Quand le matérialisme s'en mêle…

Coup d ‘État au Honduras!

Posted in Bourgeoisie, Capitalisme, Coup d'État, Impérialisme, Ottawa, Paris, Terrorisme, Violence, Washington by sylvainguillemette on 29 juin 2009

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À Téhéran, la semaine dernière, est survenue une crise, laquelle fut en fait créée par les médias capitalistes, eux, à la botte de Washington et des bourgeois qui y siègent –sinon, qu’ils sont eux-mêmes privés, pour la plupart.-. Mais ce matin, un coup d’État, appuyé lui par Washington, fut mis en œuvre au Honduras, où un élu démocratique, un président élu par son peuple, fut enlevé puis jeté en prison au Costa Rica, une alliée de Washington et des bourgeois minoritaires et parasitaires de ce monde.

Manuel Zelaya, un allié de Caracas et de La Havane, bref, un allié du socialisme, fut arrêté par des militaires, lesquels furent eux, enclins, par opportunisme certes, sinon par aliénation ou par endoctrinement idéologique, de participer à cet enlèvement, à ce Coup d’État. Ce dimanche matin, les opposants du président du Honduras ont enlevé ce dernier, ayant lui, pourtant, remporté les urnes de façon totalement démocratiques. Ce faisant, ils ont bafoué les principes mêmes de la dite démocratie, ce qui nous amène à croire, puisqu’aucun média n’en parle, qu’il est permis de faire des coups d’État, lorsque l’on se trouve à droite de l’échiquier économique et qu’il est interdit de le faire, si l’on se trouve à gauche de l’échiquier économique.

La Cour suprême a, elle, soutenu le «putch», déclarant qu’il s’agissait de la défense de la démocratie.  C’est qu’à l’origine, Zelaya promettait de tenir son référendum  et demandait ainsi à la population de se prononcer sur une éventuelle révision de la Constitution, afin de lui permettre de briguer un nouveau mandat en novembre prochain. Cela ne vous rappelle t-il pas quelque chose?

Mais il est importe de se questionner sur l’origine des accusations, puisque la Cour parle ici de démocratie bafouée, alors que justement, cette dite démocratie aurait, malgré un changement constitutionnel de la sorte, dû faire des siennes pour réélire un quelconque se représentant devant le peuple, au-delà du nombre de mandats permis à ce jour. La démocratie n’était donc aucunement en danger ici, mais la Cour, elle, a bafoué cette dite démocratie, au profit des putchistes capitalistes anti-communistes.

Dans un mutisme concertant, Ottawa, qui avait été si vive la semaine dernière envers l’islamiste réélu majoritairement en l’Iran, s’est jusqu’ici tue. Elle n’a toujours pas, à l’heure actuelle, condamné l’odieux, alors que pourtant, voulant donner un semblant de respect de la démocratie au monde entier, ses homologues français et de l’Union Européenne ont eux, condamné fermement le Coup d’État.

Le messie états-unien ne s’est contenté, lui, que de dites «préoccupations» sur la situation. Mais cela va de paire avec ses prétendues inquiétudes de ce qui se passait en Iran, alors que nous savons désormais qu’il y était mêlé de très près, comme tous les présidents états-uniens sont d’ailleurs souvent mêlés de près ou de loin aux coups d’État à travers le monde, et cela ne ravive que quelques préoccupations chez eux également.

En terminant, pourquoi serait-il permis de faire des coups d’État contre la gauche, mais qu’il serait interdit de le faire contre la droite? En quoi, la Cour Suprême du Honduras a-t-elle autorité sur la légitimité de tenir des Coups d’État, plus anticonstitutionnels, eux, que des référendums, mettant soit disant en danger la démocratie, ce qui s’avère faux de plus?

https://i1.wp.com/www.c-fam.org/imgLib/20081218_20081211_Roberto_Micheletti.jpgÀ l’heure qu’il est, la grogne populaire grossit, avec elle, la haine des capitalistes, de par les slogans tenus par les manifestants envers les putchistes. Ce Coup d’État se terminera t-il comme celui tenté contre Hugo Chavez en 2002? Seul le temps saura répondre à cette question. Mais une chose est certaine, le temps ne se sera pas fait attendre longtemps quant à la nomination d’un intérim par les putchistes, puisque Roberto Micheletti a déjà été assermenté!

Des fortes hausses à la bourse, mais encore…

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Ces jours-ci, les médias capitalistes ne cessent de savourer les spectaculaires hausses boursières, les considérant comme la fin de la crise bourgeoise, laquelle fut traitée telle une crise économique mondiale, ce qui n’était pas le cas. Mais d’où viennent ces hausses et quel est la raison les rendant possibles, s’il y a crise?

C’est en fait, assez simple à expliquer. D’une part, les hausses ne reflètent pas nécessairement une reprise des marchés, mais plutôt une opportunité, pour les plus gros, d’avaler les plus petits, donnant ainsi vie aux critiques sur la cartellisation des richesses de Karl Marx. Mais d’une autre part, il s’agit en plus d’une vague médiatique qui fait fi de la réalité, du fait qu’il a fallu plusieurs milliers de milliards pour éponger les dettes bourgeoises, comme par exemple celle du plus gros assureur (AIG) états-unien, sinon des plus gros concessionnaires automobiles, et de plusieurs banques d’envergure internationale. Et sans ces re-financements, rien de tout cela ne serait possible, les hausses n’auraient jamais eu lieu, sinon dans quelques décennies du moins, le temps de tricher d’une autre façon ou d’appuyer sur le bouton RESET.

C’est que, faisant faillite, les banques perdaient également l’avoir de millions d’états-uniens, lesquels consomment, lesquels épargnent, lesquels se préparaient pour leur fin de vie, voire une retraite dorée. Et ce faisant, elles auraient amené, avec elles, à la faillite, tous ces épargnants, ces millions de travailleurs contribuables, puis s’en serait suivi une chute dramatique des bourses, bien plus dramatique que celles enregistrées jusqu’ici. Par exemple, en Argentine, lorsque les banques ont tout perdu, ses bourgeois ont fui le pays, apportant avec eux, ce qui restait des capitaux des épargnants. S’en est, et c’est normal, suivi une tempête de manifestations, lesquelles ont apporté leur lot de changement au sein de ce peuple, comme par exemple le droit d’occuper les usines, sinon de créer des coopératives de travail.

Ainsi, en trichant, les capitalistes ont renfloué les banques, les assureurs et les concessionnaires n’ayant pas su gérer leur entreprise, mais ce, avec l’argent des contribuables, lesquels n’avaient toutefois pas consenti à donner d’avantage de capital à ces exploitants. De fait, sans l’argent des travailleurs contribuables, donc des prolétaires pour la plupart, le tout serait tombé dans la fosse aux faillites, apportant avec eux un lot de misère incomparable, ni vu depuis au moins 1929 –aux États-Unis du moins-. Il faut également rappeler que jamais les épargnants ayant sauvé leurs exploitants n’auront quelconque ristourne sur les capitaux qu’ils viennent, sans le savoir ou le vouloir, d’accorder aux bourgeois.

Mais pire encore, ces capitaux, distribués ici et là, n’existent tout simplement pas, ils sont donc considérés, ici, comme une future dette, laquelle sera partagée parmi les moins nantis et la classe moyenne, en misères et en impôts. Cette dette s’élève déjà à plusieurs milliers de milliards de dollars états-uniens, et ne cesse de grossir, à mesure que les problèmes bourgeois se font connaître.

Nos chers capitalistes auront donc su tirer profit d’une aliénation pratico-totale, afin de préserver leurs avantages, ceux-même qu’ils ont depuis qu’ils exploitent les prolétaires, ces mêmes prolétaires qui aujourd’hui, paient leur note pour mauvaise gestion d’entreprise –Ce qui confirme donc que cette bourgeoisie n’était point méritante en ce qui concerne le «risque», ni le «mérite».-.

Et maintenant, ce sont les serviteurs du capitalisme, ces privilégiés, bien rémunérés, qui annoncent la «bonne nouvelle», les marchés reprennent… Gérald Fillion, le «spécialiste» de l’économie à RDI,  hier, parlait d’une spectaculaire hausse des bourses, sans toutefois noter et préciser aux spectateurs que depuis le début de la crise bourgeoise, déjà plus de 3 000 milliards de capitaux nouveaux furent imprimés et ce, au gré de la demande bourgeoise. Jamais, Fillion ne dira que toute cette hausse ne dépend que des investissements, non-consentis, des travailleurs contribuables. Jamais il ne parlera du fait que, sans cette aide, c’en était terminé de ce système d’exploitation du labeur d’autrui.

Depuis le début de la crise bourgeoise, les pertes d’emploi se multiplient. Aujourd’hui, on estime à 4000 états-uniens par jour, le nombre de personnes perdant leur demeure. Les demandes de chômage sont à la hausse également et sont estimées, elles, à près de 600 000 par semaine. Du jamais vu en 30 ans! Mais tout ceci nous amène à un autre point, celui du risque.

Car il est clair, désormais, plus que jamais, que le risque fut partagé et que donc, la raison que clamaient les capitalistes pour extirper une valeur-ajoutée du labeur des prolétaires, n’était en rien réelle ou fondée. Aujourd’hui, ce ne sont pas les bourgeois de ces entreprises touchées par de la mauvaise gestion qui tombent comme des mouches, mais bien leurs exploités, ces prolétaires contribuables, comme anciennement, comme toujours. Mais aussi, permettons-nous de répéter que la gestion, non saine, de ces entreprises, était également une revendication servie par la bourgeoisie pour légitimer l’exploitation massive des travailleurs contribuables, eux, majoritaires dans toutes sociétés.

