les ouvriers travaillent 12 heures par jour, 6 jours sur 7. Le 24 janvier 1843, le salaire journalier est coupé du tiers, ce qui amène les travailleurs à déclencher une grève. Le 11 juin 1843, l’armée fait feu sur les grévistes. On compte 20 morts et 40 blessés chez ceux qui exercent des moyens de pression».

Sinon, au Québec, on peut se souvenir, pour les plus âgés, de la répression militaire contre les manifestants des rues Saint-Vallier, Saint-Joseph et Bagot, où l’armée tire sur la foule, tuant 4 personnes et en blessant plus de 70.

Et encore, qui ne se rappelle pas des arrestations arbitraires du récent G-20, où la police torontoise procéda à l’arrestation massive de centaines de manifestants et où les droits de ces derniers furent arbitrairement et illégalement suspendus?

En Italie

Même chose en Italie, il est formellement défendu de porter des armes lors de manifestations.

On peut se rappeler sinon, le tir du carabinier Mario Placanica lors du G-8 de 2001, à Gênes. Carlo Giuliani y perdra la vie, recevant la balle qui lui était destinée. Il avait 23 ans, il était étudiant.

En Turquie

En Turquie, les manifestants pacifiques sont réprimés également. Très souvent, des syndicalistes y sont sévèrement réprimés et battus, comme en témoignent ces images ou celles-ci.

En Allemagne

En Allemagne, on ne fait pas mieux. En septembre 2010, les autorités policières réprimèrent par les canons à eau et les gaz lacrymogènes, plus de 1000 manifestants, en blessant 400 d’entre eux.

En 2007, lors des manifestations anti-G8, plus de 900 policiers allemands réprimeront sévèrement et arbitrairement des manifestants, en allant jusqu’à confisquer des ordinateurs personnels et des biens autres, en vue d’accusations potentielles et relatives quant à la contrainte au travail des policier, etc..

En Grande-Bretagne

Qui ne se rappelle pas les images troublantes de la charge cavalière, commandée par la dame de fer, Margaret Tatcher, contre les travailleurs du charbon, contre les syndicats? Qui ne connait pas les capacités de répression britannique? En Irlande, par exemple, où des indépendantistes étaient parfois abattus plutôt froidement?

En somme

Finalement, que relevez-vous de chacun des cas concernant ces pays? En effet, aucun d’eux n’était une insurrection armée, organisée par un pays étranger, dans un dessein subversif. Aucun de ces cas non plus, opposait des manifestants lourdement armés d’armes de guerre (Un mortier, ça n’est pas pour la chasse à l’élan…) à des policiers équipés de fusils de chasse et de pistolet à 10 coups. Aucune de nos grandes villes n’a connu les bombardements, les attaques répétées au mortier ou les attentats terroristes à la voiture piégée.

Or, c’est précisément ce qu’ont vécu les Libyens lors des premiers balbutiements du CNT libyen et surtout, lors du support de l’OTAN à ces voyous, qui parachevaient leur Coup d’État, orchestré depuis l’outremer. Aucune de nos villes n’a connu la destruction massive de ses infrastructures, de ses centrales électriques et/ou de ses écoles et de ses hôpitaux. Or, c’est précisément ce qu’a vécu la Libye de Kadhafi et c’est ce que s’apprêtent à vivre les Syriens, même si en fait, le travail des mercenaires de l’OTAN en Syrie est déjà bien avancé, puisque l’on rapportait des combats violents, hier, à quelques kilomètres de Damas.

D’un ton paternaliste, les États-Unis d’Amérique, la Grande-Bretagne, la France, le Canada et quelques monarchies des pays arabes, s’effrayant celles-là de passer au rouleau compresseur de suite à la conquête, accusent le président Assad de réprimer violemment les «manifestants pacifiques», qui ne l’ont jamais été. Ils accusent Assad, pour ce qu’ils feraient de toute évidence, eux-mêmes. Mais heureusement pour eux, pour l’instant, la grogne n’a pas rejoint leurs frontières. La complainte est donc facile, et dépourvue d’authenticité. La critique est tout simplement hypocrite, puisque nous savons que par exemple, Washington ne tolère même pas les indignés sans arme à Washington, à New-York, à Oakland, au Wisconsin, et partout ailleurs où ils se sont depuis 2007-2008, multipliés avec raison. Aucune de ces grandes puissances ne tolèrerait une grogne si musclée, qu’elle emploierait des mortiers et des calibres .50 pour se faire justice avec un  grand J.

