Quand le matérialisme s'en mêle…

La Révolution Mondiale passe par Hugo Chavez, par Heinz Dieterich.

Posted in Uncategorized by Jean-Sébastien Vézina-Girard on 24 juin 2009

[ La solution séculière de XXIe siècle est la suivante : comme on n’a pas accès aux supers ordinateurs de marque Marx, Engels ou Einstein, il nous faut les remplacer, jusqu’à l’apparition de nouveaux, par les réseaux d’ordinateurs personnels, dont la capacité cumulée de traitement des données est comparable à celle des supers ordinateurs ; en espérant, de plus, qu’à un moment se produiront les transitions de phase (sauts qualitatifs) du processus vers les nouveaux paradigmes de la civilisation post-capitaliste. ]

A Luis Eduardo Guerra, victime du terrorisme d’Etat d’Alvaro Uribe. Aporrea des 2, 5 et 12 mars 2005

1. Chavez, Simon Rodriguez et Napoléon Bonaparte

 Hugo Chavez s’est mis à la tête de la Révolution Mondiale en définissant comme une nécessité théorico-pratique mondiale l’ « invention du socialisme du XXIe siècle », à savoir un socialisme « adapté au siècle nouveau ». Par cette déclaration le Président vénézuélien dépasse le Projet Historique du Libérateur et se rapproche du Projet Historique mondial de son maître : Simon Rodriguez. Le caractère de classe du projet de Simon Bolivar reflétait le programme le plus avancé de la bourgeoisie européenne progressiste, de portée sous-continentale et configuré, comme le soulignait Andrés Bello (grand écrivain et poète vénézuélien, 1781-1865, ndt) en son temps et comme le disait le Parti Communiste colombien en 1980, « avec les essences de l’Amérique en marche ». Il s’agissait de la libération de l’Amérique latine et des Caraïbes et de l’intégration de ses fragments libérés dans une grande république progressiste. Simon Rodriguez souscrivait à ce projet de transition régionale-anticoloniale mais y ajoutait une dimension universelle et stratégique : la libération de l’humanité par le socialisme. Le projet socialiste était utopique, c’est-à-dire irréalisable. Aujourd’hui les deux dimensions coïncident dans le Nouveau Projet Historique (NPH) du Bloc Régional de Pouvoir Latino-américain (BRPL) et du « Socialisme du XXIe siècle ». Réalité virtuelle stratégique et réalité présente comme statu quo et potentiel se rencontrent. Deux cents ans après Simon Rodriguez l’Angelus Novus de l’histoire est enfin parvenu à plier ses ailes pour s’arrêter devant la tragédie de l’humanité et intervenir comme remède aux victimes de la civilisation du capital, et en particulier, du « petit genre humain » latino-américain ». Dans ce grand drame historique, Hugo Chavez non seulement dépasse la portée géopolitique de la praxis de libération de Simon Bolivar, mais agit, objectivement, sur un autre projet de classe et avec d’autres moyens, à l’instar de Napoléon Bonaparte. Bonaparte était le « gérant de l’esprit mondial », disait le génial philosophe G.W.F. Hegel. Mais dans son langage théologisant, « esprit mondial » était un code pour « bourgeoisie mondiale » et en ce sens, le Français n’était rien d’autre que le Commandant en Chef des intérêts conjoints des bourgeoisies naissantes du monde. Bonaparte représentait l’épée régionale de la bourgeoisie française sur le centre du pouvoir du système mondial de son époque, l’Europe Centrale. C’est dans cet environnement qu’il dépassa le rôle national-régional franco-européen pour se faire l’épée de la bourgeoisie mondiale dans sa lutte globale contre tous les systèmes de production pré-capitalistes. Chavez a été, jusqu’à présent, l’épée régionale de la libération anti-monroéiste de l’Amérique Méridionale. Mais, par sa déclaration en faveur du « Socialisme du XXIe siècle », son Nouveau Projet Historique a atteint la dimension de celui de Simon Rodriguez, la libération de l’humanité depuis la perspective d’une société sans classes, c’est-à-dire d’une démocratie réelle-participative post-capitaliste. L’ « esprit mondial » a cessé d’être, en conséquence, bourgeois, et dans une belle aurore il est devenu un sujet auto-déterminé de la société post-bourgeoise.