Bref, que ces hausses dont nous parlent ces capitalistes, sinon ses défenseurs, sont intimement reliées au dépouillement futur des prolétaires, lesquels paieront pendant des décennies des dettes, dont plusieurs milliers de milliards, tout ça, aux seules fins de permettre aux bourgeois minoritaires et parasitaires de se soustraire de leur responsabilité et de perpétuer leur exploitation de notre labeur à nous, les prolétaires majoritaires.

Il est donc également légitime, de clamer haut et fort, un changement de système économique, afin que les travailleurs soient considérés, afin qu’on extermine le droit d’exploiter le labeur d’autrui et afin qu’on ne permette plus jamais ces pillages.

Jusqu’ici, l’aventure bourgeoise états-unienne aura coûté plusieurs milliers de milliards de dollars, des dollars qui n’existent que sur facture. Que cette dette future aux prolétaires n’y gêne pas au passage, les «Gérald Fillion», sinon les autres capitalistes convaincus, cela va de paire avec leur aliénation, sinon avec les privilèges qu’ils ont trouvés à ce système parasitaire. Il en va sinon, de simple égoïsme, et d’imbécilité, donc d’aveuglement idéologique.

Les bourses sont des leurres, le capitalisme est mort, construisons maintenant le socialisme, puis le communisme! Place à l’évolution! Place à la révolution!

La « révolution colorée » échoue en Iran par Thierry Meyssan


La « révolution verte » de Téhéran est le dernier avatar des « révolutions colorées » qui ont permis aux États-unis d’imposer des gouvernements à leur solde dans plusieurs pays sans avoir à recourir à la force. Thierry Meyssan, qui a conseillé deux gouvernements face à ces crises, analyse cette méthode et les raisons de son échec en Iran.

Les « révolution colorées » sont aux révolutions ce que le Canada Dry est à la bière. Elles y ressemblent, mais n’en ont pas la saveur. Ce sont des changements de régime ayant l’apparence d’une révolution, en ce qu’ils mobilisent de vastes segments du Peuple, mais relevant du coup d’État, en ce qu’il ne visent pas à changer les structures sociales, mais à substituer une élite à une autre pour conduire une politique économique et étrangère pro-US. La « révolution verte » de Téhéran en est le dernier exemple.

Origine du concept

Ce concept est apparu dans les années 90, mais trouve ses origines dans les débats US des années 70-80. Après les révélations en chaîne sur les coups d’État fomentés par la CIA dans le monde, et le grand déballage des commissions parlementaires Church et Rockefeller [1], l’amiral Stansfield Turner fut chargé par le président Carter de nettoyer l’agence et de cesser tout soutien aux « dictatures maison ». Furieux, les sociaux démocrates états-uniens (SD/USA) quittèrent le Parti démocrate et rejoignirent Ronald Reagan. Il s’agissait de brillants intellectuels trotskistes [2], souvent liés à la revue Commentary. Lorsque Reagan fut élu, il leur confia la tâche de poursuivre l’ingérence US, mais par d’autres moyens. C’est ainsi qu’ils créent en 1982 la National Endowment for Democracy (NED) [3] et, en 1984, l’United States Institute for Peace (USIP). Les deux structures sont organiquement liées : des administrateurs de la NED siègent au conseil d’administration de l’USIP et vice-versa.

Juridiquement, la NED est une association à but non lucratif, de droit US, financée par une subvention annuelle votée par le Congrès à l’intérieur du budget du département d’État. Pour mener ses actions, elle les fait co-financer par l’US Agency for International Development (USAID), elle-même rattachée au département d’État.
En pratique, cette structure juridique n’est qu’un paravent utilisé conjointement par la CIA états-unienne, le MI6 britannique et l’ASIS australien (et occasionnellement par les services canadiens et néo-zélandais).
La NED se présente comme un organe de « promotion de la démocratie ». Elle intervient soit directement ; soit par ses quatre tentacules : l’une destinée à corrompre les syndicats, une seconde chargée de corrompre les patronats, une troisième pour les partis de gauche et une quatrième pour ceux de droite ; soit encore par l’intermédiaire de fondations amies, telles que la Westminster Foundation for Democracy (Royaume-Uni), l’International Center for Human Rights and Democratic Development (Canada), la Fondation Jean-Jaurès et la Fondation Robert-Schuman (France), l’International Liberal Center (Suède), l’Alfred Mozer Foundation (Pays-Bas), la Friedrich Ebert Stiftung, la Friedrich Naunmann Stiftung, la Hans Seidal Stiftung et la Heinrich Boell Stiftung (Allemagne). La NED revendique avoir corrompu ainsi plus de 6 000 organisations dans le monde en une trentaine d’années. Tout ça, bien entendu, étant camouflé sous l’apparence de programmes de formation ou d’assistance.

L’USIP, quant à lui, est une institution nationale états-unienne. Il est subventionné annuellement par le Congrès dans le budget du département de la Défense. À la différence de la NED, qui sert de couverture aux services des trois États alliés, l’USIP est exclusivement états-unien. Sous couvert de recherche en sciences politique, il peut salarier des personnalités politiques étrangères.

Dès qu’il a disposé de ressources, l’USIP a financé une nouvelle et discrète structure, l’Albert Einstein Institution [4]. Cette petite association de promotion de la non-violence était initialement chargée d’imaginer une forme de défense civile pour les populations d’Europe de l’Ouest en cas d’invasion par le Pacte de Varsovie. Elle a rapidement pris son autonomie et modélisé les conditions dans lesquelles un pouvoir étatique, de quelque nature qu’il soit, peut perdre son autorité et s’effondrer.

Premières tentatives

La première tentative de « révolution colorée » a échoué en 1989. Il s’agissait de renverser Deng Xiaoping en s’appuyant sur un de ses proches collaborateurs, le secrétaire général du Parti communiste chinois Zhao Ziyang, de manière à ouvrir le marché chinois aux investisseurs états-uniens et à faire entrer la Chine dans l’orbite US. Les jeunes partisans de Zhao envahirent la place Tienanmen [5]. Ils furent présentés par les médias occidentaux comme des étudiants a-politiques se battant pour la liberté face à l’aile traditionnelle du Parti, alors qu’il s’agissait d’une dissidence à l’intérieur du courant de Deng entre nationalistes et pro-US. Après avoir longtemps résisté aux provocations, Deng décida de conclure par la force. La répression fit entre 300 et 1000 morts selon les sources.
20 ans plus tard, la version occidentale de ce coup d’État raté n’a pas variée. Les médias occidentaux qui ont couvert récemment cet anniversaire en le présentant comme une « révolte populaire » se sont étonnés de ce que les Pékinois n’ont pas gardé souvenir de l’événement. C’est qu’une lutte de pouvoir au sein du Parti n’avait rien de « populaire ». Ils ne se sentaient pas concernés.

La première « révolution colorée » réussit en 1990. Alors que l’Union soviétique était en cours de dissolution, le secrétaire d’État James Baker se rendit en Bulgarie pour participer à la campagne électorale du parti pro-US, abondamment financé par la NED [6]. Cependant, malgré les pressions du Royaume-Uni, les Bulgares, effrayés par les conséquences sociales du passage de l’URSS à l’économie de marché, commirent l’impardonnable faute d’élire au Parlement une majorité de post-communistes. Alors que les observateurs de la Communauté européenne certifièrent la bonne tenue du scrutin, l’opposition pro-US hurla à la fraude électorale et descendit dans la rue. Elle installa un campement au centre de Sofia et plongea le pays dans le chaos six mois durant, jusqu’à ce que le Parlement élise le pro-US Zhelyu Zhelev comme président.

La « démocratie » : vendre son pays à des intérêts étrangers à l’insu de sa population

Depuis lors, Washington n’a cessé d’organiser des changements de régime, un peu partout dans le monde, par l’agitation de rue plutôt que par des juntes militaires. Il importe ici de cerner les enjeux.
Au-delà du discours lénifiant sur la « promotion de la démocratie », l’action de Washington vise à l’imposition de régimes qui lui ouvrent sans conditions les marchés intérieurs et s’alignent sur sa politique étrangère. Or, si ces objectifs sont connus des dirigeants des « révolutions colorées », ils ne sont jamais discutés et acceptés par les manifestants qu’ils mobilisent. Et, dans le cas où ces coup d’État réussissent, les citoyens ne tardent pas à se révolter contre les nouvelles politiques qu’on leur impose, même s’il est trop tard pour revenir en arrière.
Par ailleurs, comment peut-on considérer comme « démocratiques » des oppositions qui, pour prendre le pouvoir, vendent leur pays à des intérêts étrangers à l’insu de leur population ?

En 2005, l’opposition kirghize conteste le résultat des élections législatives et amène à Bichkek des manifestants du Sud du pays. Ils renversent le président Askar Akaïev. C’est la « révolution des tulipes ». L’Assemblée nationale élit comme président le pro-US Kourmanbek Bakiev. Ne parvenant pas à maîtriser ses supporters qui pillent la capitale, ils déclare avoir chassé le dictateur et feint de vouloir créer un gouvernement d’union nationale. Il fait sortir de prison le général Felix Kulov, ancien maire de Bichkek, et le nomme ministre de l’Intérieur, puis Premier ministre. Lorsque la situation est stabilisée, Bakaiev se débarrasse de Kulov et vend, sans appel d’offre et avec des dessous de table conséquents, les quelques ressources du pays à des sociétés US et installe une base militaire US à Manas. Le niveau de vie de la population n’a jamais été aussi bas. Felix Kulov propose de relever le pays en le fédérant, comme par le passé, à la Russie. Il ne tarde pas à retourner en prison.