Il y a donc au moins deux points ici, sur lesquels les occidentaux ne peuvent rien dire contre leurs opposants. Tout d’abord, s’ils avaient à vivre de telles contestations sur leur territoire respectif, ils ne feraient guère mieux que les Libyens, ou les Syriens et tueraient sans compter les cadavres, tous ceux qui tiendraient rempart contre leur État tout puissant. Ensuite, aucun d’entre eux ne tolèrerait qu’un État étranger ne finance et organise ces attaques à leur endroit, la vengeance tant économique que militaire serait d’envergure, on ne peut en douter.

Alors voilà, c’est à vous, chers lecteurs, de juger de la pertinence des discours médiatisés et enflammés de nos chefs d’État à l’endroit d’autres chefs d’État, condamnant ce qu’ils ne tolèreraient même pas si vous étiez cette contestation «pacifique», armée jusqu’aux dents. Si vous preniez les armes pour aller occuper la colline parlementaire d’Ottawa, ou pour aller asseoir votre indignation dans les locaux du Pentagone et de la Maison Blanche, ou à l’Élysée, etc.., vous seriez pris pour cible par les policiers d’État d’abord, puis rapidement, ces derniers seraient secondés par les forces armées, dépassé par vos tirs de mortier aveugles, et par votre harcèlement au tir à la lunette, tuant nécessairement les policiers armés de simples pistolets.

S’il s’agissait de votre révolution à vous, comment réagiraient vos chefs d’État? Ils vous tueraient, aussi froidement qu’ils tuent tous les jours, arbitrairement et illégalement, des ennemis idéologiques, comme des ennemis en armes.

Stephen Harper aurait-il accepté que l’on tire sur les policiers du G-20, à Toronto? Obama accepterait-il que les occupants d’Oakland et de Washington prennent les armes et stoppent toute tentative de les déloger par le feu de ces armes? Sarkozy accepterait-il, en France, que les syndicats s’arment et ajoutent cette note à leurs démonstrations de force déjà impressionnante? Cameron accepterait-il qu’on prenne les armes à Londres et qu’on batte à coups de barre de fer, les fameux casqués noirs et qu’on prenne d’assaut les «instances démocratiques»?

La réponse à toutes ces questions est bien entendu, NON. Aucun de ces pseudo-démocrates ne tolèrerait de telles manœuvres sur leur sol. Aucun d’entre eux ne pourrait éviter de sombrer dans la répression extrêmement violente, à l’instar de la violence qu’ils engagent contre leurs opposants politiques et idéologiques à l’étranger. Ils ont, ces chefs d’État, assassiné Muammar Kadhafi, assassiné Patrice Lumumba, assassiné Ernesto Che Guevara, assassiné des tas de leaders politiques qui les dérangeaient, ou des chefs rebelles, comme Raùl Reyes, ou encore, des peuples quasiment complets, comme celui des Vietnamiens, tout cela, pour des intérêts économiques, relatifs au pouvoir. Pour préserver leur pouvoir sur les autres États du monde, nos «grands» chefs d’État ont multiplié les meurtres, tant personnels que de masse, ils ont fabriqué des éléments de preuve menant à des guerres barbares (Irak et les ADM…). Ils vous ont toujours menti et se sont servis de vous, comme chair à canon et comme moteur industriel durant leurs efforts de guerre.

C’est bien simple, si vous faisiez comme les Syriens et que vous preniez les armes contre votre État, des armes fournies par une puissance étrangère, dans un objectif avoué de renverser votre gouvernement, votre chef d’État ordonnerait aux forces policières d’abord, de vous éliminer, puis aux forces armées, d’obtempérer au travail bâclé des policiers, que vous auriez nécessairement tué.  Votre chef d’État adoré vous ferait tuer sans pitié, sans remord, comme lorsqu’il ordonne à ses bombardiers d’arroser Tripoli, bientôt Damas, ou tantôt Téhéran et Caracas.

Vos chefs d’État ne sont pas ceux qu’ils prétendent être. Ce sont des menteurs, des tueurs de masse et des comploteurs. Ils veulent vous partager l’odieux des crimes d’État, commis dans les pays étrangers. N’acquiescez pas. Refusez. Dénoncez plutôt, et condamnez les agissements hypocrites de vos chefs d’État, des comportements qui ne sont rien de moins que CRIMINELS.

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