 2. Chavez et Marx

Du sanglant chaos de la dissolution féodale naquirent les Jacobins. Et pendant qu’ils tranchaient les têtes de la Noblesse avec l’invention « humanisante » du Docteur Guillotin, ils mirent une tête à leur mouvement antiglobalisateur-féodal de leur temps : Liberté, Fraternité, Egalité. C’est ainsi que sortit des ténèbres de la genèse un soleil orientateur qui devint le centre de gravité du nouvel ordre social bourgeois, qui réorganisa tous les éléments de l’ancien régime et les éléments émergents d’une nouvelle civilisation : la démocratie bourgeoise-capitaliste. Napoléon sera son premier exécuteur. A peine 60 ans plus tard, les exclus du nouvel ordre bourgeois donnèrent mandat à Karl Marx et à Friedrich Engels d’élaborer une nouvelle théorie pour l’humanité qui serait capable d’illuminer le chemin vers une société sans opprimés ni oppresseurs. Le nouveau soleil de l’émancipation est alors né, le « Manifeste Communiste », tête théorique d’un torse de milliers de millions qui sans les « yeux de la raison » (Hegel), la théorie scientifique-critique, n’avaient pas d’espoir de bouleverser et de renverser le monde pervers du capital. Lénine sera leur premier exécuteur. Avec la mort de Lénine, le soleil de Marx et Engels déclina prématurément. Avec Staline, il s’éteignit et ses successeurs ne surent pas trouver un nouveau chemin dans l’obscurité. Sans les « yeux de la raison », les dirigeants de l’Union Soviétique se trompèrent de chemin. L’oeuvre grandiose, produit de l’effort surhumain d’un peuple grandiose, s’effondra ignominieusement. L’humanité opprimée redevint un torse sans tête théorique ni pratique pour l’offensive finale. La longue nuit de la théorie révolutionnaire anti-bourgeoise dura quinze ans, jusqu’à ce que le révolutionnaire Hugo Chavez la réhabilite publiquement et lui restitue son statut émancipateur, non seulement en défense de l’humanité mais aussi pour sa libération définitive. C’est en ce sens que se justifie la phrase : « La Révolution Mondiale passe par Hugo Chavez ».