Un mal pour un bien ?

On objecte parfois, dans le cas d’États soumis à des régimes répressifs, que si ces « révolutions colorées » n’apportent qu’une démocratie de façade, elles procurent néanmoins un mieux-être aux populations. Or, l’expérience montre que rien n’est moins sûr. Les nouveaux régimes peuvent s’avérer plus répressifs que les anciens.

En 2003, Washington, Londres et Paris [7] organisent la « révolution des roses » en Géorgie [8]. Selon un schéma classique, l’opposition dénonce des fraudes électorales lors des élections législatives et descend dans la rue. Les manifestants contraignent le président Edouard Chevardnadze à fuir et prennent le pouvoir. Son successeur Mikhail Saakachvili ouvre le pays aux intérêts économiques US et rompt avec le voisin russe. L’aide économique promise par Washington pour se substituer à l’aide russe ne vient pas. L’économie, déjà compromise, s’effondre. Pour continuer à satisfaire ses commanditaires, Saakachvili doit imposer une dictature [9]. Il ferme des médias et remplit les prisons, ce qui n’empêche absolument pas la presse occidentale de continuer à le présenter comme « démocrate ». Condamné à la fuite en avant, Saakachvili décide de se refaire une popularité en se lançant dans une aventure militaire. Avec l’aide de l’administration Bush et d’Israël auquel il a loué des bases aériennes, il bombarde la population d’Ossétie du Sud, faisant 1600 morts, dont la plupart ont la double nationalité russe. Moscou riposte. Les conseillers états-uniens et israéliens s’enfuient [10]. La Géorgie est dévastée.

Assez !

Le mécanisme principal des « révolutions colorées » consiste à focaliser le mécontentement populaire sur la cible que l’on veut abattre. Il s’agit d’un phénomène de psychologie des masses qui balaye tout sur son passage et auquel aucun obstacle raisonnable ne peut être opposé. Le bouc-émissaire est accusé de tous les maux qui accablent le pays depuis au moins une génération. Plus il résiste, plus la colère de la foule croît. Lorsqu’il cède ou qu’il esquive, la population retrouve ses esprits, les clivages raisonnables entre ses partisans et ses opposants réapparaissent.

En 2005, dans les heures qui suivent l’assassinat de l’ex-Premier ministre Rafik Hariri, la rumeur se répand au Liban qu’il a été tué par « les Syriens ». L’armée syrienne, qui —en vertu de l’Accord de Taëf— maintient l’ordre depuis la fin de la guerre civile, est conspuée. Le président syrien, Bachar el-Assad, est personnellement mis en cause par les autorités états-uniennes, ce qui tient lieu de preuve pour l’opinion publique. À ceux qui font remarquer que —malgré des moments orageux— Rafik Hariri a toujours été utile à la Syrie et que sa mort prive Damas d’un collaborateur essentiel, on rétorque que le « régime syrien » est si mauvais en soi qu’il ne peut s’empêcher de tuer même ses amis. Les Libanais appellent de leurs vœux un débarquement des GI’s pour chasser les Syriens. Mais, à la surprise générale, Bachar el-Assad, considérant que son armée n’est plus la bienvenue au Liban alors que son déploiement lui coûte cher, retire ses hommes. Des élections législatives sont organisées qui voient le triomphe de la coalition « anti-syrienne ». C’est la « révolution du cèdre ». Lorsque la situation se stabilise, chacun se rend compte et que, si des généraux syriens ont par le passé pillé le pays, le départ de l’armée syrienne ne change rien économiquement. Surtout, le pays est en danger, il n’a plus les moyens de se défendre face à l’expansionnisme du voisin israélien. Le principal leader « anti-syrien », le général Michel Aoun, se ravise et passe dans l’opposition. Furieux, Washington multiplie les projets pour l’assassiner. Michel Aoun s’allie au Hezbollah autour d’une plate-forme patriotique. Il était temps : Israël attaque.

Dans tous les cas, Washington prépare à l’avance le gouvernement « démocratique », ce qui confirme bien qu’il s’agit d’un coup d’État déguisé. La composition de la nouvelle équipe est gardée secrète le plus longtemps possible. C’est pourquoi la désignation du bouc-émissaire se fait sans jamais évoquer d’alternative politique.

En Serbie, les jeunes « révolutionnaires » pro-US ont choisi un logo appartenant à l’imaginaire communiste (le poing levé) pour masquer leur subordination aux États-Unis. Ils ont pris comme slogan « Il est fini ! », fédérant ainsi les mécontents contre la personnalité de Slobodan Milosevic qu’ils ont rendu responsable des bombardements du pays pourtant effectués par l’OTAN. Ce modèle a été dupliqué en nombre, par exemple le groupe Pora ! en Ukraine, ou Zubr en Biélorussie.

Une non-violence de façade

Les communicants du département d’État veillent à l’image non-violente des « révolutions colorées ». Toutes mettent en avant les théories de Gene Sharp, fondateur de l’Albert Einstein Institution. Or, la non-violence est une méthode de combat destinée à convaincre le pouvoir de changer de politique. Pour qu’une minorité s’empare du pouvoir et l’exerce, il lui faut toujours, à un moment ou à une autre, utiliser la violence. Et toutes les « révolutions colorées » l’ont fait.

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Srdja Popovic (à gauche), leader serbe du mouvement Otpor, Gene Sharp, fondateur de l’Albert Einstein Institution (au centre) et son adjoint le colonel Robert Helvey, doyen de l’École de formation des attachés militaires d’ambassade.

En 2000, alors que le mandat du président Slobodan Milosevic courait encore pour un an, il convoqua des élections anticipées. Lui-même et son principal opposant, Vojislav Koštunica, se retrouvèrent en ballotage. Sans attendre le second tour de scrutin, l’opposition cria à la fraude et descendit dans la rue. Des milliers de manifestants affluèrent vers la capitale, dont les mineurs de Kolubara. Leurs journées de travail étaient indirectement payées par la NED, sans qu’ils aient conscience d’être rémunérés par les États-Unis. La pression de la manifestation étant insuffisante, les mineurs attaquèrent des bâtiments publics avec des bulldozers qu’ils avaient acheminé avec eux, d’où le nom de « révolution des bulldozers ».

Dans le cas où la tension s’éternise et que des contre-manifestations s’organisent, la seule solution pour Washington est de plonger le pays dans le chaos. Des agents provocateurs sont alors postés dans les deux camps qui tirent sur la foule. Chaque partie peut constater que ceux d’en face ont tiré alors qu’ils s’avançaient pacifiquement. L’affrontement se généralise.

En 2002, la bourgeoisie de Caracas descend dans la rue pour conspuer la politique sociale du président Hugo Chavez [11]. Par d’habiles montages, les télévisions privées donnent l’impression d’une marée humaine. Ils sont 50 000 selon les observateurs, 1 million d’après la presse et le département d’État. Survient alors l’incident du pont Llaguno. Les télévisions montrent clairement des pro-chavistes armes à la main tirant sur la foule. Dans une conférence de presse, le général de la Garde nationale et vice-ministre de la sécurité intérieure confirme que les « milices chavistes » ont tiré sur le peuple faisant 19 morts. Il démissionne et appelle au renversement de la dictature. Le président ne tarde pas à être arrêté par des militaires insurgés. Mais le Peuple par millions descend dans la capitale et rétablit l’ordre constitutionnel.
Une enquête journalistique ultérieure reconstituera en détail la tuerie du pont Llaguno. Elle mettra en évidence un montage fallacieux des images, dont l’ordre chronologique a été falsifié comme l’attestent les cadrans des montres des protagonistes. En réalité, ce sont les chavistes qui étaient agressés et qui, après s’être repliés, tentaient de se dégager en utilisant des armes à feu. Les agents provocateurs étaient des policiers locaux formés par une agence US [12].

En 2006, la NED réorganise l’opposition au président kenyan Mwai Kibaki. Elle finance la création du Parti orange de Raila Odinga. Celui-ci reçoit le soutien du sénateur Barack Obama, accompagné de spécialistes de la déstabilisation (Mark Lippert, actuel chef de cabinet du conseiller de sécurité nationale, et le général Jonathan S. Gration, actuel envoyé spécial du président US pour le Soudan). Participant à un meeting d’Odinga, le sénateur de l’Illinois s’invente un vague lien de parenté avec le candidat pro-US. Cependant Odinga perd les élections législatives de 2007. Soutenu par le sénateur John McCain, en sa qualité de président de l’IRI (le pseudopode républicain de la NED), il conteste la sincérité du scrutin et appelle ses partisans à descendre dans la rue.
C’est alors que des messages SMS anonymes sont diffusés en masse aux électeurs de l’ethnie Luo. « Chers Kenyans, les Kikuyu ont volé l’avenir de nos enfants…nous devons les traiter de la seule manière qu’ils comprennent… la violence ». Le pays, pourtant un des plus stables d’Afrique, s’embrase soudainement. Après des journées d’émeutes, le président Kibaki est contraint d’accepter la médiation de Madeleine Albright, en sa qualité de présidente du NDI (le pseudopode démocrate de la NED). Un poste de Premier ministre est créé qui revient à Odinga. Les SMS de la haine n’ayant pas été envoyés depuis des installations kenyanes, on se demande quelle puissance étrangère a pu les expédier.

La mobilisation de l’opinion publique internationale

Au cours des dernières années, Washington a eu l’occasion de lancer des « révolutions colorées » avec la conviction qu’elles échoueraient à prendre le pouvoir mais qu’elle permettrait de manipuler l’opinion publique et les institutions internationales.

En 2007, de nombreux Birmans s’insurgent contre l’augmentation des prix du fuel domestique. Les manifestations dégénèrent. Les moines bouddhistes prennent la tête de la contestation. C’est la « révolution safran » [13]. En réalité, Washington n’a que faire du régime de Rangoon ; ce qui l’intéresse, c’est d’instrumenter le Peuple birman pour faire pression sur la Chine qui a des intérêts stratégiques en Birmanie (pipelines et base militaire de renseignement électronique). Dès lors, l’important est de mettre en scène la réalité. Des images prises par des téléphones portables apparaissent sur YouTube. Elles sont anonymes, invérifiables et hors contexte. Précisément, leur apparente spontanéité leur donne autorité. La Maison-Blanche peut imposer son interprétation des vidéos.

Plus récemment, en 2008, des manifestations estudiantines paralysent la Grèce à la suite du meurtre d’un jeune homme de 15 ans par un policier. Rapidement des casseurs font leur apparition. Ils ont été recrutés au Kosovo voisin et acheminés par autobus. Les centre-villes sont saccagés. Washington cherche à faire fuir les capitaux vers d’autres cieux et à se réserver le monopole des investissements dans les terminaux gaziers en construction. Une campagne de presse va donc faire passer le poussif gouvernement Karamanlis pour celui des colonels. Facebook et Twittter sont utilisés pour mobiliser la diaspora grecque. Les manifestations s’étendent à Istanbul, Nicosie, Dublin, Londres, Amsterdam, La Haye, Copenhague, Francfort, Paris, Rome, Madrid, Barcelone, etc.

La révolution verte

L’opération conduite en 2009 en Iran s’inscrit dans cette longue liste de pseudos révolutions. En premier lieu, le Congrès vote en 2007 une enveloppe de 400 millions de dollars pour « changer le régime » en Iran. Celle-ci s’ajoute aux budgets ad hoc de la NED, de l’USAID, de la CIA et tutti quanti. On ignore comment cet argent est utilisé, mais trois groupes principaux en sont destinataires : la famille Rafsandjani, la famille Pahlevi, et les Moudjahidines du peuple.

L’administration Bush prend la décision de commanditer une « révolution colorée » en Iran après avoir confirmé la décision de l’état-major de ne pas attaquer militairement ce pays. Ce choix est validé par l’administration Obama. Par défaut, on rouvre donc le dossier de « révolution colorée », préparé en 2002 avec Israël au sein de l’American Enterprise Institute. À l’époque j’avais publié un article sur ce dispositif [14]. Il suffit de s’y reporter pour identifier les protagonistes actuels : il a été peu modifié. Une partie libanaise a été ajoutée prévoyant un soulèvement à Beyrouth en cas de victoire de la coalition patriotique (Hezbollah, Aoun) aux élections législatives, mais elle a été annulée.

Le scénario prévoyait un soutien massif au candidat choisi par l’ayatollah Rafsandjani, la contestation des résultats de l’élection présidentielle, des attentats tous azimuts, le renversement du président Ahmadinejad et du guide suprême l’ayatollah Khamenei, l’installation d’un gouvernement de transition dirigé par Mousavi, puis la restauration de la monarchie et l’installation d’un gouvernement dirigé par Sohrab Shobani.

Comme imaginé en 2002, l’opération a été supervisée par Morris Amitay et Michael Ledeen. Elle a mobilisé en Iran les réseaux de l’Irangate.
Ici un petit rappel historique est nécessaire. L’Irangate est une vente d’armes illicite : la Maison-Blanche souhaitait approvisionner en armes les Contras nicaraguayens (pour lutter contre les sandinistes) d’une part et l’Iran d’autre part (pour faire durer jusqu’à épuisement la guerre Iran-Irak), mais en était interdit par le Congrès. Les Israéliens proposèrent alors de sous-traiter les deux opérations à la fois. Ledeen, qui est double national États-unien/Israélien sert d’agent de liaison à Washington, tandis que Mahmoud Rafsandjani (le frère de l’ayatollah) est son correspondant à Téhéran. Le tout sur fond de corruption généralisée. Lorsque le scandale éclate aux États-Unis, une commission d’enquête indépendante est dirigée par le sénateur Tower et le général Brent Scowcroft (le mentor de Robert Gates).
Michael Ledeen est un vieux briscard des opérations secrètes. On le trouve à Rome lors de l’assassinat d’Aldo Moro, on le retrouve dans l’invention de la piste bulgare lors de l’assassinat de Jean-Paul II, ou plus récemment dans l’invention de l’approvisionnement de Saddam Hussein en uranium nigérian. Il travaille aujourd’hui à l’American Enterprise Institute [15] (aux côtés de Richard Perle et Paul Wolfowitz) et à la Foundation for the Defense of Democracies [16].
Morris Amitay est ancien directeur de l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC). Il est aujourd’hui vice-président du Jewish Institute for National Security Affairs (JINSA) et directeur d’un cabinet conseil pour de grandes firmes d’armement.

Le 27 avril dernier, Morris et Ledeen organisaient un séminaire sur l’Iran à l’American Enterprise Institute à propos des élections iraniennes, autour du sénateur Joseph Lieberman. Le 15 mai dernier, nouveau séminaire. La partie publique consistait en une table ronde animée par l’ambassadeur John Bolton à propos du « grand marchandage » : Moscou accepterait-il de laisser tomber Téhéran en échange du renoncement de Washington au bouclier anti-missile en Europe centrale ? L’expert français Bernard Hourcade participait à ces échanges. Simultanément, l’Institut lançait un site internet destiné à la presse dans la crise à venir : IranTracker.org. Le site inclut une rubrique sur les élections libanaises.

En Iran, il appartenait à l’ayatollah Rafsandjani de renverser son vieux rival, l’ayatollah Khamenei. Issu d’une famille d’agriculteurs, Hachemi Rafsandjani a fait fortune dans la spéculation immobilière sous le Chah. Il est devenu le principal grossiste en pistaches du pays et a arrondi sa fortune durant l’Irangate. Ses avoirs sont évalués à plusieurs milliards de dollars. Devenu l’homme le plus riche d’Iran, il a été successivement président du parlement, président de la République et aujourd’hui président du Conseil de discernement (instance d’arbitrage entre le parlement et le Conseil des gardiens de la constitution). Il représente les intérêts du bazar, c’est-à-dire des commerçants de Téhéran.
Durant la campagne électorale, Rafsandjani avait fait promettre à son ex-adversaire devenu son poulain, Mirhossein Mousavi, de privatiser le secteur pétrolier.

Sans connexion aucune avec Rafsandjani, Washington a fait appel aux Moudjahidines du peuple [17]. Cette organisation protégée par le Pentagone est considérée comme terroriste par le département d’État et l’a été par l’Union européenne. Elle a effectivement mené de terribles opérations dans les années 80, dont un méga-attentat qui coûta la vie à l’ayatollah Behechti ainsi qu’à quatre ministre, six ministres adjoints et le quart du groupe parlementaire du Parti de la république islamique. L’organisation est commandée par Massoud Rajavi, qui épouse en première noces la fille du président Bani Sadr, puis la cruelle Myriam en seconde noces. Son siège est installé en région parisienne et ses bases militaires en Irak, d’abord sous la protection de Saddam Husein, puis aujourd’hui sous celle du département de la Défense. Ce sont les Moudjahidines qui ont assuré la logistique des attentats à la bombe durant la campagne électorale [18]. C’est à eux qu’il revenait de provoquer des accrochages entre militants pro et anti-Ahmadinejad, ce qu’ils ont probablement fait.

Dans le cas où le chaos se serait installé, le Guide suprême aurait pu être renversé. Un gouvernement de transition, dirigé par Mirhussein Mousavi aurait privatisé le secteur pétrolier et rétabli la monarchie. Le fils de l’ancien Shah, Reza Cyrus Pahlavi, serait remonté sur le trône et aurait désigné Sohrab Sobhani comme Premier ministre.
Dans cette perspective, Reza Pahlavi a publié en février un livre d’entretiens avec le journaliste français Michel Taubmann. Celui-ci est directeur du bureau d’information parisien d’Arte et préside le Cercle de l’Observatoire, le club des néo-conservateurs français.
On se souvient que Washington avait prévu identiquement le rétablissement de la monarchie en Afghanistan. Mohammed Zaher Shah devait reprendre son trône à Kaboul et Hamid Karzai devait être son Premier ministre. Malheureusement, à 88 ans, le prétendant était devenu sénile. Karzai devint donc président de la République. Comme Karzai, Sobhani est double national états-unien. Comme lui, il travaille dans le secteur pétrolier de la Caspienne.