3. Vers le Socialisme du XXIe siècle, avec l’aide de l’Esprit Mondial

C’est par une audacieuse action de commando qu’Hugo Chavez a établi le 27 février 2005 sa « tête de pont » d’avant-garde mondiale sur le terrain de la bataille idéologique avec la bourgeoisie, en proclamant la nécessité d’ « inventer le socialisme du XXIe siècle » et de « continuer à nous éloigner du capitalisme ». Episode suivant, le Commandant consolida la position avec 2 divisions blindées indestructibles quand il se prononça pour le socialisme démocratique et participatif, « en concordance avec les idées originales de Karl Marx et Friedrich Engels ». La convocation démocratique et ouverte à l’ « invention » est heureuse car la Nouvelle Philosophie de la Praxis (NPP) des opprimés requiert la participation des meilleurs efforts de l’humanité, étant donné qu’il ne s’agit de rien d’autre que de la mission de construire un Nouveau Projet Historique (NPH) pour la libération de l’humanité. Dans son noyau cognitif cette NPH doit résoudre 3 dimensions stratégiques complexes de l’évolution humaine : la scientifique-critique, l’éthique et l’esthétique. Il n’y a hélas aucun Karl Marx ou Friedrich Engels en vue, lesquels eurent le génie de concevoir en trois mois à peine la route critique vers la société post-capitaliste, le « Manifeste Communiste » (1847). On n’entrevoit pas non plus un Albert Einstein, qui dans le même laps de temps posa les bases du monde post-newtonien (1905) avec la théorie quantique et la théorie de la relativité. Comme nous manquons de ces penseurs extraordinaires qui en un temps record résolurent les inconnues fondamentales d’une réalité virtuelle, le futur anti-systémique, que les autres scientifiques n’avaient pas même énoncé, il ne nous reste, quant à nous, les mortels, qu’à mettre la main sur l’Esprit Mondial. Nous ne parlons pas, cela va sans dire, de ces fantômes théologisés ou ésotériques, mais de l’Esprit Collectif de l’Humanité dans sa concrétion empirique. Mais comment, en pratique, a t-on recours à la méthode de l’Esprit Mondial ? Comment s’y prendre ? Et quel est l’équivalent scientifique fonctionnel des mystifications communicatives divines des catholiques, la prière et l’eucharistie, dans cette mission d’évolutionner la théorie socialiste du XXIe siècle ? Marx disait que l’humanité ne se pose que les tâches qu’elle est en capacité de résoudre. Cette affirmation est correcte, parce que dans la conscience ou pré-conscience qui permet la question, est « cachée » sa réponse. La solution séculière de XXIe siècle est la suivante : comme on n’a pas accès aux supers ordinateurs de marque Marx, Engels ou Einstein, il nous faut les remplacer, jusqu’à l’apparition de nouveaux, par les réseaux d’ordinateurs personnels, dont la capacité cumulée de traitement des données est comparable à celle des supers ordinateurs ; en espérant, de plus, qu’à un moment se produiront les transitions de phase (sauts qualitatifs) du processus vers les nouveaux paradigmes de la civilisation post-capitaliste. Cette solution ou méthode consistant à potentialiser le pouvoir de la fourmi individuelle par son travail en réseaux coordonnés, est connue dans le monde de l’informatique, dans une application qui a pour nom Internet-based Distributed Computing projects. Ce concept veut dire qu’on résout des tâches complexes grâce à la participation volontaire de détenteurs d’ordinateurs individuels qui pour x motifs décident d’apporter du temps d’ordinateur et du travail à la résolution de ces tâches, sans demander de rémunération, monétaire ou autre. Le programme le plus réussi de ce type est le SETI de l’Université de Californie à Berkeley qui depuis sa conception en 1999 a bénéficié de la collaboration de plus de cinq millions de participants, qui au total ont contribué gratuitement au projet par plus de deux millions d’années (sic) de temps informatique cumulé. Il s’agit du réseau informatique le plus puissant de tous les temps. Mettre cet « Esprit Mondial » au service de l’émancipation de l’humanité, au moyen de sa contribution gratuite et solidaire dans le Nouveau Projet Historique (NPH) du Socialisme du XXIe siècle, est facile. Il y a des millions d’ingénieurs, d’économistes, d’activistes et de lutteurs sociaux en Inde, en Europe, aux Etats-Unis, en Amérique latine et sous d’autres latitudes qui ont des moyens informatiques et du temps non employé qui, sans aucun doute, seraient disposés à collaborer solidairement à la construction de la prochaine phase de l’évolution humaine. Il est simplement question de les activer par un projet éthico-politique qui leur donne un sentiment de dépassement dans la vie, qui manque totalement dans le capitalisme actuel. Cet accès aux réserves intellectuelles de l’humanité est faisable, tant dans la phase stratégique de la lutte (l’institutionnalité post-bourgeoise), comme dans sa phase transitionnelle, l’intégration bolivarienne de l’Amérique latine et des Caraïbes. Un seul exemple concernant la phase transitionnelle. Avec cent mille dollars le gouvernement vénézuélien peut obtenir en six mois toutes les connaissances (l’expertise) qui sont nécessaires pour l’intégration économique de l’Amérique latine. S’il lance un concours international pour, admettons, huit problèmes de l’intégration économique, tels que la monnaie de référence, une Banque Centrale, les pôles de développement de haute technologie, la compétitivité globale, les avantages comparatifs, etc. et attribue un prix de dix mille dollars pour chaque thème, il recevra en six mois une avalanche de propositions qui dynamiseront extraordinairement la formation du Bloc Régional de Pouvoir Latino-Américain (BRPL).