Côté propagande, le dispositif initial était confié au cabinet Benador Associates. Mais il a évolué sous l’influence de l’assistante du secrétaire d’État pour l’Éducation et la Culture, Goli Ameri. Cette iranienne-états-unienne est une ancienne collaboratrice de John Bolton. Spécialiste des nouveaux médias, elle a mis en place des programmes d’équipement et de formation à l’internet pour les amis de Rafsandjani. Elle a aussi développé des radios et télévisions en langue farsi pour la propagande du département d’État et en coordination avec la BBC britannique.

La déstabilisation de l’Iran a échoué parce que le principal ressort des « révolutions colorées » n’a pas été correctement activé. MirHussein Mousavi n’est pas parvenu à cristalliser les mécontentements sur la personne de Mahmoud Ahmadinejad. Le Peuple iranien ne s’est pas trompé, il n’a pas rendu le président sortant responsables des conséquences des sanctions économiques états-uniennes sur le pays. Dès lors, la contestation s’est limitée à la bourgeoisie des quartiers nord de Téhéran. Le pouvoir s’est abstenu d’opposer des manifestations les unes contre les autres et a laissé les comploteurs se découvrir.
Cependant, il faut admettre que l’intoxication des médias occidentaux a fonctionné. L’opinion publique étrangère a réellement cru que deux millions d’Iraniens étaient descendus dans la rue, lorsque le chiffre réel est au moins dix fois inférieur. Le maintien en résidence des correspondants de presse a facilité ces exagérations en les dispensant de fournir les preuves de leurs imputations.

Ayant renoncé à la guerre et échoué à renverser le régime, quelle carte reste-t-il dans les mains de Barack Obama ?

 Thierry Meyssan
Analyste politique, fondateur du Réseau Voltaire. Dernier ouvrage paru : L’Effroyable imposture 2 (le remodelage du Proche-Orient et la guerre israélienne contre le Liban).[1] Les multiples rapports et documents publiés par ces commissions sont disponibles en ligne sur le site The Assassination Archives and Research Center. Les principaux extraits des rapports ont été traduits en français sous le titre Les Complots de la CIA, manipulations et assassinats, Stock, 1976, 608 pp.

[2] « Les New York Intellectuals et l’invention du néo-conservatisme », par Denis Boneau, Réseau Voltaire, 26 novembre 2004.

[3] « La NED, nébuleuse de l’ingérence démocratique », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 22 janvier 2004.

[4] « L’Albert Einstein Institution : la non-violence version CIA », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 4 janvier 2005.

[5] « Tienanmen, 20 ans après », par le professeur Domenico Losurdo, Réseau Voltaire, 9 juin 2009.

[6] À l’époque, la NED s’appuie en Europe orientale sur la Free Congress Foundation (FCF), animée par des républicains. Par la suite, cette organisation disparaît et cède la place à la Soros Foundation, animée par des démocrates, avec laquelle la NED fomente de nouveaux « changements de régime ».

[7] Soucieux d’apaiser les relations franco-US après la crise irakienne, le président Jacques Chirac tente de se rapprocher de l’administration bush sur le dos des Géorgiens, d’autant que la France a des intérêts économiques en Géorgie. Salomé Zourabichvili, n°2 des services secrets français, est nommée ambassadrice à Tbilissi, puis change de nationalité et devient ministre des Affaires étrangères de la « révolution des roses ».

[8] « Les dessous du coup d’État en Géorgie », par Paul Labarique, Réseau Voltaire, 7 janvier 2004.

[9] « Géorgie : Saakachvili jette son opposition en prison » et « Manifestations à Tbilissi contre la dictature des roses », Réseau Voltaire, 12 septembre 2006 et 30 septembre 2007.

[10] L’administration Bush espérait que ce conflit ferait diversion. Les bombardiers israéliens devaient simultanément décoller de Géorgie pour frapper l’Iran voisin. Mais, avant même d’attaquer les installations militaires géorgiennes, la Russie bombarde les aéroports loués à Israël et cloue ses avions au sol.

[11] « Opération manquée au Venezuela », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 18 mai 2002.

[12] Llaguno Bridge. Keys to a Massacre. Documentaire d’Angel Palacios, Panafilms 2005.

[13] « Birmanie : la sollicitude intéressée des États-Unis », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 5 novembre 2007.

[14] « Les bonnes raisons d’intervenir en Iran », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 12 février 2004.

[15] « L’Institut américain de l’entreprise à la Maison-Blanche », Réseau Voltaire, 21 juin 2004.

[16] « Les trucages de la Foundation for the Defense of Democracies », Réseau Voltaire, 2 février 2005.

[17] « Les Moudjahidin perdus », par Paul Labarique, Réseau Voltaire, 17 février 2004.

[18] « Le Jundallah revendique des actions armées aux côtés des Moudjahidines du Peuple », Réseau Voltaire, 13 juin 2009.

Source: http://www.voltairenet.org/article160721.html

La Révolution Mondiale passe par Hugo Chavez, par Heinz Dieterich.

Posted in Uncategorized by Jean-Sébastien Vézina-Girard on 24 juin 2009

[ La solution séculière de XXIe siècle est la suivante : comme on n’a pas accès aux supers ordinateurs de marque Marx, Engels ou Einstein, il nous faut les remplacer, jusqu’à l’apparition de nouveaux, par les réseaux d’ordinateurs personnels, dont la capacité cumulée de traitement des données est comparable à celle des supers ordinateurs ; en espérant, de plus, qu’à un moment se produiront les transitions de phase (sauts qualitatifs) du processus vers les nouveaux paradigmes de la civilisation post-capitaliste. ]

A Luis Eduardo Guerra, victime du terrorisme d’Etat d’Alvaro Uribe. Aporrea des 2, 5 et 12 mars 2005

1. Chavez, Simon Rodriguez et Napoléon Bonaparte

 Hugo Chavez s’est mis à la tête de la Révolution Mondiale en définissant comme une nécessité théorico-pratique mondiale l’ « invention du socialisme du XXIe siècle », à savoir un socialisme « adapté au siècle nouveau ». Par cette déclaration le Président vénézuélien dépasse le Projet Historique du Libérateur et se rapproche du Projet Historique mondial de son maître : Simon Rodriguez. Le caractère de classe du projet de Simon Bolivar reflétait le programme le plus avancé de la bourgeoisie européenne progressiste, de portée sous-continentale et configuré, comme le soulignait Andrés Bello (grand écrivain et poète vénézuélien, 1781-1865, ndt) en son temps et comme le disait le Parti Communiste colombien en 1980, « avec les essences de l’Amérique en marche ». Il s’agissait de la libération de l’Amérique latine et des Caraïbes et de l’intégration de ses fragments libérés dans une grande république progressiste. Simon Rodriguez souscrivait à ce projet de transition régionale-anticoloniale mais y ajoutait une dimension universelle et stratégique : la libération de l’humanité par le socialisme. Le projet socialiste était utopique, c’est-à-dire irréalisable. Aujourd’hui les deux dimensions coïncident dans le Nouveau Projet Historique (NPH) du Bloc Régional de Pouvoir Latino-américain (BRPL) et du « Socialisme du XXIe siècle ». Réalité virtuelle stratégique et réalité présente comme statu quo et potentiel se rencontrent. Deux cents ans après Simon Rodriguez l’Angelus Novus de l’histoire est enfin parvenu à plier ses ailes pour s’arrêter devant la tragédie de l’humanité et intervenir comme remède aux victimes de la civilisation du capital, et en particulier, du « petit genre humain » latino-américain ». Dans ce grand drame historique, Hugo Chavez non seulement dépasse la portée géopolitique de la praxis de libération de Simon Bolivar, mais agit, objectivement, sur un autre projet de classe et avec d’autres moyens, à l’instar de Napoléon Bonaparte. Bonaparte était le « gérant de l’esprit mondial », disait le génial philosophe G.W.F. Hegel. Mais dans son langage théologisant, « esprit mondial » était un code pour « bourgeoisie mondiale » et en ce sens, le Français n’était rien d’autre que le Commandant en Chef des intérêts conjoints des bourgeoisies naissantes du monde. Bonaparte représentait l’épée régionale de la bourgeoisie française sur le centre du pouvoir du système mondial de son époque, l’Europe Centrale. C’est dans cet environnement qu’il dépassa le rôle national-régional franco-européen pour se faire l’épée de la bourgeoisie mondiale dans sa lutte globale contre tous les systèmes de production pré-capitalistes. Chavez a été, jusqu’à présent, l’épée régionale de la libération anti-monroéiste de l’Amérique Méridionale. Mais, par sa déclaration en faveur du « Socialisme du XXIe siècle », son Nouveau Projet Historique a atteint la dimension de celui de Simon Rodriguez, la libération de l’humanité depuis la perspective d’une société sans classes, c’est-à-dire d’une démocratie réelle-participative post-capitaliste. L’ « esprit mondial » a cessé d’être, en conséquence, bourgeois, et dans une belle aurore il est devenu un sujet auto-déterminé de la société post-bourgeoise.

 2. Chavez et Marx

Du sanglant chaos de la dissolution féodale naquirent les Jacobins. Et pendant qu’ils tranchaient les têtes de la Noblesse avec l’invention « humanisante » du Docteur Guillotin, ils mirent une tête à leur mouvement antiglobalisateur-féodal de leur temps : Liberté, Fraternité, Egalité. C’est ainsi que sortit des ténèbres de la genèse un soleil orientateur qui devint le centre de gravité du nouvel ordre social bourgeois, qui réorganisa tous les éléments de l’ancien régime et les éléments émergents d’une nouvelle civilisation : la démocratie bourgeoise-capitaliste. Napoléon sera son premier exécuteur. A peine 60 ans plus tard, les exclus du nouvel ordre bourgeois donnèrent mandat à Karl Marx et à Friedrich Engels d’élaborer une nouvelle théorie pour l’humanité qui serait capable d’illuminer le chemin vers une société sans opprimés ni oppresseurs. Le nouveau soleil de l’émancipation est alors né, le « Manifeste Communiste », tête théorique d’un torse de milliers de millions qui sans les « yeux de la raison » (Hegel), la théorie scientifique-critique, n’avaient pas d’espoir de bouleverser et de renverser le monde pervers du capital. Lénine sera leur premier exécuteur. Avec la mort de Lénine, le soleil de Marx et Engels déclina prématurément. Avec Staline, il s’éteignit et ses successeurs ne surent pas trouver un nouveau chemin dans l’obscurité. Sans les « yeux de la raison », les dirigeants de l’Union Soviétique se trompèrent de chemin. L’oeuvre grandiose, produit de l’effort surhumain d’un peuple grandiose, s’effondra ignominieusement. L’humanité opprimée redevint un torse sans tête théorique ni pratique pour l’offensive finale. La longue nuit de la théorie révolutionnaire anti-bourgeoise dura quinze ans, jusqu’à ce que le révolutionnaire Hugo Chavez la réhabilite publiquement et lui restitue son statut émancipateur, non seulement en défense de l’humanité mais aussi pour sa libération définitive. C’est en ce sens que se justifie la phrase : « La Révolution Mondiale passe par Hugo Chavez ».

3. Vers le Socialisme du XXIe siècle, avec l’aide de l’Esprit Mondial

C’est par une audacieuse action de commando qu’Hugo Chavez a établi le 27 février 2005 sa « tête de pont » d’avant-garde mondiale sur le terrain de la bataille idéologique avec la bourgeoisie, en proclamant la nécessité d’ « inventer le socialisme du XXIe siècle » et de « continuer à nous éloigner du capitalisme ». Episode suivant, le Commandant consolida la position avec 2 divisions blindées indestructibles quand il se prononça pour le socialisme démocratique et participatif, « en concordance avec les idées originales de Karl Marx et Friedrich Engels ». La convocation démocratique et ouverte à l’ « invention » est heureuse car la Nouvelle Philosophie de la Praxis (NPP) des opprimés requiert la participation des meilleurs efforts de l’humanité, étant donné qu’il ne s’agit de rien d’autre que de la mission de construire un Nouveau Projet Historique (NPH) pour la libération de l’humanité. Dans son noyau cognitif cette NPH doit résoudre 3 dimensions stratégiques complexes de l’évolution humaine : la scientifique-critique, l’éthique et l’esthétique. Il n’y a hélas aucun Karl Marx ou Friedrich Engels en vue, lesquels eurent le génie de concevoir en trois mois à peine la route critique vers la société post-capitaliste, le « Manifeste Communiste » (1847). On n’entrevoit pas non plus un Albert Einstein, qui dans le même laps de temps posa les bases du monde post-newtonien (1905) avec la théorie quantique et la théorie de la relativité. Comme nous manquons de ces penseurs extraordinaires qui en un temps record résolurent les inconnues fondamentales d’une réalité virtuelle, le futur anti-systémique, que les autres scientifiques n’avaient pas même énoncé, il ne nous reste, quant à nous, les mortels, qu’à mettre la main sur l’Esprit Mondial. Nous ne parlons pas, cela va sans dire, de ces fantômes théologisés ou ésotériques, mais de l’Esprit Collectif de l’Humanité dans sa concrétion empirique. Mais comment, en pratique, a t-on recours à la méthode de l’Esprit Mondial ? Comment s’y prendre ? Et quel est l’équivalent scientifique fonctionnel des mystifications communicatives divines des catholiques, la prière et l’eucharistie, dans cette mission d’évolutionner la théorie socialiste du XXIe siècle ? Marx disait que l’humanité ne se pose que les tâches qu’elle est en capacité de résoudre. Cette affirmation est correcte, parce que dans la conscience ou pré-conscience qui permet la question, est « cachée » sa réponse. La solution séculière de XXIe siècle est la suivante : comme on n’a pas accès aux supers ordinateurs de marque Marx, Engels ou Einstein, il nous faut les remplacer, jusqu’à l’apparition de nouveaux, par les réseaux d’ordinateurs personnels, dont la capacité cumulée de traitement des données est comparable à celle des supers ordinateurs ; en espérant, de plus, qu’à un moment se produiront les transitions de phase (sauts qualitatifs) du processus vers les nouveaux paradigmes de la civilisation post-capitaliste. Cette solution ou méthode consistant à potentialiser le pouvoir de la fourmi individuelle par son travail en réseaux coordonnés, est connue dans le monde de l’informatique, dans une application qui a pour nom Internet-based Distributed Computing projects. Ce concept veut dire qu’on résout des tâches complexes grâce à la participation volontaire de détenteurs d’ordinateurs individuels qui pour x motifs décident d’apporter du temps d’ordinateur et du travail à la résolution de ces tâches, sans demander de rémunération, monétaire ou autre. Le programme le plus réussi de ce type est le SETI de l’Université de Californie à Berkeley qui depuis sa conception en 1999 a bénéficié de la collaboration de plus de cinq millions de participants, qui au total ont contribué gratuitement au projet par plus de deux millions d’années (sic) de temps informatique cumulé. Il s’agit du réseau informatique le plus puissant de tous les temps. Mettre cet « Esprit Mondial » au service de l’émancipation de l’humanité, au moyen de sa contribution gratuite et solidaire dans le Nouveau Projet Historique (NPH) du Socialisme du XXIe siècle, est facile. Il y a des millions d’ingénieurs, d’économistes, d’activistes et de lutteurs sociaux en Inde, en Europe, aux Etats-Unis, en Amérique latine et sous d’autres latitudes qui ont des moyens informatiques et du temps non employé qui, sans aucun doute, seraient disposés à collaborer solidairement à la construction de la prochaine phase de l’évolution humaine. Il est simplement question de les activer par un projet éthico-politique qui leur donne un sentiment de dépassement dans la vie, qui manque totalement dans le capitalisme actuel. Cet accès aux réserves intellectuelles de l’humanité est faisable, tant dans la phase stratégique de la lutte (l’institutionnalité post-bourgeoise), comme dans sa phase transitionnelle, l’intégration bolivarienne de l’Amérique latine et des Caraïbes. Un seul exemple concernant la phase transitionnelle. Avec cent mille dollars le gouvernement vénézuélien peut obtenir en six mois toutes les connaissances (l’expertise) qui sont nécessaires pour l’intégration économique de l’Amérique latine. S’il lance un concours international pour, admettons, huit problèmes de l’intégration économique, tels que la monnaie de référence, une Banque Centrale, les pôles de développement de haute technologie, la compétitivité globale, les avantages comparatifs, etc. et attribue un prix de dix mille dollars pour chaque thème, il recevra en six mois une avalanche de propositions qui dynamiseront extraordinairement la formation du Bloc Régional de Pouvoir Latino-Américain (BRPL).

4. La théorie scientifique du socialisme du XXIe siècle

 Cependant, le Commandant Hugo Chavez peut être optimiste dans cette péripétie désirée. Une partie considérable du chemin a été parcouru, tant en ce qui concerne l’éthique matérielle que la construction du noyau scientifique de la théorie révolutionnaire contemporaine. En ce sens, plus que d’une tâche d’ « invention » de la théorie, il s’agit aujourd’hui de sa divulgation et de la construction à partir d’elle. Deux écoles de pensée ont avancé indépendamment la théorie scientifique du « socialisme du XXIe siècle’ : l’ « Ecole d’Ecosse », avec l’expert en informatique Paul Cockshott et l’économiste Allin Cottrell et l’ « Ecole de Brême »(ex.RFA), autour du génie universel qu’était Arno Peters (1916-2002), du mathématicien Carsten Stahmer, du physicien cubain Raimundo Franco et du soussigné. Les modes analytiques des deux Ecoles diffèrent. La principale oeuvre de Cockshott/Allin, Towards a New Socialism, est un travail brillant centré prioritairement sur les aspects technologiques et économiques d’un nouveau et viable projet non-capitaliste. En revanche, les travaux de l’Ecole de Brême, par exemple La Fin du capitalisme global, Le Nouveau Projet Historique, Computer Sozialismus (Arno Peters) et Le Socialisme du XXIe Siècle et la Démocratie Participative (Heinz Dietrich) sont essentiellement orientés sur les problématiques évolutives et institutionnelles, et mettent l’accent, avec force détails, sur la question de la phase de transition vers le nouveau socialisme en Amérique latine. Ce qui frappe, néanmoins, est que les deux théories, élaborées à partir d’angles et de contextes géopolitiques différents, aboutissent aux mêmes inférences générales (conclusions) concernant les principales institutions proposées à se substituer aux institutions bourgeoises dans la nouvelle civilisation post-bourgeoise et post-capitaliste. Il y a des différences d’appréciation sur le caractère socialiste de l’ex-Union Soviétique, mais la coïncidence sur la nouvelle institutionnalité socialiste du XXIe siècle constitue, indiscutablement, un indicateur méthodologique remarquable de la validité des résultats obtenus, de manière indépendante, par chacun de ces groupes.