4. La théorie scientifique du socialisme du XXIe siècle

 Cependant, le Commandant Hugo Chavez peut être optimiste dans cette péripétie désirée. Une partie considérable du chemin a été parcouru, tant en ce qui concerne l’éthique matérielle que la construction du noyau scientifique de la théorie révolutionnaire contemporaine. En ce sens, plus que d’une tâche d’ « invention » de la théorie, il s’agit aujourd’hui de sa divulgation et de la construction à partir d’elle. Deux écoles de pensée ont avancé indépendamment la théorie scientifique du « socialisme du XXIe siècle’ : l’ « Ecole d’Ecosse », avec l’expert en informatique Paul Cockshott et l’économiste Allin Cottrell et l’ « Ecole de Brême »(ex.RFA), autour du génie universel qu’était Arno Peters (1916-2002), du mathématicien Carsten Stahmer, du physicien cubain Raimundo Franco et du soussigné. Les modes analytiques des deux Ecoles diffèrent. La principale oeuvre de Cockshott/Allin, Towards a New Socialism, est un travail brillant centré prioritairement sur les aspects technologiques et économiques d’un nouveau et viable projet non-capitaliste. En revanche, les travaux de l’Ecole de Brême, par exemple La Fin du capitalisme global, Le Nouveau Projet Historique, Computer Sozialismus (Arno Peters) et Le Socialisme du XXIe Siècle et la Démocratie Participative (Heinz Dietrich) sont essentiellement orientés sur les problématiques évolutives et institutionnelles, et mettent l’accent, avec force détails, sur la question de la phase de transition vers le nouveau socialisme en Amérique latine. Ce qui frappe, néanmoins, est que les deux théories, élaborées à partir d’angles et de contextes géopolitiques différents, aboutissent aux mêmes inférences générales (conclusions) concernant les principales institutions proposées à se substituer aux institutions bourgeoises dans la nouvelle civilisation post-bourgeoise et post-capitaliste. Il y a des différences d’appréciation sur le caractère socialiste de l’ex-Union Soviétique, mais la coïncidence sur la nouvelle institutionnalité socialiste du XXIe siècle constitue, indiscutablement, un indicateur méthodologique remarquable de la validité des résultats obtenus, de manière indépendante, par chacun de ces groupes.

5. Quand est-ce qu’une théorie politique ou un Projet Historique est révolutionnaire ?

Le caractère révolutionnaire ou réformiste d’une théorie-praxis politique ne dépend pas, c’est évident, de ses méthodes de lutte, mais de ses contenus programmatiques. En ce sens, est révolutionnaire un Projet Historique qui entend remplacer une institutionnalité existante (le statu quo) par une autre, qualitativement différente. De même qu’il est facile de définir les colonnes de l’institutionnalité bourgeoise, il est aisé de déterminer la nature systémique (réformiste) ou anti-systémique (révolutionnaire) du projet d’un sujet politique contemporain. La civilisation capitaliste-bourgeoise repose sur 4 macro-institutions : 1. Une économie de marché organisée essentiellement pour le capital privé, avec une participation variable de la propriété étatique ou « publique », sous le principe opératoire de l’optimisation du taux de profit. 2. La superstructure politique de la démocratie formelle-représentative-parlementaire, c’est-à-dire indirecte et élitiste. 3. L’Etat classiste. 4. Le sujet possessif-libéral. Tout projet pour la Nation, la Région ou le Système Mondial qui prétend être révolutionnaire ou qui s’auto-définit comme tel, doit contenir, en conséquence, une proposition alternative viable pour chacune de ces quatre macro-institutions. Tout projet où serait absente ou non développée telle ou telle proposition devrait renoncer à la prétention d’être anti-systémique ou révolutionnaire.

6. Il est nécessaire de démontrer la viabilité du socialisme du XXIe siècle

 Dans l’actualité, la viabilité des alternatives anti-systémiques, à savoir le socialisme du XXIe siècle ou de la démocratie participative post-capitaliste, ne peut se démontrer que de manière scientifique. Il n’y a pas d’autre méthode pour cela. C’est pourquoi l’inflation actuelle d’essais herméneutiques sur les oeuvres de Marx, Engels et Lénine, ainsi que les interminables interprétations du « Que faire ? » de Lénine, qui cherchent la clé de la transformation qualitative du présent dans les oeuvres des classiques, sont infructueuses et redondantes. Redondantes, parce qu’il sera difficile d’y trouver quelque chose de substantiellement nouveau, notamment après l’oeuvre monumentale d’Hal Draper (marxiste anglais, 1914-1990, connu en particulier pour sa conception du « socialisme à partir d’en bas », ndt). Cette activité est infructueuse, en dernier ressort, parce qu’étudier et connaître les oeuvres classiques est une condition nécessaire pour la Révolution Mondiale … et rien de plus. La condition suffisante ne se trouve pas dans le passé : elle ne peut venir que de la science et de la réalité actuelle. C’est là que réside la stérilité de la grande majorité des apports « marxistes » au débat actuel. Si l’herméneutique des biens-intentionnés et aussi, celle des mal-intentionnés, ne conduira pas à la transformation mondiale anti-capitaliste, et moins encore le philantropisme utopique pro-systémique des intellectuels libéraux, sociaux-démocrates, chrétiens-pacifistes et des ONG qui contrôlaient les débats dans les Forums Régionaux et Mondiaux. Et l’on peut dire la même chose pour le sectarisme qui s’auto-définit « marxiste » et qui n’est rien d’autre qu’une négation abstraite du concret, fossilisée dans l’épistémologie du 19e siècle. En raison de cette double déficience cognitive, négation abstraite et ignorance de l’épistémologie scientifique du XXIe siècle, il est incapable de comprendre les contradictions de la réalité et de les utiliser pour construire les alliances et la Théorie Révolutionnaire nécessaires pour parvenir à la civilisation post-capitaliste. Pour des politiques et des intellectuels, il est illégitime aujourd’hui de proposer la substitution du système du capital par le socialisme ou une démocratie participative si on ne détermine pas la nouvelle institutionnalité anti-capitaliste, ses formes, ses temps, la méthode de transition et surtout si on ne démontre pas sa viabilité : c’est-à-dire sa capacité d’exister, de fonctionner et de développer convenablement dans les conditions objectives du présent et de son évolution probable. En effet, il n’est pas éthique de faire une macro-proposition anti-systémique, basée uniquement sur le desiderata subjectif (le désir) d’aider les gens, le volontarisme individuel ou collectif, le dogme ou l’utilitarisme du bénéfice personnel Pour protéger les majorités de la naïveté, de l’imposture ou du millénarisme (de gauche ou de droite), la démonstration de la faisabilité du Nouveau Projet Historique n’est pas, par conséquent, seulement une nécessité pratique mais aussi un impératif éthique. Ayant affirmé catégoriquement que l’unique méthode disponible pour réaliser une telle démonstration est la scientifique, il reste à décrire comment procéder.