5. Quand est-ce qu’une théorie politique ou un Projet Historique est révolutionnaire ?

Le caractère révolutionnaire ou réformiste d’une théorie-praxis politique ne dépend pas, c’est évident, de ses méthodes de lutte, mais de ses contenus programmatiques. En ce sens, est révolutionnaire un Projet Historique qui entend remplacer une institutionnalité existante (le statu quo) par une autre, qualitativement différente. De même qu’il est facile de définir les colonnes de l’institutionnalité bourgeoise, il est aisé de déterminer la nature systémique (réformiste) ou anti-systémique (révolutionnaire) du projet d’un sujet politique contemporain. La civilisation capitaliste-bourgeoise repose sur 4 macro-institutions : 1. Une économie de marché organisée essentiellement pour le capital privé, avec une participation variable de la propriété étatique ou « publique », sous le principe opératoire de l’optimisation du taux de profit. 2. La superstructure politique de la démocratie formelle-représentative-parlementaire, c’est-à-dire indirecte et élitiste. 3. L’Etat classiste. 4. Le sujet possessif-libéral. Tout projet pour la Nation, la Région ou le Système Mondial qui prétend être révolutionnaire ou qui s’auto-définit comme tel, doit contenir, en conséquence, une proposition alternative viable pour chacune de ces quatre macro-institutions. Tout projet où serait absente ou non développée telle ou telle proposition devrait renoncer à la prétention d’être anti-systémique ou révolutionnaire.

6. Il est nécessaire de démontrer la viabilité du socialisme du XXIe siècle

 Dans l’actualité, la viabilité des alternatives anti-systémiques, à savoir le socialisme du XXIe siècle ou de la démocratie participative post-capitaliste, ne peut se démontrer que de manière scientifique. Il n’y a pas d’autre méthode pour cela. C’est pourquoi l’inflation actuelle d’essais herméneutiques sur les oeuvres de Marx, Engels et Lénine, ainsi que les interminables interprétations du « Que faire ? » de Lénine, qui cherchent la clé de la transformation qualitative du présent dans les oeuvres des classiques, sont infructueuses et redondantes. Redondantes, parce qu’il sera difficile d’y trouver quelque chose de substantiellement nouveau, notamment après l’oeuvre monumentale d’Hal Draper (marxiste anglais, 1914-1990, connu en particulier pour sa conception du « socialisme à partir d’en bas », ndt). Cette activité est infructueuse, en dernier ressort, parce qu’étudier et connaître les oeuvres classiques est une condition nécessaire pour la Révolution Mondiale … et rien de plus. La condition suffisante ne se trouve pas dans le passé : elle ne peut venir que de la science et de la réalité actuelle. C’est là que réside la stérilité de la grande majorité des apports « marxistes » au débat actuel. Si l’herméneutique des biens-intentionnés et aussi, celle des mal-intentionnés, ne conduira pas à la transformation mondiale anti-capitaliste, et moins encore le philantropisme utopique pro-systémique des intellectuels libéraux, sociaux-démocrates, chrétiens-pacifistes et des ONG qui contrôlaient les débats dans les Forums Régionaux et Mondiaux. Et l’on peut dire la même chose pour le sectarisme qui s’auto-définit « marxiste » et qui n’est rien d’autre qu’une négation abstraite du concret, fossilisée dans l’épistémologie du 19e siècle. En raison de cette double déficience cognitive, négation abstraite et ignorance de l’épistémologie scientifique du XXIe siècle, il est incapable de comprendre les contradictions de la réalité et de les utiliser pour construire les alliances et la Théorie Révolutionnaire nécessaires pour parvenir à la civilisation post-capitaliste. Pour des politiques et des intellectuels, il est illégitime aujourd’hui de proposer la substitution du système du capital par le socialisme ou une démocratie participative si on ne détermine pas la nouvelle institutionnalité anti-capitaliste, ses formes, ses temps, la méthode de transition et surtout si on ne démontre pas sa viabilité : c’est-à-dire sa capacité d’exister, de fonctionner et de développer convenablement dans les conditions objectives du présent et de son évolution probable. En effet, il n’est pas éthique de faire une macro-proposition anti-systémique, basée uniquement sur le desiderata subjectif (le désir) d’aider les gens, le volontarisme individuel ou collectif, le dogme ou l’utilitarisme du bénéfice personnel Pour protéger les majorités de la naïveté, de l’imposture ou du millénarisme (de gauche ou de droite), la démonstration de la faisabilité du Nouveau Projet Historique n’est pas, par conséquent, seulement une nécessité pratique mais aussi un impératif éthique. Ayant affirmé catégoriquement que l’unique méthode disponible pour réaliser une telle démonstration est la scientifique, il reste à décrire comment procéder.

7. Comment démontrer la viabilité du socialisme du XXIe siècle ?

Réaliser la démonstration scientifique de la vérité d’une hypothèse empirique signifie employer le « protocole scientifique », c’est-à-dire la séquence en cinq temps du procédé théorico-logico-empirique constituant la méthode scientifique. La singularité du protocole scientifique, qui le différencie de toute autre méthode d’interprétation de la réalité, réside dans l’hypothèse (un énoncé systématisé) et sa vérification empirique. Démontrer la viabilité, c’est-à-dire la capacité d’exister, de fonctionner et de se développer de manière adéquate dans les conditions objectives du présent et sa probable évolution future, des quatre institutions de la civilisation post-capitaliste requiert donc la formulation de quatre hypothèses, dont la véracité (ou fausseté) doit être démontrée. Formulés de manière simple, ces énoncés hypothétiques prendraient la forme suivante : l’économie d’équivalence procure une meilleure qualité de vie pour les majorités de l’humanité que l’économie de marché. Dans la phase suivante opèrent les concepts ou variables des hypothèses, à savoir qu’on leur assigne des paramètres (indicateurs) empiriques qui sont mesurables de manière quantitative, ou à défaut, qualitative, et on établi les modèles nécessaires qui permettront de comparer les résultats de chaque type d’économie dans des contextes commensurables. Les grandeurs et flux de ces variables peuvent s’exprimer à différentes échelles, de fait, déjà commensurables, par exemple en termes monétaires, en valeurs (temps) ou en volumes (énergie, tonnage, etc), et être traités par la mathématique matricielle. La validité de telles constatations serait suffisante pour accomplir le commandement éthique et pour commencer à mettre en oeuvre la lutte politique pour le Nouveau Projet Historique anti-capitaliste avec force et conviction, dès lors que les critères de validité pour ce type d’hypothèse sont au niveau de l’épistémologie du XXIe siècle et non de la connaissance scientifique du XIXe siècle.

8. Les critères de validité

Les critères de vérité de la physique des 18 et 19e siècles se sont construits essentiellement sur les expériences quotidiennes et scientifiques avec des objets de tailles (relativement grands) et de vitesses (relativement faibles) déterminées qui facilitèrent une optique épistémologique déterministe, ainsi que l’exprime Laplace dans sa célèbre formulation, laquelle énonçait que s’il y avait un démon capable de connaître la position et la vitesse de toutes les particules de l’univers à un moment donné avec la capacité de calcul suffisante pour résoudre les équations de Newton, on pourrait prédire le devenir de tout ce qui existe. Quand Marx et Engels entreprirent l’étude de la société bourgeoise ils comprirent tout de suite que le paradigme déterministe avec ses relations rigides de cause à effet n’avait pas la sophistication suffisante pour analyser correctement le comportement des systèmes dynamiques complexes, que nous appelons sociétés, Etats ou sujets. Ce fut la raison qui les amena à se « réfugier » dans l’épistémologie de la dialectique hégélienne, dont la logique relationnelle, avec ses sauts qualitatifs, paraissait, et était bien, beaucoup plus appropriée pour décrire et expliquer l’évolution de la société et la praxis du sujet social qu’ils cherchaient à bouleverser radicalement. Néanmoins, quand la physique se mit à étudier le comportement de la matière à l’échelle atomique, le caractère aléatoire de son comportement, elle rompit (l’inévitable) camisole de force du déterminisme de Newton et Laplace. De nouvelles connaissances commencèrent à inciser ce qu’on pouvait considérer comme l’ « expérience évidente » de chaque époque et ses critères de vérité. Parmi eux, le principe d’incertitude de Heisenberg qui, bien qu’il fut formulé sur la relation entre le sujet connaissant et l’objet de recherche à l’échelle de l’atome, peut servir de vigile conceptuel à toute déviation scientiste. De la même manière, on a compris que la « certitude », à savoir un état d’absence total de doute, ne peut se rencontrer que dans des contextes déterminés de systèmes tautologiques, comme les mathématiques et la logique, alors que tout système empirique appartient à la classe logique des systèmes probabilistes ; il en est de même avec les démonstrations de Goedel sur la consistance systémique de supposés mathématiques déterminés, qui n’est pas vérifiable, étant donné que tout système logique de complexité déterminée est, par définition, incomplet (Théorème de l’état incomplet) ; avec l’introduction de la vérité relationnelle (la dialectique de Hegel), et les concepts d’espace et de temps d’Einstein ; la capacité interprétative limitée de toute théorie, révélée à travers ses paradoxes (temporaires), comme le caractère dual de la lumière, paradoxes qui se multiplièrent avec la physique quantique et en dernier lieu mais non le moindre, avec la fréquente incapacité de la validation empirique ad hoc ou instantanée de l’hypothèse, comme dans le cas du théorème de l’état de la matière connu comme le « condensé Bose-Einstein » (BEC) , théorème établi en 1924 et vérifié à peine 71 ans plus tard, en 1995.

Heinz Dieterich

 Source : Aporrea http://www.aporrea.org/ Traduit de l’espagnol par Max Keler, pour Révolution Bolivarienne. *Heinz Dieterich Steffan, d’origine allemande, est professeur et chercheur en Sciences Sociales à l’Université de Mexico (UNAM). Il est l’auteur de très nombreux articles et ouvrages, notamment sur l’Amérique latine. Editorialiste durant 8 ans du grand quotidien « pluraliste » mexicain El Universal, il est brutalement remercié en janvier 2004 pour « propagande chaviste ». Dans un article intitulé « Pro Domo », il indique que sa révocation, révélatrice de la réalité du pluralisme dans la grande presse, s’explique par la pression de 4 vecteurs :

1. L’intervention des golpistes vénézuéliens liés aux milieux anti-cubains de Miami.

2. L’intervention de l’Ambassade d’Israël, indisposée par ses articles dénonçant le terrorisme d’Etat de Sharon contre le peuple palestinien.

3. Les pressions du sous-impérialisme espagnol.

4. Et, last but not least, l’Interventionnisme Permanent de l’Empire.

http://www.legrandsoir.info/article2230.html

Ahmadinejad versus Bourgeoisie

https://i2.wp.com/schlomoh.blog.lemonde.fr/files/2009/06/4729_195909905507_685840507_7397931_1801649_n.1245004971.jpg

Bien que je ne sois aucunement aisé à appuyer quelconque conservatisme, je me dois d’éclaircir la situation d’Iran, afin que les médias capitalistes occidentaux n’abusent pas trop de leur pouvoir abrutissant vis-à-vis les masses et du monopole qu’ils représentent en ce qui concerne le réseau médiatique international. Et certes, un éclaircissement s’impose, quant aux évènements s’étant récemment déroulés en Iran, bien qu’ils ne soient toujours pas terminés, parce que, ailleurs, de tels actes ne se sont pas produits, bien que la situation ait été semblable à celle de l’Iran. Mais vous verrez que ces ressemblances échappent totalement aux médias capitalistes, même si les origines ayant porté jusqu’à ces évènements sanglants étaient encore plus marqués, ici même, au Canada.

En 2008, au Canada, eut une élection, laquelle porta, pour un deuxième mandat consécutif, le Parti conservateur du Canada au pouvoir. Mais sa victoire fut également, minoritaire, ne recueillant qu’un maigre 37.6% des voix, sur un total de 13 832 972 électeurs, soit une participation électorale de 59.1%, ce qui, bien évidemment, rejette le Parti conservateur du Canada, loin derrière la légitimité du président actuel d’Iran qui lui, a obtenu un appui majoritaire, si tricherie il y a eu, ou non. Mais encore, même si une tricherie avait été enregistrée, même si elle avait eu lieu, il faut savoir que le parti de Mahmoud Ahmadinejad a toutefois récolté 62,6 % des suffrages exprimés contre 33,7 % pour son principal opposant, Mir Hossein Moussavi. Et il serait pratiquement criminel de ne pas préciser qu’une participation à la hauteur de 85% a rapporté Ahmadinejad au pouvoir, soit donc, une plus grande «démocratie» que celle exercée au Canada, sinon même, que celle ayant porté les conservateurs canadiens au pouvoir.

Maintenant que les pourcentages sont éclaircis, maintenant qu’une lumière est faite sur la légitimité des conservateurs canadiens vis-à-vis leurs opposants idéologiques iraniens, parlons ne serait-ce qu’un tantinet des violences qui, manifestement, ne sont pas répréhensibles lorsqu’elles viennent appuyer les intérêts des capitalistes. Car il est là encore, très important de préciser que les manifestants dits défaits par la dite «démocratie», exercent une violence qui rarement, sinon jamais, ne sera tolérée sur le sol canadien. Et, oui, les manifestants iraniens ont lancé des cocktails Molotovs, et oui, les manifestants iraniens ont lancé des pierres, des objets de tout genre, et bref, sont entrés, illégitimement, en guerre contre les forces de l’ordre établi. Et non, jamais Ottawa n’accepterait qu’une telle situation domine les médias canadiens, avec l’appui de ceux-ci. Et donc, il est je crois, légitime de dire que les médias capitalistes occidentaux appuient donc, avec le gouvernement canadien, une forme de violence qu’ils n’accepteraient pas ici, en sol canadien. Des exemples?

Lorsque le policier montréalais a tué le «frère de truand» Villanueva à Montréal Nord, il s’en est suivi une démêlée avec les forces de l’ordre établi, laquelle fut réprimée par celles-ci, puis dénoncée par toutes les instances du Québec, sinon d’Ottawa, avec certes l’appui des médias capitalistes québécois et canadiens. Mais de fait, les actions portées par les manifestants de Montréal-Nord furent exactement les mêmes, sinon moindres, que celles des manifestants d’Iran, qui rappelons-le, n’avaient que subit la défaite électorale. Faut-il donc en conclure qu’à certains moments, cette violence est légitime et qu’à d’autres, elle ne l’est pas? Cela en ferait une double-mesure, ce qui n’est certes pas rare dans le monde capitaliste… Mais encore, s’il fallait légitimer les violences iraniennes envers les forces de l’ordre, parce que ces premiers ont perdu leur élection de façon assez désastreuse, faudrait-il donc, légitimer et prôner la prise des armes contre les conservateurs canadiens? Avions-nous donc, le droit de lancer des cocktails Molotov, des pierres et d’autres objets aux forces de l’ordre, sinon au gouvernement élu lui-même, puisque les faits nous rappellent que le président Ahmadinejad se trouve dans une position encore plus légitime que celle des conservateurs canadiens? Et si nous avions agit de la sorte, que s’en serait-il suivi?

Pour rendre le tout encore plus dramatique, les médias capitalistes occidentaux ont passé en rafale la vidéo d’une pauvre dame abattue, se noyant dans son propre sang, une image qui nous rappelle drôlement toutefois, les vidéos tournées au Venezuela lors du coup d’État raté de l’opposition de droite –appuyée elle par la CIA-(1). Mais qu’auraient pensé le Québec et ses habitants, si une vidéo montrant le jeune Villanueva se noyant dans son sang, avait été envoyée sur toutes les chaînes médiatiques du monde? Déjà, la seule vidéo du meurtre par TASER de Robert Dziekanski a suscité la colère de bien des gens, parce qu’il a été admis que l’usage du TASER avait été prémédité, sans pour autant en prévoir les graves conséquences qui finalement, s’identifie facilement à un homicide, qu’il soit volontaire ou non.

En fait, tout est clair. Nous avions, nous canadiens, le droit de porter le combat autre part que dans des instances démocratiques. Nous avions, selon les chaînes médiatiques capitalistes et les conservateurs canadiens, le droit de lancer des cocktails Molotov aux forces de l’autorité établie, sinon de les abattre comme des chiens. C’est, malheureusement pour les capitalistes occidentaux, une parfaite conclusion. Car, plutôt que de condamner les forces excessives des manifestants, ayant sans aucun doute attaqué les forces de l’ordre établi iraniennes, le gouvernement canadien et les médias capitalistes occidentaux n’ont condamné que la répression, violente ou non fut elle, se détachant ainsi de la réalité, de la leur en tout cas.

Tout ceci n’aspire qu’à une chose, préparer le monde, et j’entends par là, même les prolétaires, à une guerre éventuelle contre un régime «brutal» iranien. Cela ne vous rappelle t-il pas quelque chose? Cela ne vous rappelle t-il pas la veille de la guerre en Irak, où, les médias capitalistes, autant canadiens qu’états-uniens, avaient dépeint le plus libéral des dictateurs en bête sauvage à abattre, et à remplacer par une marionnette plus docile, sinon conciliante vis-à-vis l’ordre mondial établi, la bourgeoisie minoritaire et parasitaire?

Alors? Que faut-il en conclure, sinon que de toute façon, quiconque dérangera l’ordre bourgeois sera ainsi diabolisé(2)? On peut en conclure que, pour défendre les intérêts de la bourgeoisie, il est parfaitement légitime de lancer des coktails Molotov aux forces de l’ordre établi par des scrutins démocratiques, mais qu’il en est tout le contraire lorsqu’il est temps de défendre les intérêts de la majorité mondiale, le prolétariat. La double-mesure est ici évidente.

1-Finalement, il avait été établi que les manifestants avaient en fait été abattus par l’opposition, qui elle, ne s’était pas non plus gêné pour donner le nombre de victimes, avant même leur décès!
2- Moussavi était le dauphin de Washington, son protégé, plus libéral qu’Ahmadinejad, laissant plus de place encore, à la bourgeoisie.

Quand le matérialisme s’en mêle

Bienvenue sur «Quand le matérialisme s’en mêle», un blogue qui tentera de pousser les débats plus loin que la surface des sujets et qui, avec arguments à l’appui, discréditera les idéalistes, dont ses capitalistes, en démontrant leurs contradictions, sinon leurs incohérences scientifiques.

J’invite donc le lectorat à demeurer respectueux envers son ennemi, quel qu’il soit, et à miser sur l’argumentaire plutôt que sur l’insulte. Mais ce blogue ne traitera point des sujets du jours dans leur étroit contexte, et tentera au lieu de cela de les décortiquer, afin d’en comprendre les origines et les destinées.

Bon débat à toutes et tous et bienvenue!