7. Comment démontrer la viabilité du socialisme du XXIe siècle ?

Réaliser la démonstration scientifique de la vérité d’une hypothèse empirique signifie employer le « protocole scientifique », c’est-à-dire la séquence en cinq temps du procédé théorico-logico-empirique constituant la méthode scientifique. La singularité du protocole scientifique, qui le différencie de toute autre méthode d’interprétation de la réalité, réside dans l’hypothèse (un énoncé systématisé) et sa vérification empirique. Démontrer la viabilité, c’est-à-dire la capacité d’exister, de fonctionner et de se développer de manière adéquate dans les conditions objectives du présent et sa probable évolution future, des quatre institutions de la civilisation post-capitaliste requiert donc la formulation de quatre hypothèses, dont la véracité (ou fausseté) doit être démontrée. Formulés de manière simple, ces énoncés hypothétiques prendraient la forme suivante : l’économie d’équivalence procure une meilleure qualité de vie pour les majorités de l’humanité que l’économie de marché. Dans la phase suivante opèrent les concepts ou variables des hypothèses, à savoir qu’on leur assigne des paramètres (indicateurs) empiriques qui sont mesurables de manière quantitative, ou à défaut, qualitative, et on établi les modèles nécessaires qui permettront de comparer les résultats de chaque type d’économie dans des contextes commensurables. Les grandeurs et flux de ces variables peuvent s’exprimer à différentes échelles, de fait, déjà commensurables, par exemple en termes monétaires, en valeurs (temps) ou en volumes (énergie, tonnage, etc), et être traités par la mathématique matricielle. La validité de telles constatations serait suffisante pour accomplir le commandement éthique et pour commencer à mettre en oeuvre la lutte politique pour le Nouveau Projet Historique anti-capitaliste avec force et conviction, dès lors que les critères de validité pour ce type d’hypothèse sont au niveau de l’épistémologie du XXIe siècle et non de la connaissance scientifique du XIXe siècle.

8. Les critères de validité

Les critères de vérité de la physique des 18 et 19e siècles se sont construits essentiellement sur les expériences quotidiennes et scientifiques avec des objets de tailles (relativement grands) et de vitesses (relativement faibles) déterminées qui facilitèrent une optique épistémologique déterministe, ainsi que l’exprime Laplace dans sa célèbre formulation, laquelle énonçait que s’il y avait un démon capable de connaître la position et la vitesse de toutes les particules de l’univers à un moment donné avec la capacité de calcul suffisante pour résoudre les équations de Newton, on pourrait prédire le devenir de tout ce qui existe. Quand Marx et Engels entreprirent l’étude de la société bourgeoise ils comprirent tout de suite que le paradigme déterministe avec ses relations rigides de cause à effet n’avait pas la sophistication suffisante pour analyser correctement le comportement des systèmes dynamiques complexes, que nous appelons sociétés, Etats ou sujets. Ce fut la raison qui les amena à se « réfugier » dans l’épistémologie de la dialectique hégélienne, dont la logique relationnelle, avec ses sauts qualitatifs, paraissait, et était bien, beaucoup plus appropriée pour décrire et expliquer l’évolution de la société et la praxis du sujet social qu’ils cherchaient à bouleverser radicalement. Néanmoins, quand la physique se mit à étudier le comportement de la matière à l’échelle atomique, le caractère aléatoire de son comportement, elle rompit (l’inévitable) camisole de force du déterminisme de Newton et Laplace. De nouvelles connaissances commencèrent à inciser ce qu’on pouvait considérer comme l’ « expérience évidente » de chaque époque et ses critères de vérité. Parmi eux, le principe d’incertitude de Heisenberg qui, bien qu’il fut formulé sur la relation entre le sujet connaissant et l’objet de recherche à l’échelle de l’atome, peut servir de vigile conceptuel à toute déviation scientiste. De la même manière, on a compris que la « certitude », à savoir un état d’absence total de doute, ne peut se rencontrer que dans des contextes déterminés de systèmes tautologiques, comme les mathématiques et la logique, alors que tout système empirique appartient à la classe logique des systèmes probabilistes ; il en est de même avec les démonstrations de Goedel sur la consistance systémique de supposés mathématiques déterminés, qui n’est pas vérifiable, étant donné que tout système logique de complexité déterminée est, par définition, incomplet (Théorème de l’état incomplet) ; avec l’introduction de la vérité relationnelle (la dialectique de Hegel), et les concepts d’espace et de temps d’Einstein ; la capacité interprétative limitée de toute théorie, révélée à travers ses paradoxes (temporaires), comme le caractère dual de la lumière, paradoxes qui se multiplièrent avec la physique quantique et en dernier lieu mais non le moindre, avec la fréquente incapacité de la validation empirique ad hoc ou instantanée de l’hypothèse, comme dans le cas du théorème de l’état de la matière connu comme le « condensé Bose-Einstein » (BEC) , théorème établi en 1924 et vérifié à peine 71 ans plus tard, en 1995.

Heinz Dieterich

 Source : Aporrea http://www.aporrea.org/ Traduit de l’espagnol par Max Keler, pour Révolution Bolivarienne. *Heinz Dieterich Steffan, d’origine allemande, est professeur et chercheur en Sciences Sociales à l’Université de Mexico (UNAM). Il est l’auteur de très nombreux articles et ouvrages, notamment sur l’Amérique latine. Editorialiste durant 8 ans du grand quotidien « pluraliste » mexicain El Universal, il est brutalement remercié en janvier 2004 pour « propagande chaviste ». Dans un article intitulé « Pro Domo », il indique que sa révocation, révélatrice de la réalité du pluralisme dans la grande presse, s’explique par la pression de 4 vecteurs :

1. L’intervention des golpistes vénézuéliens liés aux milieux anti-cubains de Miami.

2. L’intervention de l’Ambassade d’Israël, indisposée par ses articles dénonçant le terrorisme d’Etat de Sharon contre le peuple palestinien.

3. Les pressions du sous-impérialisme espagnol.

4. Et, last but not least, l’Interventionnisme Permanent de l’Empire.

http://www.legrandsoir.info/article2230.html

6 Réponses

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  1. pierrejcallard said, on 2 juillet 2009 at 01:20

    Voici ce que j’avais écrit il y a quelques temps sur Chavez

    http://nouvellesociete.wordpress.com/2008/03/11/136-lhommage-lige/

    Pierre JC Allard

  2. quebecsocialiste said, on 29 juin 2009 at 02:59

    Certainement Sylvain, la voici:

    http://visionsocialiste.wordpress.com/

  3. sylvainguillemette said, on 27 juin 2009 at 10:32

    Peux-tu me redonner le lien de ton blogue Gabriel, nous allons l’ajouter, avec ceux d’Antho, de Tova et des autres blogueurs dit de gauche. Je vais demander à mon collègue d’accomplir la tâche. Merci.

  4. sylvainguillemette said, on 25 juin 2009 at 11:37

    Je participe à SETI depuis au moins 5 ans, mais j’ai perdu le programme quand je me suis acheté un nouvel ordinateur. Si tu trouves une planète, tu lui donnes ton nom.

    Mais le principe est excellent et démontre qu’un nouveau manifeste pourrait s’écrire de la sorte, tenant compte de toutes conjonctures, partout dans le monde.

    C’est un texte intéressant, même très intéressant. Et il explique fort bien pourquoi Chavez est l’ennemi juré des capitalistes, tant à Washington que dans l’entourage de la monarchie résiduelle espagnole (Juan Carlos et cie). En avant, avec Chavez, et bâtissons un monde communiste.

  5. Sylvain Guillemette said, on 25 juin 2009 at 04:02

    Quand même étonnant que ce vieux débris ait tenté quoique ce soit sur la vie d’autrui, alors que la sienne ne pend qu’à un fil! L’aliénation, c’est payant!

  6. quebecsocialiste said, on 24 juin 2009 at 17:56

    Luis Posada Carilles, appuyé par la CIA et la bourgeoisie locale, a tenté d’assassiner Chavez, ce qui explique pourquoi ce dernier a dû annuler sa visite au El Salvador à la dernière minute.

    http://www.granma.cu/frances/2009/junio/lun22/rtifican.html


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